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Bobigny, un passé gaulois pour l'avenir

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À Bobigny, en Seine-Saint-Denis, une équipe d'archéologues, menée par Yves Le Bechennec, met à jour depuis 1992 un site gaulois majeur des IIIe et IIe siècles avant notre ère, dont la plus vaste nécropole d'Europe. Une recherche à laquelle la population est étroitement associée.

Visite par le public du site de fouilles des vestiges gaulois (Bobigny, Seine-Saint-Denis).
© Y. Le Bechennec / CG 93

Jusqu’en 1992, à Bobigny, au nord-est de Paris, le seul Gaulois connu n’est autre qu’Astérix, né ici dans une HLM en 1959, de l’imagination d’Albert Uderzo et de René Goscinny. Le personnage de bande dessinée y a pourtant des ancêtres, bien réels ceux-là, dont la présence est révélée, presque incidemment, à l’occasion de la construction de nouvelles cuisines pour l’hôpital Avicenne. Avant les premiers coups de pelleteuse, le professeur Jean-Jacques Rousset appelle par intuition la mission archéologique du Conseil général de Seine-Saint-Denis, pour une intervention d’urgence. Le prélude à une belle aventure. Car si l'archéologue Yves Le Bechennec et son équipe, au service d'archéologie du département de Seine-Saint-Denis, exhument alors un petit morceau de céramique qui atteste d’un passé gaulois, ils ignorent encore l’ampleur du site des IIIe et IIe siècles avant notre ère qui s’annonce : 52 hectares dont à peine 2 % ont aujourd’hui fait l’objet de fouilles. "Du travail pour deux ou trois générations d’archéologues," prévoit Yves Le Bechennec.

Dès l’origine, l’équipe entend ouvrir toutes grandes au public les portes de ses recherches. Une démarche aux antipodes de l’image des archéologues d’autrefois, jaloux de leurs découvertes derrière leurs palissades. Fin 1995, alors que les fouilles se poursuivent, les vestiges prélevés (dont une statue en bois quasi pétrifiée), s’accumulent. Les archéologues songent d’abord à une ferme gauloise, puisque la situation, en plaine, exclut la ville fortifiée (appelée oppidum). Mais devant la densité du matériel, et en particulier des ossements d’animaux collectés* - plus de 100 000 actuellement -, Patrice Meniel, chercheur au CNRS et spécialiste en la matière, leur indique qu’il s’agit plutôt d’un "habitat groupé" (regroupement de quelques maisons). Reste à déterminer de quel type.

Une immense nécropole gauloise des IIIe et IIe siècle avant J.C a été mise à jour au cours des fouilles, dans l'enceinte de l'hôpital Avicenne à Bobigny. Elle contiendrait plus de 500 sépultures.
© E. Jacquot / CG 93
Yves Le Bechennec n’est pas au bout de ses surprises. Fin 2002-début 2003, juste devant l’entrée des urgences de l’hôpital Avicenne, est mise au jour une vaste nécropole qui, avec plus de cinq cents sépultures, s’impose comme la plus importante d’Europe recensée à ce jour pour l'âge de fer récent. Et tandis que le site continue à livrer lentement ses secrets, les archéologues du département, qui travaillent désormais en partenariat avec ceux de l’Institut national de recherches archéologiques préventives (INRAP) sont convaincus qu’ils sont face à une bourgade d’artisans. Cependant, nombre de questions restent encore sans réponse : "Les archéologues sont obligés de se nourrir de peu," reconnaît en plaisantant Yves Le Bechennec.

D’autant que l’époque gauloise demeure largement méconnue. Et pas toujours correctement "vulgarisée" par un auteur comme Goscinny. N’en déplaise à Obélix, par exemple, pas de sanglier au repas. Ils mangeaient plutôt des animaux domestiques comme le porc, le cheval et le bœuf, qui composent 90 % de la viande consommée par les Gaulois de Bobigny...

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