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Forêts et réchauffement : mieux anticiper les conséquences

  • Posté le : Lundi 14 Mai 2012
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  • par : L. Salters

Planter tout de suite des espèces plus résistantes, protéger le sol... : des solutions sont déjà proposées aux forestiers pour atténuer les effets du changement climatique. Elles découlent d’une étude récente menée en collaboration avec l’Université de Paris Sud Orsay.

actu foret© Matteis/LookatSciences

Réduire le degré d’incertitude. Tel est l’enjeu pour les scientifiques lorsqu’il s’agit du changement climatique et de ses conséquences sur l’environnement. Quels paramètres prendre en compte ? Selon quels critères ? Comment préférer une hypothèse  plutôt qu’une autre ? Une nouvelle étude menée par des chercheurs de l'Université Paris Sud, de l'INRA, du CNRS, du CEA, d'AgroParisTech et de l'Université Joseph Fourier de Grenoble, tente à sa manière une nouvelle approche. Pour essayer de mieux évaluer la réponse à apporter dans les forêts françaises face au réchauffement, les chercheurs ont comparé les résultats de huit modèles climatiques et écologiques.
Objectif : réduire les incertitudes associées.“Il y a une grande gamme de modèles climatiques informatiques, et les climatologues en font tourner une vingtaine pour prédire le climat futur, précise Paul Leadley, co-signataire de l’étude, écologue à l’université de Paris Sud Orsay et spécialiste des impacts du réchauffement sur les écosystèmes. Mais les chercheurs utilisent très souvent un seul modèle. Nous avons décidé d'en utiliser plusieurs et de ne pas en préférer un plutôt qu’un autre. Cela nous a permis d’obtenir des scénarios plus fiables.”  Ces modèles écologiques simulent la distribution des espèces végétales.

L’étude, publiée dans la revue en ligne Ecology Letters en avril, a porté sur une sélection d’essences forestières dominantes en France. Le résultat qui prévaut, c’est la progression en altitude de toute les espèces d’arbres utilisées. Les auteurs montrent que dans le même temps, les plaines de l’ouest, du sud-ouest et du centre devraient être les plus fortement touchées par le réchauffement d’ici 2050. Si on affine le degré d’analyse, les conséquences ne sont pas que néfastes. Certaines espèces, comme le hêtre, pourraient connaître une expansion dans le nord et dans l’est. D’autres en revanche seraient davantage menacées. Ainsi, le pin sylvestre ou le chêne sessile, moins à l’aise dans les climats secs et chauds, devraient être plus fortement impactés. Des résultats qui sont en accord avec ceux d’autres recherches qui ont montré que les sécheresses extrêmes ou à répétition, comme celles prévues à l’avenir, ont déjà augmenté la vulnérabilité et la mortalité des arbres.

Crédible

Comment faire face à cet avenir incertain? Les auteurs de l’étude sont attentifs à cette question. “Il nous faut être crédibles auprès des gestionnaires de forêts, précise Paul Leadley. L’idée que le changement climatique va avoir un impact est désormais acquise chez la plupart des forestiers. Ce qu’ils veulent maintenant, c’est une quantification de l’impact et de l’incertitude pour savoir comment agir”. Et le chercheur de donner l’exemple des actions en bourse : faut-il acheter pour revendre? Ou bien faire fructifier sur le long terme ? “C’est le même type de conseils que veulent entendre les gestionnaires, reprend Paul Leadley. Par exemple, dans certaines régions, les modèles convergent pour dire que le réchauffement va provoquer le recul de telle espèce, que le stress va augmenter en liaison avec la hausse des températures, qu’il va y avoir une augmentation des sécheresses etc. Les forestiers pourront ainsi revoir leur gestion”.

De façon assez classique, un forestier plante pour récolter dans le siècle qui suit. Aujourd’hui, une idée consisterait à ne pas attendre et à couper plus tôt pour permettre de planter dès maintenant des espèces plus résistantes au réchauffement comme le pin Douglas.  Autre habitude à faire évoluer : éviter autant que possible une compaction*  trop importante des sols. Paul Leadley : “ Dans certaines conditions les engins lourds tassent les sols lors des récoltes. Cela a un effet très négatif sur la capacité des sols à retenir l’eau. L’idée consiste à réduire cette compaction. En rentrant dans les forêts quand les sols sont secs par exemple. Ce genre de mesure peut aider. Actuellement nous levons le drapeau pour dire : attention, telle ou telle essence est à risque. Dans l'avenir proche il faudra donner plus de conseils sur les stratégies d'adaptation”.

Une autre étude publiée le 6 mai par Wilfried Thuiller (Laboratoire d'écologie alpine - CNRS / Universités Joseph Fourier et de Savoie) dans la revue Nature Climate Change vient compléter et nuancer ces travaux. Selon lui, face au réchauffement climatique, la flore alpine connaitra une diminution de ses aires de répartition plus importante qu'estimée jusqu'à présent. Les espèces endémiques des Alpes devraient donc connaître les plus fortes pertes d'habitats. Il n’y aura sans doute pas de place pour tout le monde...