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Comment le changement climatique fait transpirer la planète

  • Posté le : Lundi 8 Octobre 2012
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  • par : L. Salters

Une étude montre qu’au cours des 50 dernières années, le phénomène d’évapotranspiration de la Terre a augmenté à cause des activités humaines.

L'évapotranspiration  Les variations de l'évapotranspiration constatées depuis 1950 ne peuvent s'expliquer que par l'intervention de facteurs anthropiques (résultant de l'activité humaine).


© Patrice Latron / LookatSciences

A chaque seconde qui s’écoule, ce sont environ 2 milliards de litres d’eau qui s’évaporent dans l’atmosphère depuis les terres émergées de notre planète. Ce phénomène qui comprend uniquement l’eau retenue dans les sols ainsi que la transpiration des plantes est l’évapotranspiration. Dans un contexte de changement climatique, des chercheurs du Centre national de recherche météorologique (CNRM-GAME) ont voulu mieux comprendre comment ce processus a évolué durant le dernier demi-siècle. Leur récente étude, menée en association avec Météo France et le CNRS, montre que sur cette période, les variations de l'évapotranspiration présentent des anomalies qui ne s'expliquent qu’en prenant en compte l’influence de l’activité humaine. L'accroissement de l'évapotranspiration est constaté à partir des années 1970 aux moyennes et hautes latitudes. Seul l’équateur est préservé. Ces résultats viennent d’être publiés dans la revue Nature Climate Change.

Depuis les premiers travaux concernant l’influence de l’homme sur le climat, c’est l’analyse des changements de températures qui sert de référence, note Aurélien Ribes, climatologue et statisticien au CNRM et co-signataire de l’étude. Maintenant, on commence à mieux cerner l’influence humaine sur le climat à travers d’autres paramètres, comme les précipitations et l’évapotranspiration”.
Si l’analyse des changements de températures est un point central, elle ne peut répondre seule à toutes les questions. “Par exemple, pour l’agriculture ou la biodiversité, la quantité d’eau contenue dans les sols est un facteur déterminant, ajoute le chercheur. Travailler sur les précipitations est plus incertain car elles ne sont pas régulières. En revanche la transpiration des plantes et l’évaporation des sols sont des phénomènes qui ont lieu en permanence même s’ils connaissent des fluctuations. C’est pour cela qu’ils sont intéressants à analyser”.

Pseudo observations

Pour mener à bien leur étude, les chercheurs ont dû contourner un problème de taille : le manque de données sur l’évapotranspiration dans le passé. Car si le phénomène est important dans le règlement général du climat, il n’en demeure pas moins qu’il a été jusqu’ici peu étudié par les scientifiques. Pour pallier la difficulté, les équipes ont élaboré des pseudo-observations. Aurélien Ribes : “Ce sont des informations que l’on obtient grâce à des reconstitutions numériques fabriquées à partir d’autres données météorologiques que nous possédons depuis 1950”.
Plusieurs types d’informations ont été prises en compte par les chercheurs pour mettre au point leur modèle. Dans un premier temps, les données climatiques : relevés de températures, des précipitations, des rayonnements solaire et infrarouge en surface, du vent, de l’humidité de l’air. “Les calculs sont moins lourds que ceux d’un modèle climatique classique, note Aurélien Ribes. Nous ne prenons en compte que le fonctionnement des surfaces continentales. Les océans et l’atmosphère ne sont pas intégrés à la simulation”.
L’autre facteur pris en compte est l’influence des activités humaines depuis les années 50, aussi appelé forçage anthropique par les scientifiques. Là, on intègre essentiellement aux calculs l’évolution des gaz à effets de serre ainsi que la quantité d’aérosols émise. Enfin, le troisième jeu de données joue sur les forçages naturels : par exemple, une grande éruption volcanique comme celle du Pinatubo en 1991 a eu une influence notable durant un temps (quelques années) sur l’évapotranspiration. De la même manière, les variations du rayonnement solaire ont été intégrées aux calculs.

L’ensemble de cette simulation est une première étape pour mieux réduire les incertitudes quant à l’évolution des ressources en eau de la planète. “L’augmentation d’environs 0,8 degrés de la température moyenne globale observée au cours du siècle dernier est plus importante que les variations attendues sur une telle période. Mais pour l’évapotranspiration, ce rapport signal sur bruit est beaucoup plus subtil. Il est plus compliqué de trouver des traces de l’influence humaine, concède Aurélien Ribes”.
Et le chercheur de replacer la démarche de l’étude dans un contexte plus général. “Notre démarche est complémentaire de celle du GIEC (Ndlr - Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat). Dans son dernier rapport de 2007, le groupe émettait des hypothèses sur les évolutions à venir de l’évapotranspiration. Nous sommes allés regarder dans le rétroviseur pour étayer les perspectives d’avenir. Cette démarche est nouvelle pour l’évapotranspiration”.