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Le rat, l'ours et le moustique

"Un ours polaire peut-il nager du Groenland jusqu’en Islande ?" Vue de France, cette question posée par un internaute islandais au site "The Icelandic Web of Science" peut sembler saugrenue. Et pourtant, c’est une question très scientifique : comment les animaux vivant sur une île sont-ils parvenus jusqu’à elle ?

animaux islande accrocheL’ours polaire est aussi appelé « ours marin » en raison de sa remarquable dexterité en milieu aquatique.
© Gnu Free Documentation License

La réponse à cette question dépend des animaux en question : leur aptitude à voler, nager ou s’embarquer sur un radeau naturel. Elle dépend aussi de l’île : son éloignement, les courants marins ou aériens et, bien sûr, de son écologie… Car la question de l’atterrissage ne fait que répondre partiellement à la question du peuplement des îles. Les scientifiques islandais expliquent qu’il ne suffit pas d’arriver pour s’implanter, s’installer et durer. Il faut pour cela que l’animal « pionnier » trouve les conditions écologiques lui permettant de vivre : alimentation, climat... Puis que les pionniers soient en nombre suffisant pour qu’une population se développe : un mâle et une femelle semble un minimum mais l’hypothèse d’une femelle gravide à l’origine d’une population plus consistante n’est pas à exclure…

L’Islande est une île de l'océan Atlantique Nord, situé au nord-ouest des îles Féroé à 300 kilomètres du Groenland, 1000 kilomètres de la Norvège et 930 kilomètres de la Grande-Bretagne. On trouve au Groenland et en Norvège des espèces animales qui n’existent pas en Islande : pourtant le climat islandais n’est pas plus rigoureux que celui de ses voisins.

Avec ce dossier, la Banque des savoirs s’ouvre au monde de la recherche scientifique islandaise. À travers trois questions simples posées par des internautes islandais : "Un ours polaire peut-il nager du Groenland jusqu’en Islande ?" ; "Pourquoi n’y a-t-il pas de moustiques en Islande alors qu’il y en a au Groenland ?" ; "Quel est le plus petit mammifère d’Islande ?", le site internet "The Icelandic Web of Science" permet d’envisager tous les aléas qui président au peuplement des îles par les animaux.

Carte de l’Atlantique nord© Benjamin Turquier/Conseil général de l’Essonne

01.Un ours polaire pourrait-il nager du Groenland à l'Islande ?

Les attributs physiques de l’ours polaire témoignent de sa remarquable adaptation à l’eau. Son corps est plus aérodynamique que celui des autres espèces d’ours, et son épaisse couche de graisse (pouCaractéristiques physiques de l'ours polaireL'ours polaire à la tête plus fine que l’ours brun et un corps plus longiligne qui peut mesurer jusqu’à 2,5 m. Il peut peser jusqu’à 800 kg si c'est un mâle, 300 kg si c'est une femelles.
© U.S. Fish and Wildlife Service
vant atteindre 11 cm) le
protège du froid.

L’endurance et la résistance aux éléments sont les deux principaux attributs de l’ours polaire. Mais l’endurance est sans doute sa force principale. En effet, il est capable de courir relativement vite et de maintenir sa vitesse sur de longues périodes.

De toutes les espèces d’ours, l’ours polaire est le mieux adapté pour vivre dans l’eau. Comme le signale son nom latin, Ursus maritimus, il est parfois appelé ours marin. Son endurance remarquable le sert particulièrement lors de ses longues traversées à la nage. Franchir un fjord ou un détroit ne lui fait pas peur, et les recherches ont montré qu’il pouvait nager à 10 km/h. On connaît même le cas d’un ours polaire adulte ayant nagé 11 heures et ainsi parcouru 100 km ! Une autre observation scientifique a établi qu’un ours polaire avait nagé sur 320 km, la plus longue distance référencée pour cette espèce, mais on ignore combien de temps fut nécessaire à l’animal.

La distance la plus courte séparant l’Islande du Groenland, via le détroit de Davis, est de 300 km. On pourrait donc en conclure qu’un ours polaire pourrait effectuer la traversée à la nage, à condition sans doute de pouvoir se reposer en chemin. Mais on ne connaît aucun cas scientifiquement établi d’un tel exploit.

Lorsque des ours polaires sont observés en Islande, c’est, en général, qu’i1 ours-nageant-de-dosL'ours polaire a les pattes palmées et des recherches ont montré qu'il pouvait nager jusqu’à 10km/h.
© National Oceanic and Atmospheric Administration
ls ont réalisé la majeure partie de leur voyage sur l’un des icebergs qui dérivent continuellement le long de la côte est du Groenland. De sorte qu’ils ne peuvent plus regagner leur habitat naturel par leurs propres moyens. En effet, il n’est pas avisé de monter sur un iceberg passant au large des côtes islandaises, car ils poursuivent leur route vers le sud et finissent par fondre ! C’est l’une des raisons pour lesquels l’ours polaire n’a pas colonisé ce pays.

Une autre raison est que la quête de nourriture de l’ours polaire est très spécialisée et dépendante de la glace marine. Il chasse les phoques d’une manière particulière : il reste posté au bord de la glace, ou d’un trou au milieu de celle-ci. Cette manière de chasser ne serait pas très productive en Islande. Du reste, elle souligne que son nom islandais de ísbjörn (ours des glaces) lui est tout à fait approprié ; ces ours sont très dépendants de la glace.

02.Quel est le plus petit mammifère d'Islande ?

À l’époque où les premiers hommes s’installèrent sur l’île, il y a 1 100 ans, celle-ci ne comptait qu’un seul mammifère terrestre, le renard (Alopex lagopus). On suppose que deux espèces de rongeurs sont arrivées avec les bateaux venant de Norvège ou des îles écossaises : le mulot (Apodemus sylvaticus) et la souris commune (Mus musculus). Le rat brun (Rattus norvegicus) est arrivé plus tard, sans doute au XVIIIe siècle, mais les sources ne sont pas très précises, et il pourrait s’agir du rat noir (Rattus rattus). En tout cas, la présence du rat brun en Islande est attestée en 1820. Des caribous (Rangifer tarandus) originaires du nord de la Norvège furent introduits à la fin du XVIIIe siècle, et pour finir, le vison d’Amérique (Mustela vison) fut importé il y a environ 70 ans. D’autres espèces sauvages ont été introduites, mais aucune n’a survécu.

Le renard arctiqueLa morphologie du renard arctique est adaptée au froid : ses oreilles sont plus petites, son museau plus court et l'hiver, sa fourrure devient blanche et plus épaisse.
© Gnu Free Documentation License

La souris commune est la plus petite de ces espèces. Une souris adulte pèse entre 12 et 25 g, en général moins de 20 g pour les femelles, et plus de 20 g pour les mâles. Une souris atteint sa maturité sexuelle à l’âge de quelques semaines alors qu’elle ne pèse que 10 à 15 g. La période de gestation de cet animal est de 19 à 21 jours. Leurs portées comptent, en moyenne, 6 petits ; avec d’importantes variations, leur nombre pouvant aller de 3 à 13.
La souris communeLa souris commune, Mus musculus est la plus petite des espèces mammifères vivant en Islande.
© National Institutes for Health

Habituellement, la souris commune vit près de l’homme, dans ou à proximité des habitations (par exemple dans les remises ou les magasins). En Islande, on les rencontre surtout dans les villes, mais aussi dans des fermes, et même à de grandes distances de toute habitation humaine dans le sud de l’île, où le climat est plus doux. Les souris vivant dans des remises ou des entrepôts peuvent se reproduire toute l’année. Dans des conditions optimales, une femelle peut avoir 5 à 6 portées par an.

Le mulot est beaucoup plus gros que la souris commune, les adultes pesant entre 25 et 40 g. Ce rongeur est beaucoup moins dépendant de l’homme que la souris commune, mais certaines années, en automne, il n’est pas rare d’en voir dans des remises et des dépendances. Ils ne se reproduisent qu’en été et en automne, aussi ils sont plus nombreux au début de l’hiver. Ce qui explique pourquoi ils sont vus le plus fréquemment à cette période de l’année.

03.Pourquoi n'y a-t-il pas de moustiques en Islande, alors qu'on en trouve en Norvège et au Groenland ?

MoustiqueLes conditions climatiques semblent être le facteur principal pour expliquer l’absence de moustique en Islande
© United States Department of Agriculture
Les moustiques (Culicidae) sont des insectes diptères
(Diptera) présents dans le monde entier. Les femelles adultes sucent le sang de mammifères, d’oiseaux et, dans certains cas, de reptiles pour en tirer des substances nutritives et des protéines. Sans cet apport de sang, elles sont incapables de produire des œufs.

On ne rencontre pas de moustiques en Islande bien qu’ils soient très répandus dans les pays voisins. Deux espèces sont présentes au Groenland, l’Aedes nigripes, qui peuple toutes les régions côtières, et l’Aedes impiger, présent uniquement au nord-ouest de l’île. En Norvège, on dénombre 28 espèces, parmi lesquelles l’Aedes nigripes. Dans les îles britanniques, on en compte aussi 28, mais ce ne sont pas toutes les mêmes qu’en Norvège. Dans les pays voisins de l’Islande, à l’est, 41 espèces ont été dénombrées.

Leurs larves vivent dans l’eau et se nourrissent par filtration de micro-organismes et de matières organiques. Elles se maintiennent à proximité de la surface et respirent au moyen d’un siphon, petite excroissance en forme de tube. Souvent, elles préfèrent s’installer au sein de roseraies ou à proximité de rives lorsque ces dernières offrent de l’ombre au-dessus de l’eau.

Les nymphes vivent également immergées à proximité de la surface et respirent par un tube. Les adultes ne vivent qu’en été, de même que les larves. Le cycle de vie des moustiques est court, aussi plusieurs cycles peuvent se succéder chaque année. Dans les pays froids, les moustiques hibernent à l’état de nymphe, mais, en été, cette phase du cycle est raccourcie.

Toutes les conditions externes que nous venons de décrire sont réunies en Islande. L’espèce la mieux adaptée à ce pays est sans doute l’Aedes nigripes. Un jour, j’ai pu observer un spécimen à bord d’un avion de l’Icelandair, sur l’aéroport de Keflavik, l’aéroport international du pays, proche de Reykjavik. L’appareil venait de Narsassuaq au Groenland et se rendait à Francfort en Allemagne. On sait que les moustiques peuvent survivre dans le train d’atterrissage d’un avion pendant plusieurs heures, alors même que la température descend à -50°C.

Trois raisons peuvent expliquer pourquoi les moustiques, en particulier l’espèce Aedes nigripes, ne s’implantent pas en Islande :



- Ils n’ont pas réussi à atteindre le sol islandais via les avions qui les transportent,
- S’ils ont atteint le sol, ils n’ont pas trouvé de lieu propice où pondre leurs œufs,
- Le cycle biologique de l’Aedes nigripes n’est pas adapté au climat islandais.

Il est peu vraisemblable que l’absence de moustiques en Islande soit due au fait qu’ils ne soient jamais venus dans ce pays, ou au manque d’un habitat propice à la reproduction. Comme il a été dit précédemment, on a relevé la présence d’Aedes nigripes dans un avion, et des vols réguliers relient Reykjavik et Akureyri au Groenland. En outre, de nombreux étangs et marais entourent ces deux aéroports.Cycle de vie du moustiqueTous les moustiques ont besoin d'eau pour se développer car ils vivent en milieu aquatique avant d'atteindre la maturité. Avant d'atteindre le stade adulte, le moustique passe progressivement de l'état d'oeuf à celui de larve puis de nymphe.
© Agriculture et Agroalimentaire Canada

La véritable raison réside sans doute dans les conditions climatiques islandaises. Au Groenland et en Scandinavie du Nord, les nymphes hibernent sous la glace et éclosent au printemps dès que la glace a fondu. L’hiver polaire étant continu, ceci ne se produit pas avant le printemps. Or, les hivers islandais sont variables : il peut se produire de soudaines hausses de température au milieu de l’hiver, elles sont accompagnées de dégel, puis la température baisse à nouveau.

En cas de dégel, la nymphe se mettrait à éclore. La femelle devrait trouver des proies pour faire son repas de sang, et plusieurs jours seraient ensuite nécessaires pour qu’elle s’accouple, que les œufs arrivent à maturité et qu’ils soient déposés dans un étang ou un marécage. Mais les changements du climat islandais sont si rapides que les moustiques n’ont pas le temps d’achever leur cycle de vie. Dans ces conditions, la nymphe ne peut atteindre la maturité avant que les températures baissent à nouveau et que la glace se reforme sur les plans d’eau.

Cependant, l’Islande compte plusieurs autres insectes qui sucent le sang des mammifères, comme les poux, les puces, les punaises et les moucherons. Les poux et les puces sont des parasites qui résident en permanence sur leurs hôtes ou dans l’habitat de ceux-ci. Les punaises vivent dans les habitations humaines. En revanche, les moucherons vivent dans la nature, au sein de rivières et de cours d’eau, et les adultes se mettent en quête de mammifères.

Les moustiques et les moucherons détectent la concentration accrue de gaz carbonique rejeté par les hôtes dont ils sucent le sang. C’est pourquoi, on les attire en mettant de la neige carbonique dans un piège. La neige carbonique est du gaz carbonique solidifié, qui dégèle et s’évapore lentement.

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