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Conserver les mangroves, puits de carbone

  • Posté le : Lundi 18 Avril 2011
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  • par : L. Salters

Une étude met en avant pour la première fois le rôle joué par ces forêts tropicales côtières dans le stockage du CO2.

MangrovesDes mangroves au Mozambique. Denses et réputées impénétrables.
© Francesco Tomasinelli / LookatSciences

La fonction cruciale des forêts comme puits de CO2 est connue depuis longtemps. Grâce à elles, une partie du carbone relâché dans l’atmosphère, soit par l’homme, soit par la nature, est captée. A l’échelle de la planète, elles sont donc essentielles au cycle du carbone et agissent comme une véritable éponge. A fortiori en ces temps de réchauffement climatique où l’enjeu consiste à réduire les émissions humaines de gaz à effet de serre, dont le CO2 fait partie.
Il semblerait que les mangroves, ces écosystèmes caractéristiques des littoraux tropicaux, auraient aussi un rôle déterminant dans le stockage du CO2. C’est la conclusion à laquelle est arrivée J. Boone Kauffman, chercheur à l’Office des forêts de Durham, dans le New Hampshire aux USA, dans une étude publiée par la revue Nature Geoscience. “L’expression “puits de carbone” n’est pas employée dans l’étude, tempère Jean-Daniel Paris, chercheur au Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement (LSCE) à Gif-sur-Yvette. Les auteurs sont prudents. Ils préfèrent dire : “Si on coupe les mangroves, celles-ci relâcheront beaucoup de carbone dans l’atmosphère”. Au sens large, un puits de carbone est un réservoir naturel qui absorbe le carbone de l’atmosphère.

J. Boone Kauffman a longé, avec son équipe, les océans indiens et pacifiques, incluant des sites de mangroves côtières en Micronésie, Indonésie et Bangladesh. Soit près de la moitié des zones terrestres où l’on trouve des mangroves. Réputées denses et impénétrables, elles se forment dans l’estran, cet espace côtier situé entre marée haute et marée basse. Elles sont constituées de palétuviers, des arbres possédant des racines échasses puissantes qui s’ancrent littéralement dans les sols. Moussons, marées, températures élevées, tempêtes tropicales, les mangroves évoluent en général dans des environnements difficiles. “Ce sont d’ailleurs des endroits complexes à observer, confirme Jean-Daniel Paris. On est entre l’océan et la terre avec des flux et reflux de marées. Les conditions sont très changeantes. Mais l’étude est la plus complète possible avec les moyens existants. L’équipe de recherche a effectué des forages dans les sols, prélevé des plantes, analysé des sédiments. Et ils ont travaillé sur un nombre importants de sites.

Préservation

Si l’on prend l’ensemble des mangroves, tous continents confondus, on arrive à une superficie de 200 000 km2. Seulement un tiers de la France ! “Or, la valeur moyenne de stockage du carbone par hectare est beaucoup plus importante dans les mangroves que dans les forêts. Dans les mangroves, il semblerait donc que ce processus soit plus intensif.”
Selon l’équipe du professeur Kauffman, cela est dû notamment à une couche tourbeuse importante, de plusieurs dizaines de centimètres, très riche en éléments organiques, et qui constitue la surface des sols dans ces écosystèmes. “Les matières organiques en suspension dans l’eau s’accumulent, explique Jean-Daniel Paris. Ce qui accélère la sédimentation et donc le stockage du CO2”. Une particularité des mangroves : car pour la majorité des plantes, c’est par le processus de photosynthèse, via les feuilles, que s’opère le captage du carbone.
A dire vrai, la communauté scientifique connaît depuis longtemps déjà le rôle important joué par les mangroves dans la biodiversité. On sait aussi qu’elles sont vitales pour maintenir par endroit la ligne des côtes. Avec la retenue du carbone, c’est encore un autre versant du fonctionnement de ces écosystèmes qui est mis en avant. Cette étude pose du coup en creux, mais de manière plus aiguë peut-être, la question de la conservation de ces écosystèmes dans le cycle du carbone. Car selon l’équipe de J. Boone Kauffman, même si les mangroves n’occupent pas plus de 1% de la superficie des forêts tropicales, leur disparition pourrait contribuer à 10% des émissions de carbone provenant de la déforestation.