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Explorer le cerveau : oui, mais sous certaines conditions

Un rapport parlementaire suggère de renforcer le cadre de la recherche sur le cerveau et de mieux protéger les patients.

explorer le cerveauMieux voir pour mieux guérir.
© ©Carlos Munoz-Yague / LookatSciences

Depuis une quinzaine d’années, les progrès en neuroimagerie ont permis d’extraordinaires avancées dans le domaine des neurosciences. Observer le cerveau, en tirer des images, cartographier des territoires jusque-là inexplorés grâce à des machines très perfectionnées, pour mieux comprendre et combattre les maladies est devenue chose courante. Mais les scientifiques enthousiasmés par ces avancées de l’imagerie médicale ont sérieusement dégrisé le 7 mars dernier, date de parution du dernier rapport (1) de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (Opecst). Il soulève les problèmes d’ordre éthique en lien avec ces nouvelles technologies. Principale recommandation des députés : assurer la protection des personnes et la sécurité des données médicales.

Attention aux illusions. Pour le député et co-rapporteur du rapport Jean-Sébastien Vialatte, même si des techniques comme la stimulation cérébrale profonde ont fait leurs preuves, “On fait naître des espoirs disproportionnés avec ces images ! ”, estime t-il.
Et Alain Claeys, député et second co-rapporteur d’ajouter : “Il y a un écart entre la recherche fondamentale, qui nécessite un temps long, et les applications que nous espérons. Il faut informer nos concitoyens sur l’état de la science et les limites de l’imagerie”.


Les retombées de la recherche se feront a posteriori dans le temps. Mais elles se feront bien”, analyse Cyril Poupon, directeur du laboratoire de résonance magnétique nucléaire du centre NeuroSpin au CEA, à Saclay, qui a été consulté durant l’élaboration du rapport. Neurospin, centre de recherche essonnien en neuroimagerie possédant un imageur clinique d’une puissance de 7 Teslas (unité de mesure du champ magnétique) devrait disposer du seul IRM à 11,7 Teslas au monde. Inclus dans un ambitieux projet franco-allemand (doté de 190 millions d’euros), ce dispositif devrait permettre d’atteindre une résolution spatiale (capacité à discerner avec une grande précision des structures petites et proches) incroyablement élevée - jusqu’à 100 micromètres.
Les chercheurs pourront par exemple voir en détail dans le cerveau les plaques amyloïdes impliquées dans les maladies dégénératives comme la maladie d’Alzheimer. “Plus on améliore la résolution, meilleure est notre connaissance de l'anatomie du fonctionnement cérébral, et meilleure sera la détection des structures et réseaux qui dysfonctionnent”, confirme Cyril Poupon.

Confidentialité des données

Mais cette immersion dans le cerveau doit elle être considérée comme une atteinte à l’intimité ? Les députés s’inquiètent par exemple des conséquences de l’interprétation de certaines images cérébrales d’individus qui participent à des études statistiques pour sonder et cartographier le cerveau : comment agir si on venait à découvrir par hasard une maladie chez un de ces participants ? Encore une fois Cyril Poupon se veut rassurant : “Nous sommes encadrés par un comité d’éthique. A tout moment le sujet peut arrêter de participer à l’étude, demander à supprimer les données le concernant de la base.”

Dans le même registre, les députés préconisent de ne pas utiliser l’imagerie médicale pour tester des campagnes publicitaires. Ou encore d’en faire usage pour évaluer la responsabilité de l’accusé, comme c’est le cas dans certains états outre-Atlantique. “Il y a une frontière entre notre activité visant à améliorer le diagnostic clinique des maladies et l'utilisation de nos recherches à des fins juridiques ou de neuromarketing”, veut croire Cyril Poupon. En ce qui concerne son exploitation dans des affaires pénales, l'imagerie fonctionnelle ne permet pas de tirer de conclusion sur le comportement d’une personne. Les neurosciences cognitives fournissent des résultats statistiques à l’échelle d’un groupe, pas d’un individu”.

Une situation alarmante ?

Le rapport des députés n’a pas force de loi. Mais il a le mérite de remettre les questions éthiques liées aux neurosciences au cœur du débat scientifique et médical. Selon le rapport, un français sur cinq a été ou est atteint d’une maladie mentale.  Cyril Poupon : "Je pense qu’aujourd’hui on détecte mieux ces troubles grâce aux progrès de l’imagerie médicale. La question qui me semble importante est de savoir s’il faut mettre en place des outils de détection de pathologies que l’on ne sait pas soigner. Ma réponse est oui. Les progrès constants des technologies pour la santé permettront l'émergence de nouvelles thérapies pour les traiter. "

 

(1) L’impact et les enjeux des nouvelles technologies d’exploration et de thérapie du cerveau