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En Europe, des tsunamis sous surveillance

  • Posté le : Lundi 28 Mars 2011
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  • par : L. Salters

Les côtes européennes pourraient-elles sombrer sous une vague géante comme au Japon ? Dès 2012, un centre sera en place pour donner l’alerte si nécessaire. Il sera basé en Essonne.

Simulation sur ordinateur d'un Tsunami Simulation sur ordinateur du Tsunami qui a touché les côtes portugaises en 1755. Un évènement très rare en Europe.
© Carlos Munoz Yagues/LookatSciences

Comment anticiper et prévoir le risque tsunami ? Réponse : en créant une veille permanente. L’Europe est certes moins exposée que d’autres aux brusques mouvements de plaques terrestres de très fortes amplitudes, mais certaines zones sont pourtant à risque. D’ici 2012, le Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA) verra s’installer sur son site de Bruyères-le-Châtel, en Essonne, un centre d’alerte pour les tsunamis. Son objectif : surveiller la zone dans l’Atlantique Nord-Est et la Méditerranée occidentale. Hélène Hébert, géophysicienne au CEA, est spécialiste des tsunamis au Département analyse, surveillance, environnement (DASE). Elle détaille pour la Banque des Savoirs la mise sur pieds du Celnat (CENtre d’ALerte aux Tsunamis) et livre son analyse sur les évènements japonais.

D’où vient l’idée de créer un centre d’alerte aux tsunamis ?

Hélène Hébert : En 2003, il y a eu un tsunami modéré en Méditerranée qui faisait suite à un évènement sismique en Algérie. Il a été senti surtout aux Baléares. Il y a eu quelques remous dans les ports français de la Côte d’Azur. A l’époque, la communauté scientifique se posait déjà la question d’une veille. Ensuite, il y a eu 2004 et la catastrophe en Indonésie. Le tsunami a tué plus de 200 000 personnes, dont de nombreux occidentaux en vacances. Les dégâts ont été très importants, on a vu beaucoup d’images. L’opinion publique a été choquée. A partir de là, il y a eu une prise de conscience internationale. L’Unesco fédérait déjà le centre d’alerte dans le Pacifique. Il a été décidé de renforcer ce dispositif. Trois zones nouvelles ont été définies pour y implanter des centres d’alerte : Caraïbes, Océan indien, et Atlantique Nord-Est et Méditerranée. En France, c’est ce dernier centre que le CEA a été chargé de mettre en place pour la surveillance des côtes françaises. Pour l’instant, l’Italie, le Portugal, la Turquie et la Grèce, qui sont des zones à risques, commencent tout juste à développer des centres.

Concrètement, comment fonctionnera le centre et comment donnera t - il l’alerte ?

Hélène Hébert : Notre problématique, c’est le temps de réaction. En cas de tsunami, il faut pouvoir réagir très vite. La grande nouveauté, c’est la mise en place d’une veille permanente. Il y aura au centre de Bruyères-le-Châtel des personnes en poste 24 heures sur 24 et sept jours sur sept pour détecter les séismes tsunamigéniques (séismes qui peuvent déclencher des tsunamis - ndlr). Tout sera automatisé. Prenons un exemple : en Méditerranée, il faudrait 45 minutes à une vague partant d’Algérie pour toucher les plages. Nous, en un quart d’heure, on doit pouvoir émettre une alerte. Ca commence par des balises à terre et en mer avec lesquelles nous recueillerons des données sismiques et marégraphiques (surveillance du niveau de la mer) en temps réel. Cela nous permettra de localiser le séisme, de calculer sa magnitude et de définir un tsunami potentiel avec son temps d’arrivée sur les côtes. S’il y a lieu, nous préviendrons en priorité la sécurité civile du Ministère de l’intérieur, et le Ministère de l’Ecologie pour diffuser le message d’alerte. Reste maintenant à préparer les préfectures, les autorités portuaires et côtières à ce genre de message. Il faut mettre en place un Plan de secours spécifique (PSS), positionner des sirènes, fabriquer des escaliers pour évacuer facilement les plages et les ports, etc.

L’Europe est considérée comme une zone à risque pour les tsunamis ?

Hélène Hébert : Il est évident que sur cette zone, en Méditerranée occidentale, des évènements type tsunami sont très rares. Mais il y a des tremblements de terre. Notamment en Algérie, en Italie, et aussi, en Méditerranée orientale, en Grèce et Turquie. Et on ne nous pardonnera jamais de ne pas avoir fait le maximum pour sauver les gens au cas ou...

Quand on voit comment un pays comme le Japon, pourtant habitué à ce genre de catastrophe, a été dépassé par les événements, on peut se poser la question de l’efficacité d’un tel dispositif.

Hélène Hébert : Je crois que les japonais réfléchissent certainement aux types de scénarios qu’ils avaient pris en compte. Ils possèdent un historique autour de ce type de catastrophe. On sait par exemple qu’au IXème siècle, il y a plus de mille ans, il s’est produit un évènement exceptionnel. En creusant les terrains près des côtes et en analysant les sols, les japonais ont trouvé des couches sableuses et sédimentaires, des traces de coquillages laissées par des tsunamis passés. Ils ont ce recul. C’est important pour anticiper. Mais dans le cas présent, le Japon était trop proche de la zone sismique. Ils ont à peine eu le temps de réagir. En 15 minutes, les vagues étaient sur les côtes ! Pour prévenir ce type de catastrophe, les autorités avaient fabriqués des abris à dix mètres de hauteur le long des côtes, ils ont érigé des digues... Mais tout ça n’a pas suffi en plusieurs endroits, malgré leur habitude de ces évènements.