logo Banque des savoirs

Accueil > l'Univers > Exploration spatiale > L'Odyssée de Rosetta > Les comètes, fossiles et germes de vie ?

L'Odyssée de Rosetta

  • Reagir
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Partager

03/ Les comètes, fossiles et germes de vie ?

Cette nativité peinte par le maître italien Giotto dans la chapelle des Scrovegni, à Padoue, correspond à la première fois où l’étoile de Bethléem fût associée à une comète. L’apparition de Halley en 1301 aurait servit de modèle. La mission Giotto de l’ESA a survolé la comète de Halley en 1986.
© ESA
Ces "astres chevelus" très rarement visibles à l'œil nu n'affolent plus guère les populations. Ils ne portent plus de présage. Fidèles à la tradition, cependant, ils signalent un faible risque de catastrophe : si l'un d'eux venait à nous "tomber sur la tête". La probabilité du danger est infime. Mais il suffit de regarder les cratères de la Lune ou de Mars pour se convaincre qu'une telle apocalypse a déjà eu lieu ailleurs par le passé. Selon les statistiques, un objet d'une cinquantaine de mètres de diamètre percute notre planète tous les deux ou trois siècles. Un bolide d'un kilomètre nous heurte tous les 500 000 ans.

Ces chutes n'ont pas toujours eu un impact aussi défavorable sur notre environnement. Pour preuve : "prenez un verre d'eau, explique Francis Rocard, responsable de l'exploration du système solaire au CNES. Le liquide que vous buvez provient peut-être en partie de la fusion de la glace déposée voici 4 milliards d'années par une avalanche d'impacts cométaires." Les comètes à l'origine de l'eau des océans et des gaz de l'atmosphère terrestre ? C'est une hypothèse qu'il faut envisager. Même si d'autres sources possibles sont les volcans. Dernier aspect fascinant et non des moindres qui enrobe les comètes : leur couleur. Les 2 000 images transmises en 1986 par la sonde Giotto l'ont démontré, le noyau de la comète de Halley bien que constitué de glace reflétait très peu la lumière solaire. "Il était noir comme du charbon", se souvient Jean-Pierre Bibring à Orsay. Conclusion : "On peut imaginer que le matériau sombre correspondait à un manteau de molécules carbonées, peut-être des polymères, qui recouvraient la glace", suggère le chercheur. Nous y voilà. Ainsi des composés élaborés, de nature prébiotique, auraient pu exister à la surface d'astres errants. De là à imaginer qu'aux époques primordiales ils sont venus ensemencer la Terre et amorcer le processus de vie qui remonte à 3,8 milliards d'années, il n'y a qu'un pas vite franchi. Une idée hautement spéculative. Mais que Rosetta, en s'approchant de "Chury "pourra tester.

Un an de retard

Pour la petite histoire, rappelons que la cible initiale de Rosetta n'était pas du tout Churyumov-Gerasimenko, mais Wirtanen : une comète identifiée depuis longtemps, dotée d'un noyau trois fois moins gros et que les télescopes terrestres avaient commencé de scruter de manière assidue.
“Chury” s’est attirée les attentions de tous les astronomes dans le monde. Il s’agit d’un débris de formation du Soleil. Les télescopes de l’Observatoire européen austral du Chili la traquent aussi.
© European Southern Observatory
Le 12 janvier 2003, date annoncée du départ vers celle-ci, coup de théâtre : le lanceur Ariane 5 dans sa version "générique", commandé pour cette étape de haut vol, n'était pas prêt. En fait, l'échec cuisant subi le 11 décembre précédent avec la nouvelle et puissante fusée "Ariane 5 - 10 tonnes" avait déstabilisé l'espace européen. Il aboutissait à une revue de fond en comble des procédures d'assurance qualité. Un incident d'autant plus regrettable qu'il frappait au moment où le marché du transport des satellites de télécommunication - cœur de métier d'Ariane - s'effondrait.

La parade à propos de Rosetta a cependant vite été trouvée. Moyennant un retard d'un an au décollage, la cible cométaire a été changée et est devenue Churyumov-Gerasimenko : une illustre inconnue observée en 1969 par Ivanovic Churyumov, de l'université de Kiev, en Ukraine, et Ivanovna Gerasimenko, de l'Institut astrophysique de Dushanbe, au Tadjikistan. "Chury" boucle une révolution autour du Soleil tous les 6,6 ans. Ce faisant, elle s'approche à 186 millions de kilomètres, c'est-à-dire au voisinage de l'orbite de la Terre. Puis elle s'éloigne à 857 millions de kilomètres et s'en repart frôler le sillage de Jupiter. Le 26 février 2004, le New Technology Telescope de 3,6 mètres à l'observatoire européen austral de La Silla, au Chili, lui a tiré le portrait à 670 millions de kilomètres.

Les objectifs de Rosetta seront de caractériser "Chury" et ses propriétés dynamiques. Les instruments examineront la composition chimique, minéralogique et physique des gaz volatils ainsi que des matériaux réfractaires. On suivra le développement de l'activité. On sondera en profondeur la structure interne du noyau. Est-il d'un seul tenant ou se compose-t-il d'agrégats accolés ? Parallèlement, on s'attachera à identifier le pedigree des constituants et leur éventuel lien avec les nuages denses qui peuplent les espaces entre les étoiles. Les comètes portent-elles aussi la signature de notre galaxie, la Voie lactée ?

Les nouvelles stars du XXIe siècle

Vestiges primordiaux, les "vagabondes" célestes sont aussi devenues les vedettes des temps modernes. Avant Rosetta, en 2001, la sonde Deep Space 1 de la Nasa s'est approchée de Borrely. En janvier 2004, sa cousine Stardust a frôlé Wild 2 et collecté des échantillons de grains qui sont revenus sur Terre le 15 janvier 2006. Dans l'intervalle, Deep Impact s'est envolée en janvier 2005 pour aller projeter six mois plus tard une masse de cuivre de 450 kilos sur le cœur de Tempel 1. Et après ? Gageons que la contribution européenne de Rosetta soulèvera autant de nouveaux mystères qu'elle résoudra de questions anciennes. Telle est la loi inexorable de la quête du sens et de notre existence. "À supposer qu'elle se donnât tout entière à la connaissance du ciel, une seule vie ne suffirait pas à de si vastes recherches", écrivait déjà le philosophe romain Sénèque (vers 4 avant J.C. / 65 après J.C.) dans les livres des Questions naturelles au Ier siècle de notre ère. Éternelle succession des générations. Et paradoxe ici : les ingénieurs qui ont forgé Rosetta de leurs mains laisseront à leurs étudiants et disciples le soin d'archiver la moisson et la science. À partir de 2015.

Haut de page

Agenda

Jusqu'au 01/09/2010
La faim des dinosaures

Le 28/09/2010
Colloque Science de la Vie en Société : fascination, confrontation, controverses, co-évolution.

Focus Diaporama

Histoires de parfum

© Conseil général de l'Essonne