logo Essonne

Des Mayas, des stalagmites et des réchauffements climatiques

  • Posté le : Lundi 19 Novembre 2012
  • |
  • par : L. Salters

Une étude parue dans Science lie avec force la grandeur et la décadence de la civilisation Maya aux évènements climatiques. Une leçon à méditer.

El Castillo Stitch 2008 webPyramide de Chichen Itza
© Kyle Simourd - licence Creative Commons

La civilisation Maya serait morte suite aux conséquences multiples d’un réchauffement climatique. Une affirmation grossière. Ça ressemble à un film d’Indiana Jones. Avec l’action en moins mais autant de mystère à la clef, si ce n’est plus. Nous sommes au sud du Bélize, un petit état situé en Amérique centrale. Climat humide et forêt tropicale constituent le décor de ce qui fût l’un des coeurs géographiques de la civilisation Maya. Des pyramides émergent de la jungle et sont là pour témoigner de la grandeur passée de cette culture. Inscrits dans la pierre, les archéologues ont trouvé des calendriers, des détails sur la vie quotidienne et sur les rites sociaux. Mais rien sur le déclin rapide et mystérieux de cette culture en avance sur son époque. La question reste ouverte pour beaucoup de chercheurs.
Dans la jungle du Bélize, Douglas Kennett, anthropologue de l’université de Pennsylvanie, a peut-être trouvé un début de réponse. Avec une équipe de scientifiques, il a pu établir des corrélations entre l’histoire de la civilisation Maya et le climat de l’époque. Leurs résultats ont été publiés dans la revue Science du 9 novembre. Pour eux, dans cette région du monde, pluie a été synonyme de croissance et sécheresse synonyme de déclin.

Pour arriver à ces conclusions, les chercheurs se sont enfoncés dans la jungle et ont prélevé des stalagmites dans la grotte de Yok Balum, située dans la zone d’influence des mayas. C’est de cette manière qu’ils ont pu remonter le temps. En laboratoire, ils ont analysé certains isotopes de l’oxygène (1) trouvés dans les stalagmites. Ces isotopes sont contenus dans la pluie. Lorsqu’elle tombait, l’eau coulait dans la grotte. Et certains isotopes étaient alors intégrés aux stalagmites en formation. Grâce à une analyse complexe, les scientifiques ont pu ainsi reconstituer les séquences climatiques entre l’an 400 à l’an 1100 dans la région concernée.
Les stalagmites nous laissent des traces, précise Alain Mazaud, paléo-climatologue au Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement (LSCE) de Gif-sur-Yvette. Comme les carottes de glaces, les sédiments marins ou bien les arbres, c’est comme si on y trouvait des enregistrements des climats passés”.

Inter : Précisions

Ce qui surprend, c’est la précision des dates que les chercheurs parviennent à établir. Selon eux, la période située entre 440 et 660 est caractérisée par des chutes de pluies abondantes. Une époque synonyme d’expansion et de prospérité pour les historiens spécialistes des Mayas. Puis vient une série de sécheresses qui finissent par conduire à un déclin dans la production agricole. L’époque la plus terrible fût celle comprise entre 1020 et 1100. Les principaux centres politiques Mayas s’étaient alors déjà effondrés. La sévérité du réchauffement n’a laissé aucune chance aux restes déjà bien entamés de la civilisation. Et la jungle a recouvert de plus belle les somptueuses pyramides.

C’est la conjonction des évènements qui a sans doute provoqué leur chute, explique Alain Mazaud. En période favorable, une bonne pluviosité à un impact direct sur la production agricole. L’organisation sociale et politique se trouve renforcée. Mais si le contrecoup est fort, avec par exemple des sécheresses à répétition, il est difficile de faire face. On peut faire le dos rond une dizaine d’années, mais après...” .

Evidemment, l’étude de Douglas Kennett et de son équipe renvoie au réchauffement climatique actuel. Le destin de la civilisation Maya doit-il nous servir de leçon ?
Alain Mazaud : “Ce que l’étude nous apprend, c’est que l’amplitude et la rapidité du changement climatique sont des données centrales. Si nous arrivons à modérer et à limiter son impact, on peut trouver des solutions pour s’adapter et se replier en bon ordre. Prenez un exemple comme la montée des eaux. Si le niveau augmente rapidement, il sera plus difficile de trouver des solutions. Si on arrive à ralentir cette montée, ce sera plus facile. Ceci-dit, il y a une différence de taille entre nous et eux : le réchauffement climatique de notre époque se fait une échelle beaucoup plus importante”. Depuis leur jungle, les pyramides Mayas de Chitzen Itza au Mexique, veillent sur nous. Comme pour nous prévenir ?
 

(1) Les isotopes sont des atomes d’un même élément mais qui n’ont pas le même poids.