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Golfe du Mexique : faire face à la catastrophe

  • Posté le : Lundi 5 Juillet 2010
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  • par : L. Salters

Depuis le 20 avril, au moins 150 000 m3 de pétrole sont déversés au large des côtes américaines. Pour lutter, les Etats-Unis utilisent notamment des techniques de dissémination.

Marée nore Golfe du MexiquePhoto satellite de l’extrême limite du delta du Mississipi. En rouge, la végétation. En argenté, les nappes de pétrole brut qui arrivent sur les côtes.
© Jesse Allen/NASA/GSFC/METI/ERSDAC/JAROS, and U.S./Japan ASTER Science Team

"Lorsqu’un pétrolier s’échoue et qu’il provoque une marée noire, on sait à l’avance quelle quantité de pétrole au maximum va se retrouver dans la nature. Avec la marée noire dans le golfe du Mexique, c’est directement du gisement dont s’échappe le pétrole. On est face à une situation que personne n’avait jamais rencontré auparavant." C’est Christophe Rousseau qui parle. Il est co-directeur du Centre de documentation, de recherche et d’expérimentations sur les pollutions accidentelles des eaux (le CEDRE), basé à Brest. Cet organisme au statut particulier (1) est spécialisé dans les problématiques de pollution : rejets en mer, lutte et nettoyage. Mais les professionnels du CEDRE n’ont pas été sollicités par les américains... "Ils sont comme ça, ils communiquent très peu avec les professionnels. J’ai envoyé un mail à un collègue de la garde côtière sur place. Sa réponse était très claire et tenait en une ligne : No observer (pas d’observateur - ndlr)."

Comment les américains gèrent-ils cet événement hors normes et qui s’annonce comme l’une des plus grandes catastrophes écologiques de ces dernières années ?
Au départ, il y a le naufrage de la plateforme Deepwater Horizon. Les tuyaux d’extraction qui y étaient reliés ont été cassés. Là commence la fuite. Depuis les tuyaux encore reliés au gisement, le pétrole se déverse directement dans la mer. Mais contrairement à une rumeur répandue, il ne reste pas en profondeur. "On est environ à 1 500 mètres au fond de l’océan. Ce qui s’échappe, c’est du pétrole brut sous forme d’huile. Celle-ci est très légère et remonte à la surface. Une bonne partie s’évapore, environ 50 %. Le reste stagne dans un couloir de 15 à 20 mètres sous le niveau de l’eau", explique Christophe Rousseau.

"Des cibles biologiques"

Outre les barrages (pose de barrières flottantes pour confiner les nappes puis les récupérer) et le brûlage (on met le feu au pétrole à la surface de l’eau, il se dissipe dans l’atmosphère), les équipes sur place utilisent beaucoup la dispersion. Cette méthode consiste à répandre un produit chimique dispersant, le corexit, au-dessus de la nappe,(constituée d’un mélange d’eau et de brut), ou bien directement à la source à 1 500 mètres de profondeur. Le corexit transforme le pétrole en petites gouttelettes et favorise sa biodégradation. "Dans le pétrole, vous avez du carbone et de l’hydrogène. Si les chaînes de carbone et d’hydrogène sont courtes, elles s’évaporent et se disséminent rapidement. C’est ce que l’on fait en répandant des produits dispersant qui permettent de casser ces chaînes pour les rendre assimilables par l’environnement", détaille Christophe Rousseau.
La technique est utilisée de manière massive par les américains. "Les chiffres commencent à arriver. En trente ans de métier, je n’ai jamais vu ça ! Ils en utilisent des quantités incroyables", commente Christophe Rousseau. "Pour vous donner une idée, ils ont utilisé plus de 6 000 m3 de produits dispersants. Sur une marée noire "classique" pour une navire échoué, on utilise tout au plus quelques centaines de mètres cubes. C’est parce qu’ils utilisent les produits directement à la source de la fuite pour tenter de diluer autant que possible ce qui se répand dans l’environnement".
Mais il y a un problème : si ces chaînes plus courtes sont biodégradables (on les appelle également des fractions légères), elles sont aussi dangereuses car elles sont plus facilement assimilables par les organismes. "Elles sont potentiellement toxiques et peuvent atteindre des cibles biologiques", ajoute Christophe Rousseau. Un vrai danger pour l’homme entre autres. "J’espère que les gens à bord des navires qui luttent contre la marée noire portent bien tous des masques. Pour vous donner une image, le pétrole disséminé de cette manière, c’est un peu comme si vous mettiez du white spirit sur votre peau. C’est tout de même très agressif", précise Christophe Rousseau. Avant d’ajouter en nuançant : "Même s’il y a une limite à ce que l’environnement peut absorber, le pétrole se déverse et est dilué à 70 kilomètres des côtes dans une quantité d’eau qui est énorme. Il y sans doute a encore de la marge..."
A ce jour, on estime que 150 000 m3 de pétrole brut se sont répandus dans le golfe du Mexique. Tous les deux jours, l’équivalent d’un Erika (2) se déverse dans la mer...



(1)    le CEDRE est financé en partie par l’Etat mais aussi par des fonds privés et par les missions effectuées pour le compte de clients. Il est considéré comme un organisme para-public avec une mission de service public dans son cahier des charges.
(2)    En décembre 1999, le navire pétrolier Erika a fait naufrage au large de Saint-Nazaire. Lors de l’accident, 10 000 tonnes de fioul ont été déversées dans ma mer.