logo Essonne

Essonne, dessous gît une nappe phréatique

  • Posté le : Lundi 26 Mars 2012
  • |
  • par : L. Salters

A l’occasion du Forum mondial de l’eau, la question de la gestion publique ou privée refait surface. Un exemple en Essonne, avec l’association de défense de la santé et de l’environnement (ADSE) qui freine l’installation d’une décharge à risque dans le Sud du département.

Une décharge dans ce champ ?Site où est envisagée la mise en place de la décharge. En tout 18 hectares.
© Marier-Josèphe Mazure.

L’eau est-elle un bien public ou privé ? Le 6ème forum mondial de l’eau s’est achevé à Marseille le 17 mars dernier et n’a pas manqué d’étudier cette question récurrente. L’évènement a accueilli cette année 35 000 participants avec la présentation de données alarmantes : chaque jour dans le monde, 2 500 personnes meurent de ne pas avoir un accès suffisant à l’eau potable, dont la moitié sont des enfants ; 11% des habitants de l’Union Européenne souffrent du manque d’eau potable ; on estime qu’il faut entre 2 000 et 5 000 litres d’eau pour produire la quantité de nourriture quotidienne d’une personne... Pour des centaines de millions d’humains, l’accès à l’eau est un combat quotidien. Pour les habitants de l’hémisphère nord, elle coule du robinet, sans plus de question.

La question de la gestion privée ou publique de l’eau est au cœur de toutes ces problématiques. Une guerre sans fin entre deux secteurs pour un bien commun de l’humanité, considéré par beaucoup comme inaliénable par les forces du marché. Les organisateurs de la manifestation ne sont pas à l’abri des contradictions dans le domaine : le forum est organisé par le Conseil mondial de l’eau (CME), une structure privée créée en 1997 par Véolia et Suez en partenariat avec le FMI et la Banque Mondiale. Et le CME est lui-même dirigé par Loïc Fauchon, actuel président de la Société des eaux de Marseille (SEM), elle-même filiale de Véolia...

Le cas du projet de décharge à Saint-Escobille, dans le sud de l’Essonne, est symptomatique de cette question de la gestion de l’eau. Marie-Josèphe Mazure est maire de la  commune voisine (Mérobert) à la limite de l’Eure-et-Loir. Elle est présidente de l’Association de Défense de la santé et de l’environnement (ADSE). Depuis maintenant dix ans, cette association freine l’installation d’une décharge  par la société Sita, filiale de Suez. Si l’installation voyait le jour, elle risquerait de polluer la nappe phréatique de la Beauce, la plus grande d’Europe, qui subit déjà de lourdes pressions liées aux industries et à l’agriculture. Pour Marie-Josèphe Mazure, il faut d’abord identifier les risques pour ensuite mieux gérer la ressource : “ Cela fait environ dix ans que ce projet de stockage de déchets est en cours. Il jouxte une ancienne décharge de la ville de Paris dont on ne se sert plus depuis les années 60. Il s’agit d’y entreposer des déchets industriels dits banals.” On classe ces déchets en trois catégories : dangereux (tout ce qui est chimique) ; inertes (les gravats) ; et banals (tout le reste). Ces derniers ne sont pas inertes et peuvent comporter des éléments fermentescibles. Et la présidente de l’ADSE de poursuivre : “Il y a de grands risques d’infiltration dans les sols et donc de pollution des eaux.”  Or dans cette région, la nappe phréatique de la Beauce est très proche de la surface : elle se situe à a peine 20 mètres de profondeur. Les sols étant composés de calcaire fissuré, le risque à termes est une pollution de la nappe phréatique.

Couche d’argile

Pour protéger la nappe les promoteurs du projet proposent pour l’instant un géotextile, une sorte de membrane étanche. Ainsi qu’une couche d’argile. “Mais même les fabricants de ces protections artificielles ont émis des réserves sur l’efficacité de ces couches pour protéger le terrain dans le cas d’espèce, lance Marie-Josèphe Mazure. Les incendies spontanés sont fréquents dans les décharges. Les protections peuvent être touchées et ne durent pas dans le temps.” Elles finissent par laisser passer les infiltrations dans les sols.
Le problème de la conservation de la nappe de la Beauce se pose déjà avec l’agriculture très présente dans la région. L’excès d’azote et de produits phytosanitaires y est une réalité. Le milieu agricole opère pourtant une réelle prise de conscience. “Les exploitants réduisent les traitements et les engrais, note Marie-Josèphe Mazure. Plusieurs s’orientent vers l’agriculture biologique. En revanche, il y a une pollution industrielle qui est lourde et qui est simplement liée à un fonctionnement normal des entreprises.”  Selon l’ADSE, on recense sur la nappe 31 cas de pollution industrielle avérée. Une meilleure protection passe par l’établissement d’une carte de la vulnérabilité de la nappe phréatique. Puis par une réflexion qui amènera à repenser les activités économiques en fonction de cette carte.