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Chicxlub : le cratère de la fin pour les dinosaures

  • Posté le : Lundi 22 Mars 2010
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  • par : L. Salters

Une étude impliquant 41 scientifiques du monde entier vient de remettre en lumière, et de manière assez définitive semble t-il, la théorie d'une météorite qui aurait mis fin à l'ère des dinosaures...

Météorite mettant fin à l'ère des dinosauresOn estime que 50 à 70% des espèces vivant sur Terre ont disparu suite à la chute de la météorite.
© Don Davis / NASA

La théorie est connue : il y a 65 millions d’années, un cataclysme sans précédent, lié à la chute d'une météorite sur la terre, à Chicxlub, dans le Yucatan (Mexique), provoqua un bouleversement climatique et écologique gigantesque. Mais jusqu'à aujourd'hui, certains scientifiques remettaient en question cette hypothèse. "Pour nous, cette étude ferme le débat", affirme tranquillement Eric Robin, géochimiste au Laboratoire des Sciences du Climat et de l'Environnement (LSCE) de Gif sur Yvette, dans l'Essonne. Il est le seul scientifique français à avoir participé à l'étude. Sa spécialité : les impacts liés aux chutes de météorites. "C'est bien la chute d'une météorite qui a provoqué l'extinction, à termes, des dinosaures. A moins qu'il y ait des éléments vraiment très nouveaux, tout pointe vers le cratère de Chicxlub comme étant à l'origine de la catastrophe".
Quarante et un chercheurs de plusieurs pays et issus d'univers très différents ont planché sur le sujet. Ils ont passé en revue tous les articles scientifiques édités sur la question depuis une trentaine d'années. C'est ce qu'on appelle une méta-analyse. Ils se sont livrés à une forme de synthèse et de mise en perspective, donnant ainsi une grande force à leur étude, puisque tous les travaux importants réalisés sur le sujet ont été pris en considération.

Pour arriver à leurs conclusions, trois éléments sont mis en avant par les chercheurs. Près de 350 sites de références ont été choisis sur toute la planète (dont certains aux alentours de Biarritz, pour ce qui concerne la France), pour ausculter et comparer les couches géologiques marquant la limite entre le Crétacé et le Tertiaire. Les scientifiques ont d'abord constaté la présence d'importantes quantités d'iridium qui proviendraient de la météorite. Car l'iridium est plus concentré dans les météorites que dans la croûte terrestre. Ensuite, ils ont aussi trouvé de grandes quantités de quartz choqué ayant subi une très forte pression, ce qui renforce l'idée d'un impact hors du commun. Enfin, et c'est l'un des arguments qui porte le plus, ils relèvent la présence dans ces couches sédimentaires de spinelles. " Les spinelles sont des cristaux qui se forment uniquement au moment où un corps étranger rentre dans l'atmosphère, explique Eric Robin. En plus, ce sont des cristaux, donc ils ne sont pas soumis aux événements chimiques qui ont lieu au cours du temps. Ce sont donc de bons indicateurs".

Un événement brutal

L'idée d'une météorite fracassant la planète bleue et mettant fin au règne des dinosaures fait son apparition dans les années 80. Elle est étayée en 1991 par la découverte du cratère de Chicxulub, dans le Yucatan (Mexique). Un cratère énorme, que seule une météorite aurait pu provoquer.
Aucune superproduction hollywoodienne ne pourra un jour rivaliser avec ce qui s'est passé ce jour J dans l'histoire de la Terre. "Essayez d'imaginer cet impact. La météorite fait 10 à 15 kilomètres de diamètre et file à travers l'espace. Elle rencontre la terre sur son chemin et parcourt l'atmosphère terrestre en quatre petites secondes. Elle devient une énorme boule de feu. En s'écrasant, la météorite fait un trou de 30 kilomètres de profondeur et de 170 kilomètres de diamètre. Instantanément ! Dans un rayon de 1 500 kilomètres, tout est carbonisé, en quelques minutes. Et dans un rayon de 3 000 kilomètres, on sent l'effet de souffle avec des vents qui filent à 200 kilomètres heure !", détaille Eric Robin. Et il ajoute : "La déflagration est telle qu'elle équivaut à 10 milliards de bombes atomiques. Mais sans les radiations". Le choc provoque en plus la projection de divers matériaux dans l'atmosphère, en particulier des sulfates. Ils vont contribuer à provoquer un changement climatique et écologique d'envergure : en 10 ans, la température chute de 10 degrés sur la planète. Début du générique de fin pour les dinosaures.  
"Ce qu'il faut comprendre, c'est que c'était un événement brutal. C'est pour ça que certaines espèces passent, et d'autres pas. Il n’y pas eu de temps d’adaptation possible. L'autre grande hypothèse avancée, celle des volcans indiens qui pendant des millénaires ont déversé de la lave, n'est pas aussi violente. En plus, ce phénomène ne correspond pas au passage brutal de l'ère du Crétacé à l'ère Tertiaire", précise Eric Robin.   

En tout, les scientifiques estiment aujourd'hui que ce sont 50 à 70% des espèces vivantes à l'époque qui ont disparu dans le siècle qui a suivi le cataclysme.
Les dinosaures, comme d'autres, libèrent donc une niche écologique qui va permettre à certaines espèces de proliférer. C’est le cas des mammifères dont nous, les humains, nous descendons.
Le début d’un nouveau chapitre.