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2012 : un boson, des OGM et un kickboxeur !

  • Posté le : Lundi 7 Janvier 2013
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  • par : L. Salters

L’année qui vient de s’écouler a été riche en évènements et remises en question. Regard dans le rétro avant d’attaquer 2013.

feu artifice2012 : des actualités scientifiques hautes en couleur !
© Creative commons

L’année 2011 avait été marquée par le tremblement de terre japonais et ses conséquences multiples. Au-delà de l’aspect “catastrophique” et humanitaire, cet évènement hors normes a aussi posé des questions cruciales de science. Comment anticiper ? Avec quels outils ?

Début 2012, l’actualité scientifique a, en partie, fait écho aux évènements japonais. En février, 14 instituts et laboratoires de la France entière créent en Essonne une sorte de super-réseau destiné à rassembler l’ensemble des données recueillies par les moyens de surveillance de l’intérieur de la Terre et des risques telluriques. Le nom de ce réseau : le Résif, ou Réseau sismologique et géodésique français. Son objectif : “Procurer ainsi un accès  en temps quasi réel à l’ensemble des données”, nous expliquait alors son président René Crusem, par ailleurs responsable du Laboratoire de Détection et de Géophysique du CEA, basé à Bruyères-le-Châtel en Essonne. Ce réseau doit donc donner les moyens de mieux anticiper les séismes. Ou comment faire face à l’inconnu... En avril, les Français se rendent aux urnes pour l’élection présidentielle. Au même moment, à l’école polytechnique de Palaiseau, le chercheur Jean-François Laslier met fin à l’expérience en ligne qu’il avait lancé quelques mois auparavant : tester différents modes de scrutins, via internet, et mieux observer les écarts entre les différents candidats. Conclusion : dans tous les cas de figure, c’est François Hollande qui arrive en tête quelque soit la technique employée. Qu’elle soit uninominale, par approbation, alternative. L’étude a été l’occasion d’une prise de recul sur notre système démocratique : il existe d’autres façons de voter.  

Climat et boson 

En juin, Jean Jouzel, climatologue de réputation mondiale, attaché au Laboratoire des Sciences du climat et de l’environnement de Gif-sur-Yvette (LSCE), membre du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), se rend au Brésil pour la conférence “Rio+20”. Dans une interview à la Banque des Savoirs, le scientifique déplore le manque de décision politique sur le climat : “Il suffirait de mettre en oeuvre ce qui a été négocié”. Près de 6 mois plus tard, c’est le fiasco de la conférence internationale de Doha. Les négociations climatiques sont au point mort.
A l’inverse, début juillet, une minuscule particule de matière fait beaucoup parler d’elle. Son nom, le boson de Higgs. Signe particulier : son invisibilité... jusqu’alors ! Puisque les scientifiques du Large Hadron Collider (LHC), auraient réussi à l’identifier. Si la nouvelle est confirmée, ce serait toute une partie de la physique dans son modèle dit “standard” qui se trouverait confortée. Affaire à suivre... Le magazine de référence américain Science titre, non sans humour, “A quoi servira désormais le LHC” ? Quelques jours plus tard, le 7 août, après un voyage de 8 mois dans l’espace, le Rover Curiosity se pose sur Mars. La mission de la Nasa est censée déterminer s’il y a eu un jour de la vie sur la planète rouge. Pour analyser les roches, Curiosity fait usage d’une technologie mise au point par le CEA de Saclay. Son petit nom : la ChemCam, pour Chemistry and Camera. Le procédé ressemble un peu à un film de science fiction. Le rover “tire” un rayon laser sur les roches pour les faire chauffer. Curiosity analyse ensuite via une caméra la lumière produite. Ce qui permet de déterminer la composition des roches. La mission doit durer deux ans. Retour sur Terre. Le mois de septembre est marqué par une opération de publications scientifiques de premier plan dans le domaine de la génétique : un consortium international fait paraître 32 articles dans trois revues scientifiques de référence. Celui que l’on appelait familièrement depuis le décryptage du génome humain “l’ADN poubelle” aurait en fait un rôle biochimique de régulation. “Ces résultats représentent une forme de rupture dans les concepts, nous confiait alors Jean-Pierre Tambourin, directeur du Génopole d’Evry. Maintenant, il va falloir comprendre comment tout cela marche. Et là, c’est une autre histoire. Modéliser le fonctionnement de l’ensemble de tous ces éléments représente un travail qui va prendre des décennies et qui va mobiliser un très grand nombre de chercheurs”.

OGM et EPO

Dans la foulée, le monde de la recherche connaît une phase d’ébullition en octobre. Le chercheur de l’université de Caen Gilles-Eric Séralini publie dans la revue de référence Food and Chemical Toxicology une étude qui vise à évaluer la toxicité du maïs génétiquement modifié NK603 produit par Monsanto. Une grande partie des rats nourris avec ce maïs présentent des tumeurs au bout de deux ans. Les scientifiques se déchirent entre “pro” et “anti” Séralini. Au-delà de la controverse sur les OGM et leurs effets sur la santé, c’est tous les protocoles autour des méthodes de toxicologie que l’étude remet indirectement en question. Quelques jours plus tard, le 22 octobre, Lance Armstrong est déchu officiellement de ses sept titres de vainqueur du tour de France par l’Union cycliste internationale (UCI). Cette onde de choc médiatique est un coup pour les fraudeurs de l’EPO, une hormone massivement utilisée dans les milieux de la compétition. Restons dans le sport avec le titre de champion du monde de kickboxing remporté par l’Essonnien Patrice Quarteron quelques mois plus tôt en avril à Evry. Il a été notamment suivi par Véronique Billat, directrice de l’Unité de biologie intégrative des adaptations à l'exercice (UBIAE) de l’université d'Evry-Val-d'Essonne. Elle est spécialiste de la performance sportive et à suivi de très près l’évolution de Patrice Quarteron. “C’est une nouvelle méthode tenue secrète avant publication officielle”, nous confiait la chercheuse...  En décembre, un consortium européen emmené notamment par l’Institut de Biologie et de Technologie de Saclay (iBiTec-S) publie des résultats encourageants sur un gel qui permettrait de se protéger contre la contamination par le VIH. “On est encore très loin de la molécule que l’on pourra ajouter à un gel et qui sera vendue en pharmacie, affirme néanmoins Loïc Martin, biologiste ayant participé à l’étude. Le meilleur moyen de se protéger reste le préservatif”. Mais l’apparition d’un gel comme moyen de prévention supplémentaire reste tout de même une perspective réaliste à très long terme.
Et alors que les évènements du monde suivent leur cours, loin, très loin dans l’espace, une sonde s’apprête à quitter le système solaire. Elle se nomme Voyager 1 et a été lancée en 1977 par la Nasa. L’année 2013 sera sans-doute l’année du grand saut dans l’infini. En 2020, Voyager cessera définitivement d’émettre, pour toujours. Et sera seule dans le cosmos...