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La communication dans l'aide au développement

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Comment passer d'une langue écrite à une langue orale ? Comment s'assurer qu'un texte contenant des notions techniques est bien compris malgré les barrières culturelles... Pour avoir vingt fois remis ces questions sur le métier, le linguiste Henry Tourneux propose désormais des pistes à suivre.

Un éducateur de l'ONG Mumuni explique l'usage du préservatif féminin auprès des villageois de Sikwaazw (Zambie).
© Gideon Mendel for The International HIV/AIDS Alliance/Corbis

Il est spécialiste des langues africaines et travaille depuis près de trente ans au Cameroun, où il réside actuellement. C’est donc en connaissance de cause qu’Henry Tourneux donne cette définition de l’aide au développement : "L’amélioration des conditions de vie matérielle, intellectuelle et culturelle dans les pays techniquement les moins avancés". Pour parvenir à ce type de développement global, encore faut-il maîtriser des techniques essentielles… Or, quoi de plus efficace pour s’approprier une technique que de l’apprendre dans sa propre langue ?

Aussi, des efforts sont-ils faits pour traduire certains ouvrages techniques dans des langues africaines : livrets d’usages des produits phytosanitaires, brochures informant sur le sida, fiches explicatives du planning familial… C'est justement la traduction de ces opuscules techniques qui occupe Henry Tourneux. Et le préoccupe. Car la traduction des mots techniques issus d’une langue écrite (le français ou l’anglais) vers une langue de tradition orale pose de redoutables problèmes. Il arrive que les concepts abordés n'existent pas dans la langue locale ou, plus insidieusement, que des concepts apparemment identiques existent, ce qui génère à coup sûr des contresens.

Champ de sorgho repiqué en décembre 2008, à Maroua, au Cameroun.
© Henry Tourneux
Ainsi, comment traduire le terme de "contraception" ? En langue peule, le mot peut se traduire par "barrer la route aux enfants". Un message plutôt mal reçu par des populations qui connaissent une mortalité infantile élevée. Au terme d’une enquête, Henry Tourneux a proposé d’utiliser une autre formulation : "Espacer entre eux les plants de sorgho lors du repiquage", autrement dit par le linguiste, "il ne s’agit plus de supprimer des enfants virtuels, mais d’accorder à chacun l’espace nécessaire pour son bon développement, ce qui correspond à espacer les naissances." Cette métaphore a été bien mieux accueillie car elle s’inspire d’une pratique agricole dont la population connaît l’intérêt et l’efficacité.

Fort de ses années de terrain et de plusieurs ouvrages spécialisés à son actif, le chercheur au laboratoire Langage, langues et cultures d’Afrique noire (Llacan)  du CNRS, pointe les erreurs faites lors d’un travail classique de traduction (partie 1). Entre 2003 et 2006, il a participé à un projet international de lutte contre la résistance aux insecticides des ravageurs du coton, à l'issue duquel il a écrit un ouvrage sur sa manière de procéder lors d’une traduction (partie 2). Depuis, il souhaiterait initier les personnes impliquées dans l’aide au développement aux rudiments de ce qu’il appelle une linguistique du développement (partie 3). Seul moyen, d’après lui, d’entraîner l’adhésion des populations et d’éviter les contresens qui instaurent la méfiance, voire, décrédibilisent le discours des responsables de projets de développement.

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