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Climat : "Il suffirait de mettre en oeuvre ce qui a été négocié"

Alors que la conférence internationale “Rio+20” sur le développement durable est sur le point de commencer au Brésil, la question du changement climatique nourrira les débats. Jean Jouzel, vice-président du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) donne son point de vue de climatologue.

StockholmRéfléchir à l'agriculture durable de demain, un des nombreux enjeux de "Rio+20".
© Emmanuel Perrin

Il y a 40 ans, à la Conférence internationale de Stockholm, les dirigeants du monde se sont engagés à faire le point tous les dix ans sur l’état de la Terre. Depuis, plusieurs processus ont été initiés avec en premier lieu, en 1972, le Programme des nations-unies pour l’environnement (PNUE). Puis en 1988, en accord avec l’Organisation météorologique mondiale, le PNUE crée le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec). Depuis, le Giec produit régulièrement des rapports qui prennent le pouls de l’évolution du climat. Le sommet de Rio, en 1992, a fait date car il a vu le lancement de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques.
“Rio+20” qui va débuter prochainement, est donc l’aboutissement d’une longue histoire.
Encore un énième sommet ne débouchant sur aucune mesure contraignante et réellement efficace ? Nombre de commentateurs le pensent. La critique revient souvent sur ce constat : les conférences internationales sur le développement durable et le climat donnent un triste sentiment d’échec. On pourrait presque parler de lassitude. La tendance peut-elle s’inverser ? 
C’est dans ce contexte que se tient “Rio+20”. L’évènement constitue une gigantesque mise à plat des grands thèmes phares du développement durable : le travail, l’énergie, les villes, la nourriture, l’eau, les océans, les catastrophes naturelles, l’enfance etc. De façon transverse, le changement climatique sera omniprésent dans les débats. Nous avons rencontré Jean Jouzel, climatologue et vice-président du Giec. Il nous fait part de son sentiment sur l’état des négociations.


Quelles initiatives faut-il mettre en oeuvre pour infléchir le changement climatique ?

J. J. : Je pense que l’aspect économique devrait guider les décideurs politiques. L’Agence internationale de l’énergie a des diagnostics assez similaires à ceux du Giec. Et il est important de le souligner, car ces diagnostics ont été établis de manière complètement indépendante. Les deux organismes affirment que si rien n’est fait d’ici à 2017 pour changer les trajectoires d’émissions de gaz à effet de serre, nous n’arriverons pas à limiter le réchauffement de la planète à 2°C par rapport à l’ère pré-industrielle, d’ici à 2100.



Mais 2°C de limitation, n’est-ce pas un peu ambitieux vu la lenteur des avancées ?C

J.J. : Cet objectif nous paraît tout à fait raisonnable. On ne peut pas jouer avec le réchauffement climatique. Plus il sera élevé, plus les conséquences seront considérables. Un dollar non investi pour aller vers une société sobre en émissions de carbone d’ici à 2020, se traduira par 4 dollars à investir après 2020. Donc du simple point de vue économique, c’est un mauvais calcul de ne pas intervenir dès maintenant. En France, le versant économique du problème a été abordé au moment du Grenelle de l’environnement. Il faudrait maintenant que cela se concrétise et se traduise par des actes. Il nous faut aller vers une économie sobre en carbone et qui soit créatrice d’emplois. C’est quelque chose en quoi je crois. Les décideurs politiques se doivent de nous aider. Ces problèmes majeurs ne sont pas au coeur des débats politiques, pourtant les négociateurs avancent. Mais il n’y pas de véritable prise de décision, ni de véritable mesure. Il suffirait que ce qui a été discuté soit mis en oeuvre. Ce n’est pas la peine de refaire le monde !


Les rapports du Giec sont-ils pris en compte dans les négociations climatiques en cours ?

J. J. : J’étais à la conférence de Durban en Afrique du Sud en 2011 et il est clair que les négociateurs se sont appuyés sur le quatrième rapport du Giec (daté de 2007 - ndlr). Il n’y a eu aucune remise en cause des conclusions scientifiques. Il est d’ailleurs nommément dit que la révision de la feuille de route de Durban se fera à la lumière des nouvelles connaissances, en particulier celles du cinquième rapport du Giec qui sera publié en 2013. Avant ça, je ne pense pas qu’il y aura grand chose de nouveau.