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CoRot ne répond plus

  • Posté le : Lundi 26 Novembre 2012
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  • par : L. Salters

Lancé en 2006, le satellite d’observation spatiale ne répond plus. Fin octobre, les appareils ont cessé d’émettre. Les chercheurs du Centre national d’études spatiales (Cnes) sont sur le coup.

corot by DUCROSCoRot est perché à 800km au-dessus de nos têtes.
© Ducros/CNES

“Que la force soit avec toi”. Cette réplique célèbre du film Star Wars décrit ce que l’on souhaite à CoRot. Ce télescope spatial du Cnes mis en orbite en 2006 est tombé en panne fin octobre. CoRot, entouré des équipes d’ingénieurs, réussira t-il à passer l’épreuve pour transmettre à nouveau les données scientifiques récupérées par tous les instruments de bord  ? “C’est d’autant plus dommage que le reste du satellite marche bien”, explique Olivier La Marle, ingénieur et responsable des programmes astronomie au Centre national des études spatiales (Cnes).
La mission du télescope CoRot, d’envergure moyenne par rapport à des observatoires comme le satellite Herschel, est considérée par la communauté scientifique comme un énorme succès. A un point tel qu’en 2009, après 3 années d’observation, le Cnes et ses partenaires décidaient de prolonger la mission. A cette époque, le satellite avait perdu une première partie de ses capacités suite à une défaillance”, détaille Olivier La Marle. Mais cette fois-ci, le diagnostic est plus sévère. Les ingénieurs pensent pouvoir tenter une ultime manoeuvre d’ici quelques jours pour essayer de contourner la panne. “Tout est prévu à bord pour reconfigurer le satellite”, concède Olivier La Marle. Mais les observateurs ne fondent pas de grands espoirs sur la manipulation.  

Pour comprendre les symptômes, rentrons dans le coeur de CoRot. Le satellite est constitué d’une “plateforme”. En fait une boîte. Elle contient tous les équipements gérant ce que les scientifiques nomment les servitudes : ordinateur de bord, liaisons avec le sol, pointage du satellite, système de roues pour s’orienter. S’ajoutent à cela l’émetteur, le transmetteur, l’antenne, les panneaux solaires pour l’énergie et les senseurs stellaires pour repérer les étoiles. Oliver La Marle : “La plateforme rassemble tout ce qui n’est pas l’instrument d’observation”. L’instrument en question se situe sur la boîte. Il est constitué d’une caméra avec un télescope d’une trentaine de centimètres de diamètre. Le tout est protégé par une sorte de tube qui joue le rôle de pare-soleil afin d’éviter les excès de lumière qui pourraient venir parasiter les observations. Liés à la caméra, les instruments de lecture électronique récupèrent l’information, la mettent en forme et la transmettent à l’ordinateur de bord. C’est dans cette chaîne que se situe la panne.
La caméra elle-même est composée de deux détecteurs séparés qui observent chacun une moitié de la portion de ciel visé. Chacun de ces détecteurs est câblé indépendamment à l’ordinateur qui “rassemble” les deux moitiés pour former une image complète. En mars 2009, l’un de ces deux câbles transmetteurs d’information avait déjà rendu l’âme. Depuis, la mission qui avait entamé une première période de prolongement, ne fonctionnait plus que sur un seul câble. Le satellite ne pouvait donc plus observer que la moitié de son champ de vue. Aujourd’hui, c’est cet ultime câble qui présente des symptômes de panne. Olivier La Marle : “Nous avons fait des tentatives pour éteindre et allumer les appareillages, mais cela n’a rien donné. En décembre, nous devrions tenter une opération de reconfiguration déterminer si le câble est vraiment mort”. Tout cela à 800 km de distance, l’orbite sur laquelle est calé le satellite.

Il existe une donnée qu’ingénieurs et scientifiques connaissent et qui risque de sérieusement hypothéquer le prolongement de CoRot : la ceinture de radiations, là où se trouve le satellite. C’est également là que circulent la plupart des satellites d’observation du globe. C’est aussi à cette distance que se crée le champ magnétique terrestre arrêtant les radiations solaires. “Les protons et les électrons qui proviennent du soleil sont ainsi bloqués, explique Olivier LaMarle. Heureusement, car il n’y aurait pas de vie sur terre sans lui. Mais l’électronique des satellites qui évoluent dans cette ceinture est soumise à rude épreuve. Elle est bombardée en permanence”. CoRot se situe juste en dessous de la ceinture. Mais lorsqu’il passe au-dessus de l’océan Atlantique sud, il y entre. Malgré l’électronique de pointe très résistante mise en place par les ingénieurs sur le satellite, à la longue, l’usure se fait ressentir. A titre de comparaison, l’an passé la mission russe Phobus-Grunt a été un échec. Le satellite est retombé. Une enquête a révélé que 60% des composants électroniques, jugés trop fragiles a posteriori, venaient du commerce...   
CoRot n’a pas à rougir, si jamais son périple s’arrête là, l’observation des phénomènes physiques se produisant à l'intérieur des étoiles qu’il a permis, et les exoplanètes qu’il a détectées constituent une énorme avancée pour l’astronomie.