02/ Géolocalisation : gare aux dérapages !

Le Kiditel est un petit téléphone équipé d'un GPS. Ce traceur personnel permet de connaître la position géographique de son enfant et de l'appeler en cas de problème. Deux boutons peuvent être programmés et associés à deux numéros de téléphone.
© CarTelematics
Cela ne va pas manquer : d’ici cinq ans, nos téléphones portables seront presque systématiquement équipés d’une puce GPS. Comme c’est déjà le cas au Japon et aux États-Unis. Cette évolution est très utile quand on fait du tourisme ou en cas d’appel d’urgence. Mais voilà : c'est extrêmement efficace aussi pour tracer un individu !
Si l'on souhaite connaître la localisation d’un tiers, il suffit, en effet, d’interroger cette puce GPS via le réseau de téléphonie mobile. Simple comme un coup de fil ! Si bien que de nombreuses entreprises se sont engouffrées dans la brèche, en proposant de pister vos enfants 24h/24. Et les risques d’enlèvement encourus par les bambins ne sont visiblement pas la seule justification… L’entreprise américaine Sprint Nextel propose ainsi aux parents d’indiquer sur une carte numérique leurs zones d’intérêts. Dès que le "mouchard" GPS franchit ces "géobarrières", les parents sont prévenus par SMS ou email. Pratique pour vérifier si l’aînée est bien allée à la bibliothèque comme prévu, ou si elle est entrée dans une zone qui lui est interdite - le domicile du petit copain, par exemple.
Le phénomène ne touche pas que le Japon ou les États-Unis. En France, certains parents glissent déjà dans le sac à dos de leur progéniture un boîtier GPS/GSM, comme le Kiditel. Ce n’est qu’un début. La Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) croule sous les projets de "géocontrôle parental" ! Tous ne seront pas retenus : "
Les prestataires doivent respecter la directive européenne du 12 juillet 2002 sur la vie privée et les communications électroniques, souligne
Vanessa Younes-Fellous, juriste à la CNIL.
En clair, l’adolescent doit donner son accord, il doit pouvoir être averti par SMS à chaque requête de ses parents, et peut à tout moment mettre fin à son suivi." Cela sera-t-il suffisant pour éviter l’écueil de la surveillance abusive ? Et le GPS ne risque-t-il pas de faire grandir ces enfants dans un environnement où la vie privée n’a plus aucune valeur, comme le dénonce l’ONG Privacy International, qui milite contre l’espionnage électronique…
Inutile de dire que ces réprobations ne freinent nullement les industriels de la géolocalisation ! Qui n’hésitent plus à s’attaquer à un des symboles forts de l’autonomie. En effet, aux États-Unis, plusieurs services (comme "Teen arrive alive"/l'adolescent arrive vivant) proposent de placer, d’autorité, leur mini-boîtier GPS dans l’habitacle de la première voiture du fiston. Le suivi satellite de véhicule est aujourd’hui un grand classique, partout dans le monde. "
Encore faut-il que l’usage en soit proportionné : on a le droit d’utiliser le GPS pour gérer une flotte d’entreprise (taxis, camions de dépannage, bétonnières…), en en informant les salariés, mais pas d’espionner quelqu’un à son insu ou de relever ses infractions, relève Vanessa Younes-Fellous.
Tout manquement à la loi informatique et liberté est passible, en France, de 300 000 euros d’amende et de cinq ans de prison." Sans ces garde-fous, les parents américains ne se privent pas d'ores et déjà d’examiner la conduite de leur couvée.
L’idée fait, d’ailleurs, florès dans l’assurance auto. Notamment sur des produits destinés aux jeunes titulaires du permis (payant la surprime) ou aux conducteurs occasionnels. On comprend pourquoi : suivant leur vitesse, la durée de leurs déplacements et les horaires (le samedi soir étant plus accidentogène) livrés par le GPS, les assurés les plus raisonnables peuvent espérer d’importants rabais. Le procédé, baptisé "pay as you drive" (payez pour la façon dont vous conduisez), remporte déjà un franc succès en Grande-Bretagne et en Italie. En France, la mutuelle d'assurance MAAF s’est vue refusé par la CNIL un projet similaire, en 2005. Ce qui n’empêche pas les assureurs français, comme AXA, de continuer à préparer le terrain.
Si l’on n’y prend garde, la géolocalisation (disponible, à terme, en intérieur comme en extérieur) pourrait bien bouleverser le concept de vie privée. Il suffit d’écouter les publicitaires rêver, à voix haute, d’envoyer sur nos mobiles la réclame adaptée à notre localisation, à quelques pas d’un McDonald, au rayon frais d’un hypermarché… ! Un rêve, vraiment ?