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"Contagion", les scientifiques au coeur de la tourmente

  • Posté le : Lundi 14 Novembre 2011
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  • par : L. Salters

Le nouveau film du cinéaste américain Steven Soderbergh est un thriller médical particulièrement bien ficelé. Des chercheurs de l’Institut Pasteur l’ont visionné pour en débattre.

épidémie de SRASEviter la contamination. Ici, une chercheuse lors de l’épidémie de SRAS en 2003.
© Thierry Berrod / LookatSciences

“Ca tient la route, c’est scientifiquement crédible”. Le commentaire est de Arnaud Fontanet, directeur de l’unité de recherche et d’expertise en épidémiologie des maladies émergentes à l’Institut Pasteur. Il a vu le nouveau film de Steven Soderbergh : “Contagion”. Une histoire d’épidémie virale mortelle qui prend la planète de court et fait en quelques semaines plusieurs millions de morts. Particulièrement réalistes, les concepteurs du film ont fait appel à des scientifiques pour élaborer leur scénario. Pour une fois, Hollywood ne s’est pas contenté de manufacturer une énième production catastrophe à grands renforts de musique et de militaires prêt à prendre la situation en main ! Au contraire, le film est bien documenté, c’est pourquoi les chercheurs de l’Institut Pasteur ont décidé d’assister à une projection du film le 7 novembre. Près de 150 personnes étaient présentes.

C’est Simon Wain-Hobson (le premier à avoir séquencé le virus du VIH - ndlr) qui a vu le film à Londres, raconte Arnaud Fontanet. Il était enthousiaste et trouvait l’histoire bien ficelée. Dans la mesure où le sujet concerne nos recherches de très près, il semblait intéressant d’organiser une projection.”
Dès que les lumières se rallument dans la salle, les scientifiques présents sont unanimes pour dire que le scénario du film est plausible. Un constat qui fait froid dans le dos car le récit de Steven Soderbergh est tout de même très sombre. “Il y a juste une grande liberté au niveau du temps, précise tout de même Arnaud Fontanet. Dans le film, les analyses et l’identification du virus prennent une quinzaine de jours. Et l’élaboration du vaccin à peine six mois. En réalité, il faut plutôt entre trois et six mois pour caractériser un virus et il faut compter entre trois et cinq ans pour la mise au point d’un vaccin.”

Inspiration

Le film est directement inspiré de l’épidémie du Syndrome respiratoire aigu sévère, plus connu sous le nom de SRAS. En février 2003, le virus se répand sur la planète à partir de Hong Kong, touche plus de 8 000 personnes et selon l’OMS, en tue 774. La manière dont le virus s’est propagé depuis le sud de la Chine est aujourd’hui bien connue. A Guangzhou, quelques restaurants et marchés servent des civettes, petits mammifères carnivores dont les chinois sont très friands. Certaines étaient porteuses du virus. Choisies par les clients à l’entrée des restaurants pour en faire leur plat principal, une tradition en Chine, on les portait ensuite en cuisine. Avant le coup de grâce, elles s’agitaient, envoyant ainsi des virus autour d’elles. C’est ainsi que les premiers humains ont été infectés. “Là, se situe un des épisodes clés de la pandémie, continue Arnaud Fontanet. Un médecin de Guangzhou qui avait traité les premiers malades, se rend à Hong Kong. Il résidait dans un hôtel et y a infecté au moins 12 personnes. Le lendemain, on retrouvait le virus dans six pays différents”.

Hong Kong possède l’un des plus grands aéroports internationaux au monde...
Le film reprend la même trame. Les personnes présentes lors de la projection étaient d’accord pour dire que de tous les scénarios possibles, celui proposé par Steven Soderbergh représente le pire. Mais différence de taille : à l’époque du SRAS, les autorités sanitaires ont assez vite contrôlé la transmission du virus. Dans le film, le virus se transmet comme une traînée de poudre.
A l’issue de la projection, il y a aussi le sentiment, partagé par Arnaud Fontanet, que dans ce type de situation, les scientifiques sont dans une position inconfortable vis à vis du grand public. “Le personnage interprété par Jude Law est intéressant, souligne le chercheur. C’est un blogueur, il répand la rumeur. Et c’est facile pour lui. Un scientifique a besoin de certitudes pour pouvoir parler au public. Dans ce genre de circonstances, c’est compliqué pour nous de communiquer et d’informer”.
Car un des aspects saisissants de “Contagion”, c’est la désorganisation sociale et politique qui résulte de la pandémie. Un seul exemple : en 2003 pour le SRAS, plusieurs hôpitaux de Toronto, au Canada, avaient du être mis en quarantaine car des malades et des personnels médicaux avaient été infectés...