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Les secrets d'Etiolles

Fouillé depuis 30 ans, le site préhistorique d'Etiolles en Essonne n'a pas fini de dévoiler ses secrets. Coup de théâtre en 1999 : on a découvert un galet gravé âgé de 12 300 ans. Il confirme que de l'Espagne à la Pologne, nos ancêtres partageaient déjà une culture commune.

Des chasseurs magdaléniensTout porte à croire que la civilisation magdalénienne était très organisée et que chacun avait sa spécialité : des tailleurs de silex, des chasseurs (ci-contre), des tanneurs de peaux, etc.
© Gilles Tosello

Un site préhistorique exceptionnel en Essonne ? Il y a un peu plus de trente ans, lorsque les archéologues amateurs du club de la Snecma découvrent l'existence, à Etiolles, d'un amas de silex taillés, ils sont loin de se douter qu'ils viennent de tomber sur autant de trésors. Une équipe d'archéologues issus de l'université de Paris 1 et du CNRS s'organise et met au jour une bonne douzaine de campements magdaléniens. Monique Olive, responsable du site depuis 1997, était déjà dans l'équipe et ne pouvait imaginer que, 30 ans après, elle y serait encore.

Qui sont les Magdaléniens ?

La civilisation magdalénienne a débuté environ 18 000 ans avant notre époque, sur une très vaste zone géographique allant de l'Espagne à la Pologne, avec une présence plus marquée et bien connue dans le Sud-Ouest français et dans les Pyrénées. Contrairement à ces régions où les cavernes abondent, les Magdaléniens du Bassin parisien ont planté leur tente en plein air dans des lieux accueillants. Ainsi, il y a 13 000 ans, Etiolles était un lieu offrant de multiples attraits pour ces chasseurs-cueilleurs nomades : la proximité de la Seine, un microclimat favorable, un gibier abondant, et surtout, un affleurement de silex d'une qualité exceptionnelle qui permettait de fabriquer armes et outils. En revanche, les crues de la Seine chassaient régulièrement les Magdaléniens. Mais ces crues ont recouvert et scellé des vestiges en excellent état de conservation et ont permis d'étudier des sols d'habitat qui témoignent des habitudes de vie de ces groupes humains : aménagement, vie en collectivité, occupation de l'espace, organisation des activités…

Une nouvelle découverte

En 1999, Monique Olive, chercheur au CNRS, découvre un bloc de calcaire assez banal. Fouilles à EtiollesDepuis trente ans, les archéologues travaillent sur le site d’Etiolles, tant il est riche en informations sur le mode de vie des Magdaléniens.
© Association pour la recherche préhistorique d’Etiolles
Une fois nettoyée, la pierre révèle deux motifs gravés, mais illisibles : les incisions au silex ont l'épaisseur d'un cheveu et sont profondes de moins d'un millimètre. Gilles Tosello, archéologue spécialisé dans l'illustration, l'analyse. Et l'image apparaît : un étalon blessé, au tracé très réaliste, et à côté une créature mi-humaine, mi-animale, avec un museau de lion et un ventre de femme. Cette découverte, datée de 12 300 ans, est la première œuvre d'art découverte à Etiolles. Et une chose est sûre : les thèmes représentés sur le galet d'Etiolles sont identiques à ceux qui ornaient, à la même époque, les parois des grottes du Sud-Ouest ou les pierres gravées retrouvées en Rhénanie. Le galet d'Etiolles a apporté une indication que tous les préhistoriens attendaient : les Magdaléniens baignaient dans une culture commune, malgré les distances qui séparaient les groupes les uns des autres. Cela implique que certains d'entre eux se rencontraient, échangeaient des objets : on a en effet trouvé à Etiolles des fragments de coquilles de moules non fossiles, provenant de l'Atlantique ou de la Méditerranée. Mieux, ils échangeaient aussi des idées, et développaient des activités sociales qui n'étaient pas forcément liées à leur survie.

01.La découverte

Eté 1971 : le club archéologique amateur de la Snecma, parti en prospection du côté d'Etiolles (Essonne), s'aperçoit que les labours ont fait remonter à la surface un nombre de silex anormalement concentré.Amas de silexTout a commencé, il y a 13 000 ans… Et, il y a 30 ans, avec la découverte d’un amas de silex taillés. Et l'histoire se poursuit encore aujourd’hui.
© Association pour la recherche préhistorique d’Etiolles
Il fait alors une découverte dont il n'imagine pas les conséquences : dans un champ, un sondage fait la preuve de l'existence d'un amas de silex taillés. Le club alerte tout naturellement l'Etat (service archéologique régional d'Ile-de-France). Et une équipe de fouilles, accompagnée de nombreux bénévoles et soutenue par le Conseil général, se met en place, autour d'Yvette Taborin, responsable du site à l'époque, de Nicole Pigeot, professeur à Paris 1, et de Monique Olive, chargée de recherche au CNRS, rejointes plus tard par Marianne Christensen, maître de conférences à Paris 1. « Au tout début, aucun d'entre nous ne pouvait se douter de l'intérêt de cette découverte, raconte Monique Olive qui a pris en 1997 la responsabilité du site. Et certainement pas de l'existence, sous ce tas de silex, d'autant de campements préhistoriques, étalés sur des centaines de mètres carrés. Un site d'une telle richesse qu'il jouit désormais d'une renommée mondiale. »

Ce sont, en effet, les restes de plusieurs campements magdaléniens successifs, remontant environ à 12 000 ans avant le présent, qui sont étudiés sur ce site où ces hommes Ancien site archéologiqueA Etiolles, les objets abandonnés par les occupants sont restés à la même place. D’où la richesse du site.
© Gilles Tosello
de la fin du Paléolithique supérieur ont planté leurs tentes par intermittence pendant plusieurs siècles. Stratifiés sur plusieurs niveaux, les campements ont été recouverts successivement par les crues de la Seine, ce qui leur permet aujourd'hui d'être dans un excellent état de conservation. Ainsi, les chercheurs ont pu repérer que 8 campements, au moins, ont été aménagés successivement à cet endroit. Un champ d'investigation d'une richesse exceptionnelle s'ouvre alors. Techniques de taille du silex, usage des outils, entretien des foyers, organisation de l'espace, habitat, zone de travail, dynamique de l'occupation, organisation économique, apprentissage… le campement magdalénien est bel et bien un centre de vie collective. On peut d'ailleurs y trouver tous les niveaux de complexité d'une organisation, de la plus simple à la plus élaborée. Enfin, on a repéré que des échanges d'objets étaient pratiqués entre plusieurs habitations, d'où la certitude que plusieurs familles y campaient en même temps.

02.Portrait des Magdaléniens

Les débuts de la civilisation magdalénienne, qui a duré environ 6 000 ans en France, soit vers 18 000 avant le présent, son apogée ayant lieu entre 15 000 et 13 000. Les Magdaléniens ont vécu sur une très vaste zone géographique, de l'Espagne à la Pologne, avec une présence plus marquée dans la zone franco-espagnole.
HutteReconstitution d’une hutte et de son organisation intérieure.
© Gilles Tosello
Contrairement au Sud-Ouest de la France où les Magdaléniens ont vécu le plus souvent dans des grottes, à Etiolles et dans d'autres sites du Bassin parisien (Pincevent, Beauregards, Marsangy, Verberie) ils se sont installés, en l'absence de cavernes, de manière plus précaire. Pour Monique Olive : « c'est une chance, parce que nous avons pu orienter nos recherches d'une nouvelle manière, en nous attachant à étudier le sol d'habitat qui nous permet de mettre en évidence les habitudes de vie de ces groupes humains. En effet, lorsque les Magdaléniens ont séjourné dans un endroit, ils ont laissé un sol qui conserve l'organisation lisible de cette occupation : foyers, zones de travail, zones de rejets… »
Il apparaît ainsi qu'il y a 13 000 ans, Etiolles était un site qui offrait aux Magdaléniens de multiples attraits : la proximité de la Seine, un microclimat favorable, un gibier abondant, mais aussi et surtout l'existence d'un affleurement de silex d'une qualité exceptionnelle, cette matière première avec laquelle les hommes préhistoriques fabriquaient leurs armes et leurs outils.

03.30 ans de fouilles

Pour en savoir plus sur les hommes de la Préhistoire, les archéologues utilisent une machine à remonter Les ressources du rennesLes Magdaléniens tiraient du renne des ressources considérables : nourriture, vêtements, armes, bijoux, etc.
© Gilles Tosello
le temps particulière : la fouille. Ainsi, tous les étés depuis 30 ans, le site d'Etiolles ouvre pendant un mois, et devient le théâtre de fouilles extrêmement minutieuses, de manière à ne négliger aucun indice. C'est la raison pour laquelle leur rythme est si lent.
Chaque gisement archéologique, qu'il soit dans une grotte, sous abri ou en plein air, représente un cas particulier auquel il faut s'adapter. Sur le site d'Etiolles, les objets abandonnés par les hommes préhistoriques au moment où ils ont quitté leur campement sont restés strictement à la même place. Ou du moins ce qu'il en reste : les objets en matière organique (peau, bois, matières végétales) ont disparu depuis longtemps, et les seuls vestiges épargnés sont constitués de pierre, de silex taillé ou d'os, scellés doucement et à la même place par le limon apporté par les crues de la Seine.
Foyer central d'une habitation à EtiollesPhotographie d'un foyer central d’une habitation à Etiolles, à l’époque des Magdaléniens.
© Association pour la recherche préhistorique d’Etiolles
La fouille est en effet une opération "destructrice". C'est pour cela que les archéologues enregistrent tout minutieusement pour ne rien perdre de l'information, la distribution des objets au sol et leur relation mutuelle étant plus importantes que les objets en eux-mêmes.

La fouille consiste donc à dégager soigneusement ces vestiges jusqu'à leur base sans les déplacer. Il s'agit de l'opération de décapage du sol d'habitat, crucial pour l'archéologue, dans son travail de reconstitution de l'habitat. Le sol d'habitat est ainsi décapé sur une surface la plus étendue possible, en fonction du temps de fouille et des nécessités de protection du gisement. On peut alors effectuer des observations directes sur le terrain et des prises de vue, (enregistrement) puis ensuite passer aux opérations de démontage des vestiges. Chacun d'entre eux, même le plus modeste éclat de silex, est décrit, prélevé, numéroté et situé précisément dans l'espace, étape indispensable avant l'étude et l'interprétation. Comme le sol d'Etiolles est caractérisé par la superposition de plusieurs campements, séparé les uns des autres par des couches de limon, à chaque nouveau sol d'habitat, les fouilles redémarrent selon le même cycle.

04.Une découverte capitale : le galet gravé

Année après année, Etiolles livre ses secrets, et de nouveaux campements magdaléniens sont mis au jour. Jusqu'à ce qu'en 1999, Monique Olive fasse une découverte capitale qui va infléchir encore le destin de ce site archéologique déjà exceptionnel. Ce jour-là, elle « s'attaque » à un nouveau foyer. Elle repère l'empreinte de l'habitation, son contour, et, à l'intérieur, celui de l'âtre. Sous une dalle, elle découvre un galet de calcaire pesant environ 3 kilos. Elle le nettoie, et en le mettant à la lumière, découvre que la pierre est gravée. Bloc de calcaire dessinéLa découverte ! Sur un bloc de calcaire, un cheval dessiné et une énigmatique créature mi-humaine, mi-animale. Une œuvre d’art datée de 12 300 ans.
© Gilles Tosello
Rien de spectaculaire toutefois : les incisions au silex sont très fines, de la taille d'un cheveu, et profondes de moins d'un millimètre. Bien qu'en très bon état de conservation, la gravure n'est pas très lisible. Gilles Tosello, archéologue spécialisé dans l'illustration entre alors en scène. Il photographie les deux faces du galet et effectue un relevé graphique, à partir des photos. L'image apparaît alors : un cheval, d'un réalisme époustouflant, sans doute représenté mort, car œil fermé et bouche ouverte, avec des blessures sur le flanc et les pattes. Et à côté, une énigmatique créature, mi-humaine, mi-animale. En position verticale, sa tête est celle d'une bête avec une bouche en forme de museau de lion. Elle a un seul bras levé, le sein et le ventre gonflé d'une femme, et une main terminée par des griffes dans laquelle elle tient un faisceau de traits. Elle n'a en revanche ni jambes, ni pieds. Et aucun lien n'apparaît entre les deux figures.

Ce galet gravé, daté de 12 300 ans, est la première œuvre d'art découverte à Etiolles. Car l'art magdalénien est rare dans le Bassin parisien alors qu'il est répandu dans d'autre régions du Sud Ouest de la France, dans les Pyrénées, le Périgord ou en Dordogne. On a en effet seulement trouvé deux chevaux peints dans le massif de Fontainebleau, et une tête de cheval sur un éclat de silex à Pincevent, en Seine-et-Marne. Ces hommes du Nord auraient-ils été moins inspirés que ceux du Sud Ouest ? Difficile à dire, selon Monique Olive. “Mais ce dont on est sûr, c'est que les thèmes représentés sont exactement les mêmes que ceux qui ornaient, à la même époque, les grottes du Périgord, des Pyrénées ou de Rhénanie. Avec une variante toutefois, la gracilité du cheval, qui le distingue des modèles magdaléniens du Sud-Ouest, plutôt ronds, courts sur pattes et pourvus d'un pelage abondant.

Cette découverte a apporté une indication que tous les préhistoriens d'Etiolles attendaient : loin de se contenter de chasser et de tailler le silex, les Magdaléniens baignaient dans un univers symbolique qui existait ailleurs que dans le Bassin parisien. Ces hommes n'étaient pas coupés les uns des autres. Bien que circulant de campement en campement, dans un rayon estimé à une centaine de kilomètres, malgré toutes les difficultés liées aux barrières naturelles, à la notion de territoire et de frontière linguistique, les Magdaléniens, se rencontraient et échangeaient des objets ou de la nourriture. On a trouvé à Etiolles des fragments de coquilles de moules non fossiles, qui proviennent à l'évidence de la Méditerranée ou de l'Atlantique. Avec le galet gravé, il devient évident que les Magdaléniens d'Etiolles échangeaient aussi des idées, et qu'ils développaient des activités sociales qui n'étaient pas forcément liées à la survie quotidienne. Discussions, récits, danses, chants, dont on ne pourra malheureusement jamais retrouver les traces.

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