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Et si le changement climatique nous faisait éternuer ?

  • Posté le : Lundi 16 Janvier 2012
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  • par : L. Salters

Estimer le lien entre le réchauffement du climat et les allergies liées notamment aux pollens : tel est l’objet d’une étude qui vient d’être lancée et qui regroupe 11 laboratoires européens.

Champ fleuri pour allérgiques !Pour quelqu’un d’allergique, cette vision est synonyme d’enfer !
© Thomas Marent / Lookatsciences

Comment évaluer l’impact du renforcement de l’effet de serre sur notre santé ? La question n’est pas simple. C’est d’une certaine manière une nouvelle phase dans la prise de conscience globale : le réchauffement climatique ne fait plus de doute d’un point de vue scientifique. Des chercheurs, de plus en plus nombreux, cherchent à savoir dans quelle mesure les changements climatiques, en modifiant notre environnement, ont des effets sur la santé des populations.
Tel est l’objectif d’Atopica, une grande étude financée par l’Union européenne, lancée tout récemment. Elle va chercher plus particulièrement à mieux comprendre l’impact de ces changements sur les allergies liées aux pollens. Le projet est mené en France par trois centres : le CNRS, le CEA et l’Ineris (1). En tout, 11 laboratoires y sont associés, dans 7 pays. “En Europe, on estime qu’entre 12 et 35% des allergies sont liées aux pollens”, rappelle Dmitry Khvorostyanov, ingénieur au CNRS / Ecole polytechnique (Palaiseau). Partie prenante du projet Atopica, il est spécialiste des modélisations informatiques liées à la qualité de l’air. “Le réchauffement climatique induit des changements de paramètres dans l’occupation des sols. C’est le cas notamment de l’ambroisie, une plante que nous allons plus particulièrement étudier. Elle pose des problèmes d’allergie en Europe depuis les dernières décennies”.
L’ambroisie à feuille d’armoise est ce qu’on appelle une mauvaise herbe. Elle prolifère dans plusieurs pays européens, notamment  en Croatie et en France, dans la vallée du Rhône. Des zones géographiques où l’augmentation des allergies aux pollens a été clairement identifiée. Cette plante invasive se développe sur les terres agricoles abandonnées et les bords de route. “Son expansion est sans doute liée à certaines conditions de température, détaille Dmitry Khvorostyanov. Cela amène donc plus de pollen et donc plus d’allergies”.

Modélisation

Une des difficultés de l’étude réside dans la multitude des paramètres à prendre en compte. Le maître mot : interdisciplinarité. C’est pourquoi on retrouve dans l’équipe des ingénieurs, immunologistes, dermatologues, allergologues, physiciens, climatologues, spécialistes de la qualité de l’air et des sols.
Il y aura dans un premier temps toute une chaîne de modélisation à mettre en place grâce à l’informatique. Les modèles climatiques du Giec (Groupement d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) seront repris par les équipes. Les données produites serviront à mettre en place des modèles météorologiques régionaux, sur toute l’Europe. Eux-mêmes seront couplés aux modèles sur la qualité de l’air, toujours au niveau régional. Les chercheurs calculeront ainsi la concentration des pollens et des polluants atmosphériques qui peuvent amplifier leurs effets allergisants (dioxyde d’azote, ozone, dioxyde de souffre, dioxyde de carbone, ainsi que des particules fines comme les poussières). Dmitry Khvorostyanov : “A ce stade, nous introduirons par exemple à ce modèle le pollen de l’ambroisie”.
C’est alors qu’allergologues et biologistes entreront en piste. Ils étudieront la réponse physiologique au pollen. “En utilisant des méthodes statistiques, ils estimeront le lien entre la prévalence (l’état de santé d’une population-ndlr) et l’exposition au pollen”, précise Dmitry Khvorostyanov. A termes, il s’agit pour les initiateurs du projet d’établir une évaluation des risques sanitaires, notamment chez les populations fragiles comme les enfants et les personnes âgées.
L’étude conduira d’ailleurs à la mise en ligne d’une base de données accessible au grand public avec des cartes communiquant les risques d’allergies en fonction des zones géographiques au niveau européen. Pour mieux nous adapter ? A l’avenir, quelles conséquences le changement climatique aura-t-il sur notre santé ? La faune et la flore s’adaptent depuis longtemps. Une étude publiée par le Muséum d’histoire naturelle de Paris dans la revue Nature climate change fait écho à Atopica. Ses auteurs viennent de mieux quantifier l’impact du réchauffement sur la biodiversité : oiseaux et papillons ont “glissé” vers le nord de l’Europe de plusieurs dizaines de kilomètres. La faute au 1°C d’augmentation des températures en Europe dans les 20 dernières années.




(1)    Le Centre national de recherche scientifique (CNRS) ; le Commissariat à l’énergie atomique (CEA) avec le Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement (LSCE) ; l’Institut national de l’environnement industriel et des risques (Ineris).