logo Essonne

Emilie Counil, à la traque des maladies professionnelles

  • Posté le : Lundi 1 Octobre 2012
  • |
  • par : L. Salters

A l’occasion de notre semaine spéciale “Les femmes dans la recherche”, la Banque des Savoirs met en ligne le portrait d’Emilie Counil, jeune épidémiologiste spécialisée dans les liens entre la santé et l’environnement professionnel et dont les travaux commencent à faire parler d’eux.

Portrait d'Emilie Counil© Emilie Counil

Son portrait a déjà fait la “Une” du prestigieux magazine américain Science en septembre dernier. Un évènement qui ne passe pas inaperçu. “Ah, il est déjà en ligne ?”, rétorque la scientifique au téléphone, visiblement peu sensible à cette publication. Elle n’a pas le temps de s’attarder. Il faut dire que la jeune chercheuse est aussi enseignante à l’Ecole des Hautes études en santé publique (EHESP), et directrice du Giscop 93. C’est le Groupement d’intérêt scientifique sur les cancers d’origine professionnelle. Il dépend de l’Université Paris XIII. Collaboratrice d’Annie Thébaud-Mony, sociologue réputée pour ses travaux sur les maladies professionnelles dans les milieux à risque, Emilie Counil est en pointe sur ces questions. Elle s’est spécialisée dans les problèmes d’exposition à des agents cancérogènes sur les lieux de travail. Dans un univers où l’on réclame toujours plus de performance aux individus, où l’employé est parfois perçu comme une variable d’ajustement par des employeurs peu regardants, les problématiques de santé au travail sont au premier plan. Pourtant selon elle, “C’est un domaine où il est particulièrement difficile de faire évoluer les choses. Les enjeux économiques sont énormes et les forces en oeuvre sont très fortes”.
Sa détermination n’est pas entamée pour autant. L’équipe du Giscop 93 travaille depuis 10 ans à la constitution d’une base de données très détaillée d’un millier de patients atteints de cancer. Leur environnement de travail, passé et présent, est scruté à la loupe. L’objectif des chercheurs : connaître les expositions cancérogènes et leur répartition sociale. Favoriser ainsi la reconnaissance du travail dans la survenue du cancer. Et contribuer à la prévention de ces maladies en partie « éliminables ».
Pour la Banque des Savoirs, Emilie Counil a accepté de se prêter au jeu du portrait chinois.

L’évènement qui vous a le plus marqué ?

C'est la question la plus difficile ! Peut-être que, autant d'un point de vue personnel que "professionnel", ce fut mon changement de lycée en première. J'arrivais dans un nouvel environnement, très compétitif. Nous étions classés dans toutes les matières. C’était aussi très cloisonné socialement. Ce sont mes professeurs de mathématiques et de physique-chimie qui nous ont aidées, ma mère et moi, à faire des dossiers pour obtenir des bourses auprès de l'Etat et d'une fondation, ce qui m'a permis de faire des études supérieures.

Le lieu qui a beaucoup compté ?

Un lieu imaginaire que j'ai inventé pendant mes séances de préparation à l'accouchement par la sophrologie. Mais bien sûr je ne peux en dire plus sous peine de le voir se volatiliser !

L’objet que vous adorez et qui ne vous quitte pas ?

Honnêtement, je n'en vois pas. Je suis plutôt glaneuse. Je trouve un petit trésor auquel je m'attache pour un temps, puis je l'oublie. Puis je retombe sur un petit quelque chose qui me rappelle quelqu'un que j'aime, qui m'intrigue, dont j'aime la forme ou la couleur, qui m'est ou pourrait m'être utile, voire me devient indispensable. Un petit temps. Et puis s'en va.

Un livre préféré que vous emporteriez sur une île déserte ?

J'emporterais probablement plutôt un livre que je n'ai pas encore lu mais que j'ai "toujours" eu envie de lire. Il y en a beaucoup ! Mais à tout prendre et en trichant un peu sur le nombre, peut-être bien l'intégrale des pièces de Shakespeare annotées. Il y a un gros Norton Shakespeare (ndlr - édition complète de l’auteur) qui trône sur ma bibliothèque depuis des années et qui y prend la poussière.

Une personne qui a beaucoup compté ?

Il y en a plusieurs. Si je regarde aujourd'hui ce qui a orienté mes choix lorsque je me suis retrouvée à l'intersection de plusieurs chemins, il y a souvent, pour ne pas dire toujours, eu une personne. Ce n’est pas toujours la même. Quelqu’un qui était là pour m'écouter, m'encourager, me faire rêver, me dire ou me montrer qu'autre chose était possible. Les autres m'aident à avancer.

Votre passion en dehors du travail ?

Le théâtre. Le faire et le vivre. C'est devenu une nécessité dans les moments les plus solitaires de ma thèse. C'est une construction très collective. C'est aussi un moment très fragile, voire acrobatique. Jamais tout à fait le même, jamais tout à fait un autre. C’est l'occasion de se débarrasser de sa peau de tous les jours et de se mettre dans les souliers d'autrui. C'est tellement ludique ! Et puis on peut expérimenter les possibles dans et en dehors de la tête: voix, mouvements, rapport aux autres... C'est une formidable école, qui apprend beaucoup sur soi.