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Dopage : des JO d'hiver blancs comme neige ?

Les sportifs qui gagnent des médailles sont–ils dopés ? Comment Lindsay Vonn, victorieuse américaine de la descente dans le combiné féminin, fait-elle pour distancer ses concurrentes avec un écart imposant d'une demi-seconde...? Pour Véronique Billat, professeur à l'université d'Evry, c'est dès l'entraînement que la question du dopage se pose.

G LoffelholzLindsey Vonn a écrasé toutes ses concurrentes lors de la descente du combiné féminin.
© Gerwig Loffelholz

"Pour ceux qui essayent de tricher, la probabilité de se faire prendre est, à Vancouver, la plus élevée de toute l’histoire des Jeux Olympiques." Voilà qui vaut pour avertissement et attention aux contrevenants ! C’est en clair le message qu’a voulu faire passer John Fahey, président de l’Agence Mondiale antidopage (AMA). C’était en fin de semaine dernière à Vancouver, à la veille de la cérémonie d’ouverture, le patron de l’agence avait choisi son moment pour mettre les points sur les "I". Et afin d’appuyer son discours, John Fahey a fait une annonce en forme de bilan : une trentaine de sportifs de haut niveau ont été suspendus suite à des affaires de dopage dans les mois qui ont précédé ces JO.
Voilà 10 ans déjà que l’AMA lutte contre le dopage. Et depuis, 11 millions d’euros ont été investis, 2 000 échantillons prélevés et conservés, des  enquêtes de voisinage menées chez les athlètes déjà pris la main dans le sac. L’AMA veut montrer qu’elle fait le maximum pour pouvoir limiter les dégâts du dopage.

Un pays est particulièrement dans le collimateur des observateurs : la Russie. C’est là que sont produits depuis longtemps des champions aux vertus douteuses. Et les JO d’hiver de 2014, auront lieu à Sotchi, à l’est du pays. Pour baliser ce terrain miné, Jacques Rogge, le président du Comité International Olympique (CIO), s’est rendu à Moscou peu de temps avant Vancouver pour alerter et responsabiliser les autorités locales sur le sujet.

"Le jeu, c’est de montrer qu’on lutte";

Depuis quelques années déjà, une chasse extrêmement sophistiquée a lieu contre les molécules illégales : EPO, hormones de croissance, testostérone. Pour éviter de se faire repérer, les athlètes se font transfuser avec du sang neuf au moment de la compétition. Leur propre sang est stocké, décongelé, boosté et retransfusé au moment voulu...
Ces mesures, qui semblent impressionnantes sur le papier, et ces voyages quasi-diplomatiques, sont-ils efficaces ? Nombreux sont ceux qui doutent.
"Le jeu, c’est de montrer qu’on lutte, nuance le docteur De Mondenard, médecin du sport et spécialiste du dopage, "et qu’on en pique le moins possible."
Et d’ajouter : "La lutte contre le dopage s’est organisée, mais rien de plus. Pour l’essentiel rien n’a changé. Se concentrer autour de la compétition est inutile. C’est dès l’entraînement, bien en amont, qu’il faut davantage surveiller."


"Trouver un équilibre"

L’entraînement. Aujourd’hui, c’est de là que viennent les problèmes des athlètes de haut niveau. Pour maintenir un niveau de performance, il faut beaucoup s’entraîner. Tout le temps. Se pose donc très vite la question de la récupération physique. Et c’est alors, parfois, qu’arrive la première tentation du dopage : pour pouvoir soutenir le rythme des entraînements. "Il y a d’énormes moyens qui sont mis en œuvre pour la lutte antidopage lors des compétitions. Mais quasiment rien pour financer des études et mettre au point ou affiner de nouvelles méthodes d’entraînement, affirme Véronique Billat, professeur à l’université d’Evry-Val-d’Essonne. On leur fait faire n’importe quoi à l’entraînement. Et après, on leur donne des trucs pour récupérer." Pour cette ancienne sportive devenue enseignante et chercheuse dans le domaine de la performance physique, il n’y a pourtant pas besoin de dopant. Il existe des méthodes d’entraînement qui permettent de littéralement gonfler les performances des sportifs. Il suffit de prendre en compte certains paramètres physiologiques : rythme cardiaque avant l’effort, pendant et après, concentration de l’oxygène dans le sang, volume respiratoire… et d’adapter en conséquence un entraînement spécifique à chaque athlète. "Trouver un équilibre", conclut Véronique Billat.  

On est bien loin des préoccupations premières d’un CIO qui, derrière l’idéal olympique, gère aussi une compétition sportive drainant des milliards de dollars.

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