logo Essonne

Comme une usine à étoile…

  • Posté le : Lundi 16 Juillet 2012
  • |
  • par : L. Salters

Le téléscope spatial Herschel, lancé par l’agence spatiale européenne, a pu observer le nuage interstellaire Vela-C. C’est la première fois que des images aussi précises de cette région arrivent à nous.

actu vela c

Dans la famille des nuages interstellaires, Vela-C serait un peu comme une maternité à étoiles. Ce nuage de gaz et de poussière, situé à un peu plus de 2 000 années lumières de notre système solaire (1), vient de se révéler sous un nouveau jour aux astronomes. Pour la première fois, des images d’une bien meilleure définition de cette région connue de l’espace, viennent apporter des précisions intéressantes sur la naissance des étoiles. Vela-C contiendrait de gigantesques filaments, sorte de traînées géantes, à l’intérieur desquelles les étoiles se formeraient.
Au sein du projet baptisé Herschel, du nom du satellite européen, Vincent Minier, astrophysicien à l’Institut de recherche fondamentale de l’univers (Irfu – CEA Saclay) participe notamment au programme HOBYS, un programme d’observation sur la formation des étoiles. Il détaille pour la Banque des Savoirs ces nouvelles images qui représentent une étape supplémentaire dans la connaissance du milieu interstellaire. Il s’agit de savoir s’il existe une universalité dans le processus de naissance des étoiles.

Banque des savoirs : Que représentent pour vous ces images de Vela-C ?

Vincent Minier : Elles viennent résumer des publications récentes sur cette région, assez proche de nous dans l’immensité de notre galaxie. Elles nous apportent une cartographie visuelle d’un nuage moléculaire géant dans la Constellation des Voiles, Vela en latin. Dans le milieu interstellaire, ces nuages sont constitués de gaz mélangés à de minuscules grains de poussière d’environ un micromètre. Ces grains absorbent la lumière visible émise par les étoiles. Il y a donc une zone noire dans Vela-C. Grâce à Herschel, qui peut recueillir des informations dans le sub-millimétrique, c'est-à-dire des longueurs d’ondes invisibles à l’oeil nu, nous avons pu révéler cette zone.

BDS : De quoi est-elle constituée ?

Vincent Minier : Le nuage interstellaire qui s’y trouve est structuré en filaments. Ce sont eux qui représentent la nouveauté pour nous. Ils forment de gigantesques traînées. Vela-C est longue d’environ une centaine d’années-lumière. Ces filaments mesurent entre 10 et 50 années-lumière de long. Et font entre 0.3 et 0.5 années-lumière de large. Ils représentent la pièce manquante entre le grand nuage de gaz dont nous venons de parler et l’étoile naissante. Ils sont comme des cocons à étoiles. Lorsqu’une densité critique est atteinte à l’intérieur même des filaments, la gravité provoque l’effondrement du gaz par endroit et il y a formation d’étoiles. 

BDS : L’espace est donc rempli de matière qui sert à fabriquer des étoiles ?

Vincent Minier : Oui et non. L’espace est quasiment vide. Prenons une comparaison avec la Terre. Dans 1 litre d’air, il y a en moyenne 10 000 milliards de milliards de molécules. Dans le nuage interstellaire de Vela-C, on ne trouve que 10 millions de molécules pour un litre. C’est presque vide ! Mais ces nuages et ces filaments sont tellement gigantesques que l’on finit tout de même par arriver à les concentrer en de très grandes masses, les étoiles.

BDS : Combien de temps faut-il pour former une étoile ?

Vincent Minier : La formation d’une étoile se fait entre 10 000 et 100 000 ans. Pour obtenir un objet compact qui commence à rayonner, il faut compter environ 1 million d’années. Ce à quoi nous assistons avec les informations recueillies par Herschel dans Vela-C n’est vraiment qu’une  séquence. Comme le nuage est éloigné d’environ 2 000 années-lumière de la terre, les événements que nous observons maintenant s’y sont déroulés il y environ 2 000 ans. C’est le temps mis par les photons pour arriver jusqu’à nous ! C’est une petite fraction de temps sur la vie d’une étoile, nous voyons donc la formation d’étoiles en cours malgré ce léger différé…

 
 
(1)    Une année-lumière équivaut à environs 10000 milliards de kilomètres.