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Edition 2012 : Qsec a bien fait de parier sur l’argent

Le secteur financier doit-il se doter d’une éthique globale ? La notion d’argent doit-elle faire partie de l’éducation des enfants ? Quelle valeur attribuer à l’argent ? C’est sur ces questions, et bien d’autres, qu’ont planché cette année les 1300 participants du projet Questions de Sciences, Enjeux Citoyens.

Parler d’argent n’est pas simple. Surtout en public. On est souvent confronté à une certaine pudeur. Pourtant, les fauteuils de l’hémicycle du Conseil régional d’Ile-de-France étaient quasi tous occupés ce mardi 20 juin 2012, par des participants prêts à en découdre avec le sujet. A l’occasion du débat de clôture de la 3ème édition du projet Qsec* (Questions de Sciences, Enjeux Citoyens), près de 200 personnes d’âges très différents, issues de catégories socioprofessionnelles et de cultures très variées, étaient réunies pour présenter le fruit de leurs réflexions sur ce sujet plus que d’actualité. S’il fallait globalement résumer cet après-midi de discussions, ce qui ressortirait dans ce contexte de crise économique, où les questions d’argent et de finance - salaire des patrons, train de vie de l’état, crise grecque, etc - remplissent les colonnes des journaux, c’est que lorsqu’on évoque l’argent, personne ne comprend vraiment de quoi on parle !

En abordant cette année ce monstre sacré, "Qsec a relevé un pari énorme. Et la mission a été parfaitement réussie", a souligné Isabelle This Saint-Jean, Vice-présidente du Conseil régional d’Ile-de-France, en charge de l’enseignement supérieur et de la recherche. 68 groupes de citoyens, (soit 1300 personnes en tout), représentant pour la première fois l’ensemble des départements d’Ile-de-France, ont pris part à cette édition. Rencontres avec des experts, visites de musées, accès à des sources documentaires: tous les moyens ont été mis à disposition des participants pour produire une réflexion qui soit la plus aboutie possible.

Point d’orgue du processus, au mois de mai, ces groupes ont été invités à formuler des idées reflétant l’état de leur réflexion. Sur les 168 thèmes proposés, le comité scientifique de QSEC en a sélectionné 31. Un questionnaire a été transmis aux participants à partir de ces propositions. Il a servi de base de discussion au débat de clôture.

Déontologie

Parmi les 31 propositions, la première a avoir été discutée est celle concernant l’éthique : "Le secteur financier devrait se doter d’une éthique globale. Comme d’autres secteurs professionnels, la finance devrait être régie par une déontologie qui pourrait être imposée par des codes, des lois, instances de régulation ou systèmes de contrôle indépendants". Ce point a immédiatement suscité des réactions. Un professeur de philosophie venu avec ses élèves demande la parole : "Je suis étonné de voir comment le monde de l’économie donne l’impression de procéder avec un semblant de rationalité, notamment en se servant de logiciels et en assénant des formules mathématiques à tout-va. En fait on est dans la foi et le mystique en pensant que le marché s’auto-régule de lui-même. C’est un contraste surprenant".
Et un professeur d’économie de rebondir : "Un système dans lequel on laisse la régulation se faire sur la base de la loi du marché, c’est la loi de la jungle. Et là c’est le plus fort qui l’emporte. Mais on ne peut pas demander aux traders de se comporter avec vertu. C’est à l’Etat de mettre en place et d’imposer des garde-fou". Pour Marc Langlet, ancien déontologue de la finance, on peut placer ces précédents échanges sous la question du langage : “Lorsque l’on parle de système financier, on parle de quelque chose que l’on ne parvient pas à saisir, en particulier pour des raisons de vocabulaire.”

Autre proposition : "La notion d’argent devrait faire partie de l’éducation des enfants et être rattachée à la notion de travail". Un intervenant d’un groupe du Val d’Oise interpelle l’assistance : pour lui l’argent est une valeur centrale, à associer à la notion de travail et à inculquer très tôt aux enfants. Un autre intervenant lance que les enfants ne devraient pas être contaminés trop tôt par l’argent. Il existe des valeurs antérieures à l’argent. Ce à quoi un lycéen rétorque : "C’est important d’inculquer la notion d’argent aux enfants. Avant je demandais tout et n’importe quoi à ma mère. Aujourd’hui je comprends mieux la valeur des choses !" La question ne se situe par tout à fait là pour un autre jeune-homme : “On appartient à un groupe parce que l’on consomme d’une certaine manière. Et l’argent permet de savoir à quel groupe on appartient”. Et le politologue Damien de Blic de remettre tout cela en perspective : "L’homme réfléchit à ces problèmes depuis Aristote. 25 siècles se sont écoulés et les questions restent les mêmes :  l’argent doit-il être la mesure du tout ? Et de quoi est-il  vraiment la mesure ?"


* Cette opération est financée par la Région Ile-de-France, la Délégation régionale à la Recherche et à la Technologie d'Ile-de-France et le Conseil Général de l’Essonne.