logo Essonne

Climat à Durban, la Chine aménage une éclaircie

  • Posté le : Lundi 19 Décembre 2011
  • |
  • par : L. Salters

Le processus de négociation semble être relancé en Afrique du Sud après l’échec cinglant de Copenhague en 2009. Pas d’accord contraignant mais une manière plus souple de fonctionner.

actu durbanLe changement climatique. Une question scientifique. Mais aussi politique.
© Patrice Latron / Look at Sciences

La 17ème Conférence de suivi de l’ONU sur le climat, à Durban, en Afrique du Sud, laisse beaucoup d’observateurs sur leur faim. Depuis le raté historique de Copenhague en 2009, le processus est en panne. La raison principale : aucun traité contraignant de réduction des émissions de gaz à effet de serre n’a été signé. La limite fatidique des 2 degrés pour limiter le réchauffement ne sera jamais atteinte dans un futur proche.
Pour les scientifiques comme Stéphane Hallegatte, chercheur au Cired ( Centre international de recherche sur l’environnement et le développement), notamment co-auteur du futur rapport du Giec prévu fin 2013 , “Plus on attend avant d’agir, plus il est difficile de tenir de tels objectifs”. Mais pour les observateurs politiques et juridiques, Durban constitue peut être un nouveau départ. Thomas Spencer était présent à Durban. Chercheur à l’Iddri (Institut du développement durable et des relations internationales), il est spécialiste des politiques climatiques internationales et européennes. Pour lui, l’ouverture de la Chine change la donne. Et l'absence d’accord contraignant ouvre peut être la voie à d’autres processus.

La Banque des Savoirs : Avant d’arriver à Durban, comment anticipiez-vous ce nouvelle épisode de négociation ?


Thomas Spencer : Il était très difficile de prévoir ce qui pouvait se passer. Les grands pays, comme la Chine et les États-Unis, ne laissaient rien entrevoir. Le sujet de Durban était triple : d’un côté, il y avait la mise en œuvre des accords de Cancun, négocié en 2010. De l’autre, il fallait trouver une solution pour le protocole de Kyoto [NdR : Le seul accord multilatérale portant sur un objectif contraignant des émissions de gaz à effet de serre], dont la première période d’engagement prend fin en 2012. Enfin il fallait mettre au point un processus de négociation pour créer un cadre juridique concernant les prochains objectifs de réduction des émissions qui seront négociés vers 2015.      

La Banque des Savoirs : Comment se sont déroulées ces journées ?


Thomas Spencer : L’Union européenne a défini l’agenda pour Durban en disant qu’elle était prête à lancer une seconde période d’engagement pour Kyoto mais à une condition :  que les grands pays trouvent un terrain d’entente pour lancer un processus de négociation vers un accord global et juridiquement contraignant. Et que cet accord remplace à termes Kyoto et les accords de Cancun. Dès la première semaine, la délégation chinoise a fait une ouverture par voie de presse en disant qu’ils étaient prêts à accepter un tel accord contraignant. Une impulsion forte est venue du côté des pays les moins développés. Ils ont demandé aux autres pays émergents de faire évoluer leur position. Piégé par les propositions de l’Europe, les pays les moins avancés et l’ouverture de la Chine, les Etats-Unis et l’Inde ont été obligés de bouger. En fait pour la Chine, il est devenu impossible de tenir un discours de pays en voie de développement.

La Banque des Savoirs : Avez-vous échangé avec les négociateurs chinois ?


Thomas Spencer : Oui. Nous avons notamment organisé un séminaire avec eux. J’étais dans le dernier carré des négociations et l’ambiance générale était cordiale. Après Copenhague, la Chine a été montrée du doigt et le pays ne veut pas être de nouveau sur la sellette. La grosse différence, c’est qu’à Durban on ne négociait pas des réductions d’émissions. Copenhague a eu lieu en 2009, c’était trop tôt pour la Chine ! C’est un vrai problème pour eux car ils n’ont pas la certitude de pouvoir contrôler ces émissions, le développement du pays est tellement effréné. Mais dans ce cadre, qui n’est pas contraignant dans l’immédiat, ils sont prêt à jouer un rôle de plus en plus pro-actif. Je pense aussi que dans leur administration, il y a des gens qui veulent faire bouger la politique climatique. Mais pour ça, il faut que ça évolue de façon international. C’est une manière de créer les conditions du changement. Dans ces grandes réunions internationales, les participants se lancent dans des opérations de relations publiques. Pour la première fois, la Chine avait un pavillon ou était montré des projets de réduction. Ils ont aussi donné des conférences de presse. Ce qui était impensable avant.

La Banque des Savoirs : Pourtant, Durban a accouché d’un accord qui n’est pas contraignant. N’est-ce pas un échec ?


Thomas Spencer: Un accord contraignant n’est pas forcément efficace ! Regardez le Canada qui vient d’annoncer qu’il sortait du Protocole de Kyoto. Ce pays n’a jamais cherché à le respecter. La ratification ne garantit pas que les pays vont mettre en place des législations contraignantes. Cela créé juste les conditions d’un changement. Mais s’il n’y a pas de mise en place au niveau national, ce type d’accord n’a pas de portée. C’est le cas aux Etats-Unis ou la vie politique intérieure bloque la mise en place des accords de Cancun. La Chine, dans leurs plans quinquennaux, affichent des objectifs de réductions des émissions de CO2. Et ces objectifs sont inscrits dans des lois et sont donc juridiquement contraignants. Certes, les accords signés à Durban ne le sont pas. Mais peut-être seront-ils mieux acceptés du coup. Durban fournit une plateforme de travail plus souple et plus fluide pour les prochains accords contraignants. D’un point de vue scientifique, ce n’est pas satisfaisant, mais d’un point de vue politique, ce qui s’est passé à Durban est nouveau et ouvre des pistes.