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Gaz de schiste : l’Essonne s’oppose à leur exploitation

  • Posté le : Lundi 16 Mai 2011
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  • par : L. Salters

Depuis quelques mois, la perspective d’une exploration sur le territoire national de ces nouvelles ressources en hydrocarbure entretient la polémique. Pour de nombreux élus, le coût écologique est trop lourd à payer. L'Essonne, qui possède dans son sous-sol des réserves non négligeables, est directement concernée.

Réaction face à l'exploitation du gaz de schisteLa perspective de l’exploration des gaz de schiste à provoqué de nombreuses réactions. Ici, à Nant, dans le Sud de la France.
© Xavier Malafosse / LookatSciences

Après l’Hérault, le Gard… les élus du Conseil Général de l’Essonne ont également pris parti : en ce qui concerne l’exploitation des gaz de schiste, c’est non ! Une motion dans ce sens a été adoptée à l’unanimité lors de la séance publique du 2 mai dernier. Pas question d’attribuer de permis de forage pour la recherche de gaz de schiste ou de pétrole en Essonne. Cette prise de position forte s’inscrit dans un contexte national particulièrement relevé. L’exploitation des gaz de schiste est jugée très polluante pour l’environnement. Et depuis le début de l’année, le gouvernement tente de rassurer une opinion publique de plus en plus inquiète. Un moratoire a été engagé, des rapports commandés. Le 10 mai, les députés de l’Assemblée nationale examinaient en urgence une proposition de loi visant à interdire l’exploitation de ces gaz. Et même leur exploration, pour laquelle les opposants sont aussi très nombreux : ONG, élus de tous bords, etc. Et parmi eux, certains trouvent le texte de loi trop timide, notamment en ce qui concerne les interdictions sur l’usage de la fragmentation hydraulique, la technique utilisée pour l’extraction.

Pour bien saisir les enjeux de ce qui se joue ici et maintenant, il faut revenir en arrière et faire un passage par les Etats-Unis. Depuis 2005, on y recherche en profondeur, des gaz prisonniers dans certaines couches du sous-sol. Les gaz de schiste. “Ce sont des gaz contenus dans des roches sédimentaires argileuses très compactes et très imperméables, détaille Roland Vially, géologue à l’institut français du pétrole énergies nouvelles (IFPEN). Cette ressource fait partie des gaz non conventionnels qui ne peuvent pas être exploités avec les modes de production classiques.
Contrairement au pétrole, on trouve des gaz de schistes a peu près partout sur la planète. Aux Etats-Unis, des centaines de forages ont déjà été lancés. En France, les gros gisements se situent notamment dans le sud-est. En mars 2010, l’ancien ministre de l’écologie, Jean-Louis Borloo, a attribué trois permis d’exploration afin d’évaluer les réserves.

Forage horizontal

Pour exploiter ces gaz, il faut creuser des puits en profondeur. D’ordinaire, un forage est vertical. Dans le cas des gaz de schistes, une fois une certaine profondeur atteinte, le forage devient horizontal. “Généralement, la profondeur d'exploitation (...) est de l'ordre de 1500 à 3000 mètres”, précise Roland Vially. Soit de un à plusieurs kilomètres au dessous des aquifères d'eau potable”. En d’autres termes, les nappes phréatiques se trouvent bien au-dessus des couches sédimentaires où se trouve le gaz.
Dans un second temps, il faut fracturer la roche. On injecte dans le puits et les forages attenants des quantités très importantes d’eau sous pression. Selon les puits, entre 10 000 et 15 000 m3 d’eau. A titre de comparaison, une ville comme Paris consomme chaque jour environ 550 000 m3 d’eau potable. L’eau injectée contient du sable qui permet de maintenir ouvertes les failles provoquées par l'injection d’eau. Le gaz qui s’en échappe ensuite est récupéré.
Mais cette eau ne contient pas que du sable. Elle comporte aussi une cohorte d’additifs chimiques qui renforcent l’efficacité de la fracturation hydraulique. Roland Vially : “On peut les classer en 3 grandes catégories : les biocides qui réduisent la prolifération bactérienne dans le fluide mais aussi dans le puits ; les produits qui favorisent la pénétration du sable dans les fractures ; les produits qui augmentent la productivité des puits”.

C’est ici que le bât blesse. Indépendamment du fait que les puits de forage dénaturent violemment l’environnement et les paysages, c’est notamment la pollution des énormes quantités d’eau utilisées pour la fracturation qui interpelle les opposants au procédé. Sans compter le risque de pollution des nappes phréatiques par les centaines de produits chimiques utilisés. “L'impact environnemental n'est pas neutre, concède Roland Vially. Compte tenu des contraintes environnementales (...), il faut s'attendre à des coûts de production plus élevés en Europe qu'aux États-Unis. L'intérêt économique de la production  dans un cadre de développement durable et en accord avec les populations, reste donc à démontrer.” C’est ce doute qui pousse aujourd’hui de nombreux élus vers le principe de précaution. A son tour, le Sénat examinera le texte de loi début juin.