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Climat : des scenarios pessimistes désormais plus étayés

De nouvelles simulations corroborent le bilan dressé dans le dernier rapport du Giec de 2007. Elles reposent sur des analyses plus cohérentes et plus fines parce que mieux coordonnées entre les équipes.

glacierEn train de fondre ?
© ©Nicolas Dubreuil / Look at Sciences

Une hausse de 4 à 5°C des températures à la surface de la Terre pour le scénario le plus sévère, contre 2°C pour le plus optimiste, à l'horizon 2100. C’est dans cette fourchette que se situe l’avenir climatique de la planète. Ces résultats ont été présentés jeudi 9 février au siège du CNRS à Paris par la communauté climatique française (1). Les scientifiques sont formels, les simulations n’ont jamais été aussi précises et c’est sans-doute l’un des évènements marquants de cette annonce. 

L’autre fait nouveau, c’est la plus grande finesse des prévisions décennales que ces modèles peuvent désormais fournir. Ainsi dans le cadre d’un scénario pessimiste, les chercheurs prédisent la disparition complète de la banquise arctique entre 2040 et 2060. Ces conclusions viennent confirmer le dernier rapport de 2007 du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec).

Pour arriver à ces résultats, les scientifiques français se sont basés sur un travail titanesque de simulation du climat passé et futur. C’est sur ces nouveaux scénarios, intégrés au prochain rapport du Giec, prévu pour l'automne 2013, que s’appuieront les décideurs politiques pour prendre les mesures indispensables. Jean-Louis Dufresne, responsable du Centre de modélisation du climat et directeur-adjoint de l'Institut Pierre Simon Laplace (qui regroupe notamment le laboratoire des sciences du climat et de l’environnement en Essonne), a contribué à ces travaux. Il laisse malgré tout entrevoir une lueur d'espoir.

La Banque des savoirs : En quoi ces nouvelles simulations françaises sont-elles pertinentes ?


Elles reposent sur un gros effort de coordination entre chercheurs : avant certains d'entre eux réalisaient des simulations avec une version de modèle pendant que d’autres continuaient à développer leurs modèle et faisaient des projections basées sur une version différente. Là, nous faisons tous la même chose de la même façon. Nous avons réalisé beaucoup de simulations différentes les unes des autres mais bien organisées et cohérentes entre elles. Le but est d’aboutir à une vision complète intégrant différents points de vue et réduisant ainsi l’incertitude. Nous avons notamment pris en compte des scénarii incluant des politiques climatiques de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Nous avons ainsi utilisé des modèles plus précis, englobant des perturbateurs comme les aérosols et le cycle du carbone et représentant mieux la formation des nuages, la couche d’ozone etc. Nous avons aussi réalisé une série de prévisions rétrospectives du climat des cinquante dernières années ainsi qu'un exercice, encore à un stade préliminaire, de prévision pour la période 2010-2035.

La Banque des savoirs : Comment-êtes vous arrivé à ces résultats ?

Deux modèles ont été construits en France, et pour chacun d’eux nous avons réalisé des simulations pour 4 scenarios décrivant l’évolution future des activité humaines. Ces scenarios diffèrent principalement par la quantité de gaz à effet de serre émis. Le plus pessimiste des quatre annonce une élévation de 4 à 5°C des températures, le plus optimiste de 2°C. La construction de ces modèles est l'aboutissement de plusieurs dizaines d’années de recherche par des dizaines de scientifiques. La mise en place des chaînes de calculs et le lancement des simulations a démarré il y a 4 ans. En 2007, après la publication du 4e rapport du Giec, la nécessité s’est faite criante de franchir une nouvelle étape sur la question climatique et d’assurer beaucoup plus de cohérence en terme d’analyse. En d’autres termes, de changer de braquet. Aujourd’hui, nos modèles sont si complexes et fondés sur une telle masse de données que les capacités de stockage ont dû être multipliées par 70 ! Le coût des calculs, lui, a été multiplié par 30 !

La Banque des savoirs : Dans quelle mesure ces simulations préfigurent-elles les conclusions du rapport du Giec de 2013 ?

Nous nous sommes aperçu que des résultats considérés comme bien solides et bien établis se sont confirmés : cela va se réchauffer. Même si les incertitudes sur l’amplitude des changements demeurent, nous sommes mieux armés pour faire un travail d'analyse et pour comprendre pourquoi un résultat est réaliste ou non.

La Banque des savoirs : Pourquoi un tel décalage entre l’urgence climatique et les 5 années qui séparent la publication des rapports du Giec ?

Les travaux que nous menons sont colossaux. Nous ne pouvons pas aller plus vite. Tout ce qui est facile a déjà été fait. Et les choses difficiles, qui restent à faire, nécessitent beaucoup plus de temps.


(1)    CNRS, CEA, Météo-France, UPMC, UVSQ (IPSL, CNRM et CERFACS)