logo Essonne

Il y a 50 ans, le premier homme en apesanteur

  • Posté le : Lundi 11 Avril 2011
  • |
  • par : L. Salters

Le 12 avril 1961, un jeune pilote de l’armée de l'air soviétique, Youri Gagarine, décollait du cosmodrome de Baïkonour à bord de son vaisseau Vostok. Avec lui, l'Humanité entame une nouvelle ère, celle de la conquête de l'espace.

Youri Gagarine, 1er homme dans l'espaceLe premier homme dans l’espace n’a pas piloté son vaisseau, tout était automatisé.
© DR

A peine deux heures. Précisément une heure et quarante huit minutes. C’est le temps que passe Youri Gagarine dans l’espace lors du premier vol habité. Sa mission est alors très simple : effectuer un tour du globe. C’est ce qu’il fait à une altitude comprise entre 181 et 327 kilomètres. Gagarine n’a qu’à supporter l’accélération foudroyante du décollage, puis il passe une heure à peine en état d’apesanteur avant d’entamer un tumultueux retour sur terre. Il ne touche à aucun instrument ni ne pilote son vaisseau Vostok. Tout est automatisé. Le premier cosmonaute de l’histoire se contente donc de rapporter que tout va bien en faisant de brèves descriptions de ce qu’il voit à travers son hublot. Revenu sur terre sain et sauf, il n’aura même pas perdu connaissance. Nous sommes le 12 avril 1961.
L’Union Soviétique de Nikita Khrouchtchev exulte. Le pays a montré sa supériorité technologique sur les américains et coiffe au poteau la Nasa qui s’apprêtait à envoyer des hommes dans les petites capsules Mercury. Nous sommes en pleine guerre froide et la tension entre les deux blocs est extrême. Cinq jours plus tard, les américains débarquent dans la Baie des Cochons, à Cuba, pour tenter de renverser, en vain, le régime castriste soupçonné de sympathies soviétiques.“Ce vol n’avait pas de portée scientifique, explique François Spiero, responsable des vols habités pour le Centre national d’études spatiales (Cnes). lI avait avant tout une portée politique. C’est la compétition entre les deux grands qui pousse à faire une course. A l’époque, cela permet surtout de montrer au monde entier le savoir-faire de l’Union Soviétique.”

Coopération internationale

Robaunot 2Robaunot 2 préfigure peut-être le futur de la conquête spatiale, 50 ans après Gagarine.
© NASA-JSC-GM.
Depuis ce jour d’avril 1961, on dénombre plus de 500 hommes et femmes qui sont allés au-delà de la ligne de Karman, à 100 kilomètres au-dessus de la Terre (pour la Fédération aéronautique internationale, la limite entre la Terre et l’espace). Certains ont même eu la chance d’y retourner plusieurs fois. “Ce sont lors de tous ces vols ultérieurs que l’on a commencé à repérer les problèmes médicaux pour les astronautes. Comme les maux de tête - le fameux mal de l’espace - qui apparaissent au bout de quelques jours. Et puis les phénomènes qui se manifestent au bout de plusieurs semaines de séjour, comme les problèmes de circulation ou de pertes osseuses et musculaires par exemple”, détaille François Spiero.
Dans le même temps, le contexte politique a beaucoup évolué. Le temps où les agences spatiales de chaque pays officiaient chacune de leur côté est bien révolu. “Beaucoup disent que le véritable acquis depuis cette époque, c’est la coopération”, insiste François Spiero qui est lui-même souvent amené à collaborer avec des collègues étrangers dans divers programmes. D’une part, l’idée que l’espace est un bien commun à l’Humanité prédomine aujourd’hui. D’autre part, les agences nationales n’ont plus les moyens ni financiers ni techniques de lancer des projets seules. D’où la naissance il y a cinq ans du groupe international de coordination pour l’exploration spatiale, fédérant quatorze agences de par le monde”. Son objectif : coordonner le travail et préparer une sorte de feuille de route collective pour l’exploration spatiale du futur. François Spiero : “Faut-il relancer les explorations lunaires ? Ou simplement prévoir des voyages orbitaux autour de la Lune ? Comment préparer un voyage sur Mars ? Est-ce qu’on fait un détour par un astéroïde pour l’observer ? Ce sont ces questions que nous nous posons.
Pour l’heure, l’Europe, à travers l’Agence spatiale européenne (ESA), a déjà sélectionné ses six prochains astronautes. Parmi eux, il y a un français. C’est le dixième et il se nomme Thomas Pesquet. “Il devrait partir dans la décennie, sans doute sur la Station spatiale internationale (ISS) si elle reste opérationnelle jusqu’en 2020”, précise François Spiero. De son côté, la Nasa, en coopération avec General Motors, a envoyé sur l’ISS fin février Robonaut 2 pour assister les astronautes dans les centaines de tâches quotidiennes qu’ils doivent accomplir. Robonaut 2 est le premier robot humanoïde envoyé dans l’espace. Comme un clin d’oeil technologique, 50 ans plus tard, au vol de Youri Gagarine.