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Et l'homme créa de l'ADN "synthétique" !

  • Posté le : Lundi 7 Juin 2010
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  • par : L. Salters

Après l'annonce de la création d'une forme de vie cellulaire artificielle, des scientifiques réagissent et promettent à cette discipline un avenir radieux.

ADN synthétiqueC’est au coeur même de la cellule, dans le noyau, qu’a été placé l’ADN synthétique fabriqué par Craig Venter.
© Lionel Bret / LookatSciences

Une forme de vie synthétique créée de toutes pièces ! Rien de moins. Le 20 mai 2010, le chercheur américain Craig Venter, as de la recherche et des effets d’annonce, déclarait que son équipe avait réussi à créer une cellule synthétique. Même si le personnage de Venter est un habitué des présentations médiatiques, la nouvelle fait déjà date au sein de la communauté scientifique.
En réalité, avec ses équipes, Craig Venter a confectionné de toutes pièces un ADN chimique. Il a ensuite transféré cet ADN dans les cellules d’une bactérie, un peu à la manière d’une greffe. Quelques semaines de culture en laboratoire plus tard, cet ADN artificiel (ou synthétique) s’était exprimé. “Cette approche est un instrument très puissant pour tenter de concevoir ce que nous attendons de la biologie et nous pensons à une gamme étendue d’applications”, précise Venter. Dans le futur, on pourrait par exemple imaginer des bactéries mangeuses de pétrole pour atténuer les effets d’une marée noire...

Domestiquer les ressources du vivant

Pierre Tambourin, directeur du Génopole d’Evry, qui a récemment annoncé la création d’un institut de Biologie Systémique et de Synthèse, salue et remet en perspective l’action de Venter : "En introduisant de l’ADN synthétique dans une bactérie qui n’en avait plus, c’est comme s’il avait changé le disque dur d’un ordinateur. Il n’a pas construit une machine complète, il a changé son logiciel."
Tel un docteur Frankenstein qui recrée la vie de toutes pièces, il semble donc que Craig Venter ait pris une longueur d’avance. Car d’autres équipes de scientifiques à travers le monde travaillent sur des problématiques similaires. Et même si les approches sont différentes, l’objectif est toujours le même : mieux comprendre les ressources du vivant et les domestiquer pour les mettre au service de l’homme.
C’est le cas du Pr. Szostak, co-lauréat du prix Nobel de médecine 2009, basé à Harvard. Avec son équipe, il travaille depuis plusieurs années à la reconstitution d’une cellule en entier : l’ADN, mais aussi l’ensemble des composants ! Il espère réaliser cet exploit uniquement à l’aide de produits chimiques. Son objectif : retrouver une forme de vie primitive telle qu’elle aurait pu apparaître il y a 4,5 milliards d’années. De la biologie de synthèse qui, pour l’instant, reste dans le domaine de la recherche fondamentale.
Autre exemple de recherche sur la modification du vivant avec l’équipe de Philippe Marlière, co-fondateur de Global Bioenergies, une société basée au Génopole d’Evry. Une approche encore différente est ici mise en avant : la mise au point de bactéries mutantes. La méthode est moins spectaculaire que celle employée par Craig Venter, mais tout aussi efficace. En plaçant des bactéries dans des conditions particulièrement défavorables, les scientifiques les poussent à modifier leur ADN. Ils sélectionnent ensuite celles qui produisent le plus de gaz. L’idée à terme est de fabriquer des carburants de troisième génération.
Considéré comme un concurrent direct de Venter, Philippe Marlière reconnaît volontiers à l’américain l’importance de sa démonstration. Car si d’autres équipes avaient déjà transféré des parties d’ADN dans des cellules, aucune n’était parvenue à transplanter l’ensemble d’un ADN synthétique. Il parle du pas franchi par Venter en employant une métaphore : "C’est comme si on voulait aligner le trafic routier anglais sur celui du continent en commençant par faire rouler seulement les camions à droite. Ce n’est évidemment pas possible."
Une manière de dire qu’en changeant l’intégralité de l’ADN d’une cellule, l’équipe de Craig Venter ouvre de nouvelles portes de façon radicale.