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Demain, vivre un siècle ?

  • Posté le : Lundi 20 Décembre 2010
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  • par : L. Salters

Selon deux démographes, le recul de la mortalité dans les tranches d'âges élevées a beaucoup contribué à augmenter l'espérance de vie dans les pays industriels. Quand cela s'arrêtera-t-il ?

Quelle espérance de vieEn 250 ans, l’espérance de vie à triplé. Les ancêtres de nos ancêtres, au XIIXème siècle, vivait en moyenne 27 ans.
© Thierry Berrod / LookatSciences

L'espérance de vie des Américains marque le pas et a régressé de 1,2 mois en 2008, pour se fixer à 77,8 ans, selon un rapport publié le 10 décembre 2010 par le Centre national des statistiques de santé aux Etats-Unis. Le fait est suffisamment rare pour qu’il marque les esprits. Il ne contredit pourtant pas l’imposante étude de l’Institut national d’études démographiques (INED) parue la semaine dernière : nous ne vivrons sans doute pas jusqu’à 100 ans, mais nos petits-enfants ou arrières-petits-enfants oui, très probablement.

Il est vrai que la mise en perspective historique, réalisée par les chercheurs, est impressionnante : en 1750, l’espérance de vie pour un homme ne dépassait sans doute pas 27 ans, et 28 ans pour les femmes. Elle atteint aujourd’hui en France près de 78 ans pour les hommes et 85 ans pour les femmes. En 250 ans, la longueur de la vie dans les pays industriels a en moyenne triplé. Peut-on continuer encore longtemps selon cette dynamique ? "Nous sommes relativement optimistes, explique France Meslé, chercheuse à l’INED et co-auteur de l’étude avec Jacques Vallin. Jusqu’à présent, nos sociétés ont su trouver des réponses aux risques auxquels elles étaient exposées".
Pour mener leurs travaux, les auteurs sont partis d’une étude publiée en 2002 par deux chercheurs américains : James Oeppen et James Vaupel. Ils observaient que depuis 1841, l’espérance de vie dans les pays industrialisés n’avait cessé d’augmenter en moyenne à raison de trois mois par an. Et ils concluaient qu’il y avait toutes raisons de croire que cela continuerait encore longtemps. "Il n’était pour nous pas très réaliste de supposer qu’on avait une droite qui allait se prolonger indéfiniment, explique France Meslé. La première étape était de constituer une base de données la plus large possible. Nous sommes remontés dans le passé, jusqu’en 1750, alors que les chercheurs américains s’arrêtaient en 1840. Puis, nous avons fait une analyse critique des données."
Lors de cet examen, les chercheurs ont éliminé certaines séries, notamment celles de la Nouvelle Zélande à la fin du XIXème siècle, qui concernaient une population hyper-sélectionnée par la migration avec des espérances de vie anormalement élevées.
Le résultat final est donc plus nuancé : oui, l’espérance de vie n’a cessé d’augmenter depuis 1750. Mais cette croissance est irrégulière. "Au XIXème, on était à un mois par an d’espérance de vie gagnée. On est passé à quatre mois au XXème. Aujourd’hui, ce taux est descendu à deux mois et demi, précise France Meslé. Avec une tendance forte : la mortalité baisse à des âges de plus en plus élevés."

Deux époques

Quels sont les facteurs qui ont permis un tel allongement de la vie ? Les progrès de la médecine ont évidemment joué un rôle central dans cette évolution. France Meslé : "Depuis la fin du XIXème siècle, sur une première période allant jusqu’aux années 1960 les progrès sont essentiellement liés à la réduction des maladies infectieuses et à la baisse de la mortalité dans les jeunes âges." A cela, s’ajoute le contexte qui accompagne ces avancées et qui en fait bénéficier le plus grand nombre. L’amélioration de l’hygiène, la généralisation des vaccins et des antibiotiques, la création de la sécurité sociale en France sont autant d’éléments qui se sont avérés déterminants pour une meilleure santé des individus. "On pensait alors (dans les années 70) qu’on allait plafonner et que l’espérance de vie allait stagner, notamment à cause des maladies circulatoires", ajoute France Meslé. Mais dans la plupart des pays industrialisés, on a trouvé les moyens de contrôler ces maladies. "C’est là que commence la seconde période", explique la chercheuse. Les premières grandes campagnes anti-tabac, le dépistage plus systématique des pathologies, les progrès thérapeutiques dans le domaine cardiovasculaire ont permis d’allonger un peu plus notre espérance de vie. Dans leur étude, les auteurs n’hésitent pas à parler de "victoire sur les maladies infectieuses" ou de "révolution cardiovasculaire" comme des étapes marquantes.

Comment aujourd’hui continuer à faire reculer un peu plus la mortalité dans les tranches d’âges élevées ? Va t-on trouver les parades à la maladie d’Alzheimer ou au cancer par exemple, maladies de notre époque ? La tendance à une espérance de vie toujours plus longue est bien là. Mais elle est moins prononcée que par le passé. "La mortalité due au cancer diminue, mais plus lentement que celle due aux maladies cardiovasculaires par exemple", explique la chercheuse. Ce qui fait dire aux auteurs dans leur étude qu’une "espérance de vie de 100 ans n’est certainement pas hors de portée mais nul ne peut encore dire à quelle échéance". On entrevoit l’enjeu économique du phénomène et le défi à relever pour demain : maintenir la qualité de la vie au grand âge.