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Cultiver son jardin… au naturel

Dans le verger de l’Université d’Orsay, Daniel Chollet propose aux jardiniers des techniques naturelles pour faire prospérer leurs cultures. Ce souci d’agir en symbiose avec l’écosystème est partagé par l’entomologiste Vincent Albouy. Efficaces, ces méthodes pourraient semer des idées chez les agriculteurs qui veulent abandonner l’usage d’intrants chimiques ou le labour classique.

Vue du verger d’OrsayLes bandes florales du verger d’Orsay sont riches en nectar et pollen qui nourrissent les insectes auxiliaires entomophages (insectes qui mangent d’autres insectes) et parasitoïdes (insectes qui pondent leurs œufs dans le corps d’autres espèces) ; à certaines périodes de leur cycle biologique, cette nourriture leur est indispensable. C’est pourquoi, en rendant disponible cette nourriture, on s’assure de leur présence et de leurs services comme prédateurs de nos ravageurs.
© Daniel Chollet

Dans un jardin naturel, considéré comme un "jardin du fainéant" par l’entomologiste Vincent Albouy, point de labour, point d’irrigation et sus aux traitements. Ce jardin n’est pas sauvage puisque des salades y poussent et qu’elles y sont récoltées. Ce jardin n’est pas biologique car il ne subit aucun traitement, même biologique. Cultiver au naturel, c’est d’abord une philosophie : observer et comprendre son jardin plutôt que le bêcher. Il faut aimer tâtonner, faire des expériences, accepter les échecs, en somme la démarche empirique du naturaliste en quête de l’écosystème adapté à ses cultures. Mais aussi, de cultures adaptées à l’écosystème du jardin… Au final, il s’agit de trouver une combinaison équilibrée entre les insectes, les herbes folles et les cultures.

C’est une façon idéale d’entretenir un verger conservatoire comme celui de la faculté d’Orsay. Son animateur, Daniel Chollet, veille depuis 4 ans à ce que flore, faune et cultures vivent en harmonie. Le secret de ce verger ? Un sol auquel on a rendu sa fertilité. Bien des agriculteurs aimeraient en faire autant et se targuer de pratiques non polluantes. Certains commencent à intégrer des techniques empruntées au jardin naturel : lutte biologique à l’aide des coccinelles pour chasser les pucerons, recouvrement du sol à l’aide de compost pour l’enrichir en matières organiques, etc. Ces pionniers seraient-ils en train de forger les bases d’une agriculture moins polluante ?

01.Action de la faune et de la flore dans le verger

Pommiers Le verger d’Orsay comprend plus de cent variétés anciennes de pommiers, dont les pommiers “Belle fleur jaune”.
© Daniel Chollet
Plus de cent variétés anciennes de pommiers sont conservées dans le verger d’Orsay. Démodés, ces arbres fruitiers ont disparu du circuit commercial depuis plus de 30 ans. Les entretenir, c’est "permettre au public de goûter leurs fruits, de les voir, les observer et de conserver leurs gènes in situ afin d’effectuer des greffons et des échanges avec d’autres jardins conservatoires. On procède aussi à des recoupements historiques pour mieux connaître ces variétés", explique Thierry Genevet, conservateur du parc botanique de Launay. C’est dans ce parc, qui occupe près de la moitié du campus universitaire, que le verger conservatoire René Nozeran a été créé en 1966. Aujourd’hui, près de 500 pommiers s’élèvent en mémoire des vergers de l’Essonne, jadis florissants : "nous n’avons pas toujours garni nos assiettes de pommes provenant du Chili. Autrefois, les banlieues alimentaient Rungis ! ", se rappelle le conservateur.

Pommes “Belle fleur jaune”La pomme “Belle fleur jaune” est un gros fruit, de couleur jaune or avec parfois du rose, à la chair fine et tendre. Le fruit, qui se conserve bien, arrive à maturité en novembre-décembre.
© Daniel Chollet
La gestion de ce verger, auquel beaucoup étaient attachés, mais personne n’était rattaché, a été déléguée à l’association Orsay Nature. C’est dans ce cadre, il y a quatre ans, que Daniel Chollet est intervenu. Pour cet ancien paysagiste converti en conseiller pour la restauration des écosystèmes, le verger d’Orsay était l’occasion rêvée de montrer au public de quel bois se chauffe un jardin naturel : pas de traitements chimiques ni d’engrais artificiels, abandon des outils motorisés les plus destructeurs, aménagement de micro-milieux pour un retour spontané de la flore et de la faune. "Je ne suis pas un écolo-barjo qui fait des expériences pouvant se révéler catastrophiques pour l’écosystème", insiste le passionné. "Il n’est pas question d’introduire des coccinelles Harmonia importées de Chine dans le verger pour s’apercevoir trop tard qu’elles n’ont pas de prédateurs en France ! ", chuchote-t-il, navré de constater les erreurs de ses confrères. Depuis qu’il dorlote et anime le verger, Daniel Chollet est davantage bûcheur que bêcheur. C’est en plongeant le nez dans les ouvrages scientifiques qu’il s’est construit une culture du jardin. Chacune de ses interventions est minutieusement réfléchie pour ne pas perturber l’ordre établi par l’écosystème. Sans quoi, une réaction en chaîne peut mettre à mal un an de travail. Dans la grande toile du jardin naturel, un fabuleux réseau se tisse ou se dénoue entre les êtres qui cohabitent. Mais leur coexistence ne tient qu’à un fil. Apparemment incohérente, cette micro-biosphère se révèle - à la lecture d’ouvrages tels que Guerre et paix dans le règne végétal de Bernard Boullard, professeur émérite de biologie végétale - "être un monde où tout s’ordonne, se coordonne et se subordonne", selon Daniel Chollet.

02.Entretenir son jardin sans phytosanitaire : la zen attitude

Le sorbierLe sorbier est un arbre peu exigeant en qualité de sol. Ses feuilles se décomposent rapidement et créent un humus de qualité. Sa durée de vie est de 120 ans et il peut mesurer 15 mètres de haut. Un sorbier a été planté au milieu du verger d'Orsay : il est utilisé pour attirer les pucerons, afin qu'ils n'attaquent pas les pommiers qui l’environnent.
© Jean-Marie Bossennec /INRA
Dans le monde imparfait mais autonome du jardin naturel, toute intervention doit être douce. Y compris lorsqu’il faut répondre aux assauts des bio-agresseurs (insectes ravageurs, maladies fongiques, adventices,…). À une attaque de pucerons, le jardinier du dimanche répondra instantanément par une pulvérisation de produits chimiques ou - au mieux - un lâcher de coccinelles, si la fibre écologique le tient. Daniel Chollet préfère, quant à lui, réguler que combattre. "En cas d’invasion, j’attends. Je sais que les prédateurs ne sont pas loin puisque j’ai conservé leur habitat intact. De plus, j’ai planté au milieu du verger un sorbier, pêcher mignon des pucerons cendrés. Ils s’y installent sans même toucher aux pommiers, laissant le temps aux prédateurs de fourbir leurs armes. Ces derniers lancent les hostilités directement sur le sorbier tandis que mes pommiers restent épargnés." C’est le genre d’astuce qui fait florès dans les cultures naturelles.

Plus généralement, l’entomologiste Vincent Albouy conseille de maintenir des haies composites, des bandes florales ou enherbées servant de refuge pour les prédateurs tels que les hérissons, mangeurs de limaces, mais aussi certains oiseaux qui débarrassent le jardinier des chenilles pour nourrir leurs petits à la nidification, ainsi que d’innombrables invertébrés utiles pour préserver les cultures (mouches parasitoïdes qui pondent leurs œufs dans le corps des pucerons, punaises prédatrices des carpocapses, araignées,…). Le doryphoreLe doryphore est un petit insecte, long de 1 à 2 cm, au dos bombé et recouvert de dix rayures jaunes et dix rayures noires. L’adulte et sa larve sont phytophages ; ils mangent essentiellement des feuilles de pommes de terre, parfois celles de tomates ou des aubergines. Il ne fait pas toujours le bonheur des agriculteurs.
© DR
"Dans la littérature scientifique, on connaît 86 insectes prédateurs et parasitoïdes pouvant réguler 15 insectes ravageurs", souligne Daniel Chollet. Les insectes comme le puceron ou la punaise ne sont pas tous néfastes ! "Il existe 6 espèces de pucerons pouvant réguler 20 prédateurs différents", note-t-il. Et, si toutefois la faune alliée du jardinier ne permet pas de faire face à une menace sérieuse, Vincent Albouy met en œuvre des techniques respectueuses de l’environnement. En 15 ans, il n’a eu besoin de traiter son propre jardin avec des substances biologiques que deux fois, sous la pression des voisins se plaignant des doryphores. Habituellement, il opte pour des solutions de son cru. Par exemple, il voit régulièrement des limaces proliférer dans la paille qui recouvre son terrain. N’ayant pas de solution miracle pour les éloigner, il teste des pièges à base de bière, des barrières faites de cendres, de sciures et de chardons piquants hachés au sécateur…

"Il faut de toute manière s’attendre à des pertes et savoir les accepter", souligne Daniel Chollet. "10% tout au plus", précise-t-il. Pour Vincent Albouy, l’équation est positive : "Je produis moins mais j’y consacre moins de temps et j’observe plus". Le plus difficile est de résister à la tentation d’éradiquer les bio-agresseurs de peur de voir les cultures être abîmées. Il faut rester "zen" devant les pommes égratignées par la tavelure ou les légumes mordillés. Ce sont des avaries auxquelles Daniel Chollet s’est habitué. En échange, sa culture a l’avantage d’abolir l’utilisation des produits phytosanitaires (pesticides et insecticides). Ce qui n’est pas un luxe en France, où 75% des stations de mesures en eaux souterraines sont altérées par les pesticides. Or les pesticides agricoles ne sont pas les seuls à atteindre les nappes phréatiques ! Selon l’association WWF (World Wild Found, Organisation mondiale de protection de la nature), les jardiniers amateurs contribuent jusqu’à 25% à la pollution de l’eau...

03.Redonner vie au sol en supprimant les engrais de synthèse

Engrais naturelDe l’engrais naturel est réparti autour des pommiers ; il est constitué d’un terreau recouvert de bruyat de bois. C’est une technique d’application appelée BRF (Bois Raméal Fragmenté) qui permet de revenir à une fertilisation favorisant le décompactage naturel des sols. Un sol décompacté est un sol aéré qui contient beaucoup d’eau et d’oxygène ; cela favorise la remontée des vers de terre, qui trouvent là un terrain favorable à leur activité, et qui permettent une bonne aération du sol.
© Daniel Chollet
Pour nourrir le sol, Daniel Chollet a naturellement choisi une option écologique. "Il y a quatre ans, j’ai récupéré le verger dans un piètre état : la mousse et l’oseille qui recouvraient le sol indiquaient qu’il était acide et pauvre en nutriments. Peu d’azote, de potassium ou de phosphore, des minéraux pourtant essentiels pour la croissance des cultures". Il fallait intervenir. Épandre des engrais artificiels aurait certes permis de raviver les fruitiers rapidement. Mais pour obtenir une bonne structure du sol, résistante à l’érosion et propice au développement des végétaux, rien de tel qu’un engrais organique. Constituée d’organismes vivants (végétaux, bactéries, etc.), la matière organique est un facteur essentiel à la fertilité des sols. Les micro-organismes qu’elle contient décomposent les résidus d’animaux et de végétaux en minéraux incorporés dans le sol. Certains d’entre eux, comme le ver de terre, ont également un rôle déterminant dans la circulation de l’eau dans le sol. Sur une épaisseur de 30 cm, un hectare de sol devrait recéler en moyenne 25 tonnes d’organismes, dont 10 tonnes de bactéries réparties en plusieurs milliers d’espèces, 10 tonnes de champignons, 4 tonnes de vers des terre, et 1 tonne d’organismes divers. Encore faut-il que le sol ne soit pas pollué, gorgé d’intrants de synthèse, tassé par des engins mécaniques ou labouré. "En labourant, on fait remonter à la surface des bactéries anaérobies et inversement, on enfouit des bactéries aérobies. En les coupant de leur milieu, on élimine des milliers d’êtres qui soutiennent l’activité biologique du sol. Dans mon potager, la récolte et l’entretien d’un couvert de déchets végétaux - mélange de paille, de fumier de poule, de déchets de cuisine et de foin fauché - suffisent à maintenir un sol meuble. Pas besoin de bêcher", informe Vincent Albouy. Or le labour et la mécanisation concourent à l’érosion des sols ; les techniques qui s’en passent sont donc précieuses pour les zones en voie de désertification. Et les pays du Sud ne sont pas les seuls concernés : en Europe, le taux d’érosion du sol est de 17 tonnes par hectare et par an, contre un taux de formation de seulement 1 tonne/ha/an, selon les chiffres de la Fédération Européenne pour l’Agriculture de Conservation (ECAF : European Conservation Agriculture Federation).

Remplacer des engrais minéraux par des engrais organiques ? Rien de plus simple. Dans son jardin, Vincent Albouy utilise des épluchures de légumes : "Ainsi, une bonne partie de ce qui a été extrait du sol par la plante lors de son développement retourne au sol", constate-t-il admiratif. Au verger, il fallait sortir l’artillerie lourde. Daniel Chollet a déclenché l’opération BRF (Bois raméal fragmenté). La technique a été mise au point et éprouvée par Gilles Lemieux à l’Université de Laval (Québec) il y a 20 ans. Il suffit de récupérer les résidus de l’agroforesterie, de les broyer et de les épandre sur 3 à 5 cm d’épaisseur autour des pommiers. Le BRF est un bois de branches ; à ne pas confondre avec les copeaux de scieries qui proviennent du tronc et ne contiennent presque pas de nutriments. Les branches, au contraire, sont pourvues de cellulose, de lignine et beaucoup d’autres éléments comme les sucres, amidons, protéines, enzymes et sels minéraux : 75% des nutriments de l’arbre s’y concentrent. En broyant ces branchages à l’aide d’une machine adaptée, on facilite le travail de digestion des micro-organismes. Néanmoins, la reconstitution des stocks de minéraux demeure lente. Ce n’est qu’après deux applications en quatre ans que le verger s’est couvert d’orties, signe que le sol était régénéré. Sa couleur sombre indique maintenant la transformation de la lignine en humus, terreau d’une incroyable biodiversité.

04.Les cultures naturelles : destinées au musée ou à l'agriculture ?

Coccinelles sur fleur de fenouilLes coccinelles aident à lutter efficacement contre les pucerons, ce qui évite l’utilisation de produits chimiques parfois nocifs pour l’environnement.
© Daniel Chollet
Absence de pollution chimique, conservation des sols et de la biodiversité,… l’agriculture conventionnelle pourrait en prendre de la graine. Mais les techniques naturelles sont-elles transposables dans un contexte où la production est conditionnée par des objectifs économiques ? Ces cultures pourront-elles passer du jardin au champ, ou sont-elles vouées au format d’îlot ? Ces questions arrivent à point nommé alors que les agriculteurs - via des réseaux tels que la Confédération Paysanne, la fédération européenne ECAF ou le Forum pour l’Agriculture Raisonnée et Respectueuse de l’Environnement (FARRE) - cherchent des échappatoires à leur soumission au mode actuel de production. Certains sont déjà passés à l’action, comme Jean-Marc Thullier, producteur de betteraves et de pommes de terre sur 140 hectares dans le Nord. Celui-ci diminue depuis deux ans ses volumes d’engrais minéraux et les remplace par un compost de déchets verts fourni par la Communauté urbaine de Lille, diminution qui représente une économie budgétaire de 15%. Près de Tours, Jean-Marc Quillet a, lui, renoncé au labour sur ses 350 hectares en polyculture. Il utilise le semis direct, méthode assez économe pour s’être facilement développée dans les pays du Sud. Actuellement, plus de 70 millions d’hectares sont cultivés en semis direct dans le monde, soit plus de 4% des surfaces arables mondiales. Une étude de l’Institut National de Recherche Agronomique (INRA), réalisée en France sur des parcelles représentatives, montre que ces techniques seraient plus rentables que le labour ! Autre exemple : la lutte biologique. Elle consiste à utiliser des prédateurs, des agents pathogènes (champignons, bactéries, virus, …) ou des parasitoïdes pour réguler la population de bio-agresseurs. À Caen, la mairie possède un élevage de coccinelles pour lutter contre les pucerons. Au Brésil, rien que dans l’État de San Paolo, la lutte biologique appliquée sur 300 000 hectares de cannes à sucre a permis de diminuer de 80% les pertes dues aux agresseurs. Encore une fois, la technique a été validée par l’INRA. En Europe, elle se développe particulièrement bien dans les productions maraîchères.

Proches des cultures naturelles, ces techniques représentent des "alternatives" aux usages classiques en agriculture. Les exemples montrent leur efficacité écologique et économique. Mais dans quelle mesure peuvent-elles s’associer et constituer une nouvelle stratégie de culture ? Conjuguer ces différentes techniques est d’autant plus complexe qu’elles réclament une parfaite connaissance du terrain et des cultures. C’est pourquoi les scientifiques ont un rôle primordial dans la mise au point d’un référentiel commun, exploitable par les agriculteurs. Des initiatives sont lancées. La Ligue de Protection des Oiseaux (LPO) a entamé un programme d’expérimentation de reconquête de la biodiversité en milieu rural, en relation avec le réseau Farre. Le directeur général de l’INRA, Guy Riba, aimerait investir ce domaine de recherche, d’autant qu’il s’inscrit comme priorité dans le cadre du plan national de protection de la biodiversité : "Pour que l’agriculture devienne durable, il ne faut pas se contenter de décrire la nature. Il faut comprendre son aspect fonctionnel, déceler les lois qui régissent les écosystèmes, et offrir aux agriculteurs la possibilité de s’approprier ces connaissances pour qu’ils n’envisagent plus de la biodiversité comme un obstacle mais un allié." Ce pourrait être une voie royale pour les agriculteurs qui souhaitent passer du statut de "destructeur" à celui de "gestionnaire" des écosystèmes. Car, pour ceux qui en ont fait l’expérience, comme Daniel Chollet, "les cultures naturelles sont beaucoup plus gratifiantes que les cultures conventionnelles".

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