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Cancer du sein : une mini caméra prometteuse

  • Posté le : Mardi 8 Janvier 2008
  • Actualisé le : Lundi 21 Janvier 2008
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Pour avoir mis au point une mini caméra qui guidera le chirurgien dans le repérage des tumeurs, la physicienne Stéphanie Pitre vient de recevoir le prix Femme en Or 2008. Le prototype est actuellement testé sur 200 patientes souffrant d'un cancer du sein.

Mini-caméra POCIPOCI est une mini-caméra, pour le moment testée dans le cadre du traitement chirurgical du cancer du sein.
© IMNC/CNRS 2007

Double couronne de lauriers pour la physicienne Stéphanie Pitre, nommée Femme en Or 2008, catégorie Recherche et innovation, et Ingénieur de l'année, catégorie Début prometteur. Ce second prix est décerné par les revues Usine Nouvelle et Industrie et Technologie, en partenariat avec le Conseil National des Ingénieurs et des Scientifiques de France. C'est la mise au point d'une mini gamma caméra utilisable au bloc opératoire qui a valu de tels honneurs à cette jeune chercheuse CNRS de l'unité Imagerie et modélisation en neurobiologie et cancérologie (IMNC*), installée sur le campus d'Orsay. La caméra, appelée POCI (Per-Operative Compact Imager), devrait permettre d'améliorer la fiabilité et la précision du traitement chirurgical du cancer du sein.

En effet, lorsqu'il enlève une tumeur, le chirurgien doit être certain que des cellules cancéreuses résiduelles ne migreront pas pour donner des métastases. Comme ce cancer se propage également par le réseau lymphatique (qui évacue les déchets des cellules), on a longtemps enlevé, en même temps que la tumeur, toute la chaîne des ganglions lymphatiques. On réduisait ainsi les risques, mais au prix de séquelles importantes pour les femmes. Depuis plusieurs années, on se limite à l'ablation du premier relais, celui du ou des "ganglions sentinelles". Mais leur position et leur nombre, de un à cinq, varient beaucoup d'une femme à l'autre ; et leur repérage n'est pas toujours facile car un ganglion peut en masquer un autre. Certes, le chirurgien s'appuie, depuis longtemps déjà, sur l'examen par gamma caméra pour localiser la tumeur et les ganglions. Le principe de ces gros équipements, utilisés en routine pour le diagnostic de nombreuses maladies, est simple. Un produit émettant une faible radioactivité gamma - totalement inoffensive - est injecté au malade et se concentre dans l'organe-cible ou la tumeur visée, qui peuvent ainsi être visualisés grâce au détecteur, la caméra. Mais ces appareils, de grandes dimensions, ne peuvent être déplacés jusqu'au bloc opératoire.

Depuis dix ans, les chirurgiens disposent aussi de petits capteurs de radiations de la grosseur d'un stylo. Véritables outils de "radioguidage" insérés dans la plaie durant l'intervention, ils sont très précieux mais ne peuvent capter que les radiations émises à proximité immédiate de l'incision. D'où l'intérêt potentiel du prototype de mini gamma caméra développé par l'équipe de Stéphanie Pitre. Placée à même la peau, sa tête de détection mobile - reliée par câble à la partie électronique - permet d'explorer toute la région concernée, avec un champ de vision de 13cm2 et une résolution optique meilleure que celle de la gamma caméra standard. La caméra pèse moins de 2 kg et l'ensemble peut être posé sur un chariot.

POCI est en cours de validation clinique par un essai sur 200 patientes mené avec les médecins de l'hôpital Tenon à Paris. Cette collaboration avec l'AP-HP (Assistance publique - Hôpitaux de Paris lien sur) est une première pour l'Institut de physique nucléaire et de physique des particules (IN2P3) du CNRS. Le protocole vise à comparer les performances de POCI avec celles de la gamma caméra standard dans la détection des ganglions sentinelles chez chaque patiente. Les résultats seront connus en février 2008, mais les premières indications sont déjà encourageantes. Restera alors à trouver un partenaire industriel pour développer l'appareil, qui pourrait aussi être validé dans d'autres pathologies. Marché potentiel : tous les hôpitaux non équipés de gamma caméra. Et ils sont nombreux !


* Structure créée conjointement par l'IN2P3-CNRS, l'université Paris 7-Denis Diderot et l'université Paris 11.