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CO2, le retour...

  • Posté le : Lundi 3 Janvier 2011
  • |
  • par : L. Salters

Une étude montre que les émissions de dioxyde de carbone risquent d'atteindre un nouveau record pour 2010.

Forêt et CO2Les forêts. Sans elles, le taux de CO2 dans l’atmosphère augmenterait de façon irréversible.
© Patrice Latron / LookatSciences

Les pourparlers sur le réchauffement climatique se sont terminés à Cancun au Mexique en décembre dernier avec l’adoption d’un mécanisme de lutte contre la déforestation. Sachant que les forêts jouent un rôle essentiel dans l’absorption du dioxyde de carbone (CO2), l’accord est sans doute bienvenu. Car le principe de réalité a frappé un grand coup à la table des négociateurs : selon certaines prévisions, 2010 devrait être une année record pour les émissions mondiales de CO2.
L’année 2009 avait vu un ralentissement de la tendance, en grande partie lié à la crise économique de 2008 et à la baisse d’activité qui en a découlé. L’année 2010 marquerait donc un retour à une moyenne haute dans le domaine. Selon l’étude parue dans la revue Nature Geoscience à la fin du mois de novembre dernier, les émissions de CO2 pourraient avoir augmenté d’environ 3% sur toute l’année, contre 1,3% seulement en 2009.

L’article est signé par le Global Carbon Project (GCP), une initiative internationale qui regroupe des chercheurs de différents laboratoires dans le monde. Depuis 2007, le GCP coordonne une synthèse annuelle du bilan global des sources et des puits de CO2. En France, le contributeur est le Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement (LSCE) de Gif-sur-Yvette (1), en Essonne.

La réalité des chiffres

Cet impact de la crise en 2009, surcompensé en 2010, on le doit aux pays émergents, résume Philippe Ciais, chercheur au LSCE. Ils vont très fortement augmenter leur part dans les émissions.” Parmi eux, la Chine, l’Inde, la Corée du Sud, alors que des pays comme la France, l’Allemagne, l’Angleterre, le Japon ou les Etats-Unis connaîtraient des taux de décroissance importants. D’où le constat général que fait le chercheur : "S’agissant de la quantité globale de carbone dans l’atmosphère, les stations de mesure indiquent que la concentration atmosphérique du CO2 continue d’augmenter. Elle devrait atteindre 390,5 parties par millions (la concentration exprimée en ppm correspond au nombre de molécules de CO2 divisé par le nombre de millions de molécules de l’air - ndlr) en fin d’année 2010 contre 387,2 ppm fin 2009."
Pour pouvoir établir de telles projections, les chercheurs du GCP disposent de plusieurs sources. L’Agence internationale de l’énergie (AIE) ainsi que UNFCCC (Convention des nations unies sur le changement climatique) fournissent des données statistiques état par état. Le Cdiac (Centre d’information et d’analyses sur le dioxyde de carbone), un institut américain basé dans le Tennesse, amasse depuis 1982 les principales données ayant trait au changement climatique au niveau mondial et constitue une source de référence pour les scientifiques. “Il y a un énorme travail d’harmonisation entre toutes ces données pour pouvoir les exploiter”, précise Philippe Ciais, qui fait aussi partie des chercheurs associés au Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC).
L’appréciation de cette concentration est un exercice complexe. Le carbone subit en permanence des transferts entre les milieux. Une partie du CO2 est dissout dans les océans. Les plantes, elles, absorbent le CO2 atmosphérique par la photosynthèse. "Mais la variation naturelle de l’absorption fait que la concentration de CO2 dans l’atmosphère varie beaucoup", explique Philippe Ciais.
Difficile donc pour les chercheurs d’apprécier la portée d’un accord sur la déforestation, comme celui signé en décembre dernier à Cancun. “Il nous faut au minimum dix ans de recul pour évaluer les effets des politiques, analyse Philippe Ciais. Un traité peut très bien être signé et suivi d’une baisse du taux de CO2 dans l’atmosphère l’année d’après. Mais cela ne veut rien dire, car dans la durée, peut être que ce taux augmente en moyenne”.
C’est sans doute pourquoi l’après Cancun, qui aura lieu à Durban, en 2011 sera dans l’obligation de trouver des solutions plus contraignantes encore, afin de désamorcer la bombe climatique qui nous attend.



(1) Le Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement est une unité mixte de recherche (UMR 8212) entre le CNRS, le CEA et l'Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines (UVSQ). Ses équipes (300 personnes) sont basées à Saclay et à Gif-sur-Yvette. Le LSCE fait partie de l’Institut Pierre Simon Laplace (IPSL).  www.lsce.ipsl.fr