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Conférence de Copenhague 2009, des chercheurs font rejouer le match

  • Posté le : Mardi 14 Juin 2011
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  • par : L. Salters

Dans le cadre d’une expérience scientifique, près des 200 étudiants se sont livrés à une réinterprétation grandeur nature de ces négociations sur le climat.

Etudiants de Science-Po en négociationFin des discussions, les étudiants ont trouvé un accord.
© LookatSciences/LaurentSalters

Et si un accord avait été trouvé ? En 2009, les négociations de Copenhague sur le changement climatique devaient se conclure par un accord fort. Elles se sont soldées par un échec. La question peut donc paraître un peu stérile. Mais malgré l’impasse dans laquelle se trouve aujourd’hui le processus, les discussions ne poursuivent tant bien que mal. Et pour certains chercheurs en théorie de la négociation, comprendre les raisons des blocages est un sujet d’étude.
Certains d’entre eux travaillent au sein de l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddrii). Basé à Paris, l’Iddrii est notamment spécialisé dans les questions d’environnement et est pleinement impliqué dans le processus de négociations sur le changement climatique.

Pour réfléchir de manière différente, des chercheurs de l’Iddri et de Science-Po Paris ont imaginé rejouer avec plusieurs dizaines d’étudiants les négociations de 2009. Le but de la manœuvre : essayer de mieux comprendre ce qui n’a pas fonctionné et voir dans quelle mesure les étudiants pourraient parvenir à un résultat différent.
Pour se mettre en situation, les négociations ont duré cinq jours (dont une nuit blanche), entre le 6 et le 10 juin. Elles ont comporté séances plénières et groupes de travail. Les étudiants, qui représentaient les délégations de pays participants, d’institutions internationales ou d’Organisations non gouvernementales, se sont préparés durant plusieurs semaines avant l’évènement.
Premier point sur cette expérience originale avec l’un des chercheurs qui l’ont organisée : Sébastien Treyer, directeur des programmes à l’Iddri.

Banque des Savoirs : Qu’est-ce qui vous a poussé à demander l’organisation d’un tel évènement ?

Sébastien Treyer : A l’Idrii, on a des praticiens de la négociation, ainsi que des chercheurs en théorie de la négociation. Mais il existe un problème de relais entre ceux qui sont sur le terrain et ceux qui observent. Ce qui m’intéressait en rejouant Copenhague, c’était de casser la glace et d’arrêter d’être dans le constat. Bruno Latour (directeur scientifique de Sciences Po, co-organisateur de l’évènement - ndlr) a une vision politique de la place de la science. En organisant l’évènement, il nous aide à reposer des questions et à mieux faire le lien entre les chercheurs et les praticiens. Mais l’évènement est un pari, il faudra en tirer les conclusions

BDS : Avant d’opérer un débriefing de l’expérience plus en profondeur dans les semaines qui viennent, qu’avez-vous déjà relevé en observant les étudiants négocier ?

Sébastien Treyer : L’exercice ouvre des pistes de réflexion intéressante. Par exemple, le fait que les étudiants aient été capables de faire des propositions innovantes, sans pour autant relâcher les contraintes des intérêts du pays qu’ils représentent. Ils ont proposé la création d’une Organisation mondiale de l’environnement, quelque chose qui n’a pas eu lieu à Copenhague. Cela va parler aux négociateurs et aux chercheurs.
Par ailleurs, j’enregistre les témoignages des étudiants qui participent à l'exercice.

BDS : Qu’est-ce que vous recherchez dans ces témoignages ?

Sébastien Treyer : J’écoute leurs récits des événements pour mieux comprendre les moments clefs. Les chercheurs peuvent prédire ce qui va fonctionner ou non lors d’une négociation. Ils savent aussi que les interactions humaines par exemple, décalent tout. Ce qui m’intéresse en recueillant le témoignage des étudiants, c’est d’identifier ces moments de basculement, ces processus de transgression par rapport aux intérêts initiaux. Je cherche donc à voir comment les étudiants qui ont participé aux négociations les formulent. Seuls ces témoignages faits par ceux qui ont vécu les évènements de l’intérieur, ont valeur de matériau scientifique aux yeux des chercheurs en théorie de la négociation.

BDS : Qu’est-ce qui n’a pas marché à Copenhague en 2009 mais qui a fonctionné dans cette réinterprétation des événements à Science-Po ?

Sébastien Treyer : J’ai un regard extérieur car je n’étais pas à Copenhague il y a 2 ans. Tout le monde sait que la pression était très forte sur les participants. Il y a eu de grandes déclarations qui ont fait croire qu’on se fixait des objectifs ambitieux. Mais les moyens pour y parvenir n’ont pas été engagés. Dans notre expérience, les étudiants ont fait quelque chose d’assez intéressant : ils se sont fixés des objectifs ambitieux à long termes et des moyens qui ne sont pas à la hauteur. Tout cela en pleine conscience et de manière positive, en faisant le pari que d’ici là, on trouvera les moyens de changer la donne.