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Festival international Jean Rouch, du cinéma avant tout !

  • Posté le : Mercredi 2 Novembre 2011
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  • par : L. Salters

Pour son trentième anniversaire, ce festival de films documentaires ethnographiques organise une série de manifestations.

maitres 03Image extraite du film de Jean Rouch "Les maîtres fous", 1954. Rituel d'un groupe d'Africains au Ghana, possédés par des esprits. Mise en scène des personnages associés au pouvoir colonial.
© Films de la Pléiade

Quand on lui demande de décrire la nature de sa collaboration avec le grand ethnologue et cinéaste Jean Rouch, Françoise Foucault répond simplement : "Il m'a appris à regarder les films". La déléguée générale du festival international Jean Rouch connaît tout de cet événement qu'elle a contribué à créer en 1982, en partenariat avec le Muséum national d’histoire naturelle. Collaboratrice de toujours de l’ethnologue, elle l’a accompagné durant une quarantaine d’années dans son parcours de cinéaste.
A partir du 5 novembre prochain, cette manifestation considérée par beaucoup comme une référence dans le domaine du cinéma ethnographique et documentaire, fête son trentième anniversaire.

"Ce sera comme une sorte de bilan, commente Françoise Foucault. A partir de maintenant, je pense que nous allons rentrer dans une ère nouvelle. Les récits seront moins linéaires. On ne va plus seulement raconter une histoire, les cinéastes vont expérimenter avec de nouveaux langages. Nous le voyons déjà avec les films qui nous arrivent chaque année. Avec le temps, ils tendent à être moins descriptifs".

La qualité cinématographique

L'ethnographie et la démarche documentaire sont étroitement liées à la naissance du cinéma et à son épanouissement. Les toutes premières images jamais filmées par les frères Lumière montrent des ouvriers qui sortent de leur propre usine. En soit, cette démarche documentaire n'est-elle pas déjà ethnographique ? Plus tard, le grand réalisateur canadien Robert Flaherty produira son fameux "Nanook l'esquimau", géniale reconstitution de la vie traditionnelle d'un homme du grand nord et de sa famille. Cette initiative, et bien d’autres, sont de type documentaire et comportent un versant ethnographique. Mais elles font d'abord date dans l'histoire du cinéma mondial. Jean Rouch lui-même était ethnologue, mais tous les manuels du 7ème art le placent d’abord comme un immense cinéaste. L’un de ses premiers films, "Les maîtres fous", tourné en 1954, montre avec puissance des ouvriers africains du Ghana possédés par des esprits, lors d’une cérémonie où ils jouent des personnages associés au pouvoir colonial. Le film ne dure qu’une petite quarantaine de minutes mais laisse une impression indélébile sur tout spectateur qui a la chance de le voir. Au-delà de l’évident intérêt ethnographique, on est bien face à un film de cinéma. Et c’est cette démarche qu’adopte Françoise Foucault lorsqu’elle sélectionne les films pour le festival. "Moi, ce que je regarde avant tout, c'est le film, avance-t-elle avec conviction. Qu'il soit serbo-croate ou chinois, réalisé ou pas par des ethnologues, n'a que peu d'importance. Ce qui compte, c'est sa qualité cinématographique”.
Et lorsqu’on lui demande ce qui fait la spécificité du festival Jean Rouch par rapport à d’autres manifestations à travers la planète, elle n’hésite pas une seconde : “Nous donnons une grande part au débat. Nous tenons à ce que les réalisateurs soient présents. Nous n’avons pas toujours l’argent pour les faire venir, mais on se débrouille. A la fin de chaque séance, un débat est organisé avec la salle. Il peut durer très longtemps. Notre public ne fait pas de cadeau, il est assez spécialiste en fonction de la thématique abordée par le film. Mais cette dimension de l’échange est pour nous fondamentale”.


Une dimension qui fait office de phare et de repère dans le brouhaha d’images et de sons qui nous inonde quotidiennement. Notamment à la télévision où la notion de documentaire est aujourd’hui mise en avant de manière abusive. Le moindre reportage un peu long est aujourd’hui estampillé “documentaire”. Bien loin de ce qui fait la qualité cinématographique d’un authentique film.
Avant de souffler les 30 bougies du festival, les organisateurs ont mis les bouchées doubles. A côté de la traditionnelle compétition internationale et de la sélection de films documentaires en provenance du monde entier, a été élaboré tout un programme : masterclass, collaborations multiples sur plusieurs sites (y compris à l’étranger), ouverture à une réflexion plus large sur la narration documentaire à travers des installations. Et une programmation anniversaire intitulée “30 ans, 30 films”.