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Ile de France : une biodiversité sous pression mais "résiliente"

  • Posté le : Lundi 9 Janvier 2012
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  • par : L. Salters

L’Agence régionale Natureparif a rendu son rapport sur l’état de la nature. Un bilan plus que mitigé.

BesançonEn France, la ville de Besançon est considérée comme exemplaire en matière de biodiversité.
© Jipépé / creative commons.

Pour peu qu’on lui en donne la possibilité, le vivant a une capacité de reconquête très forte. Les scientifiques nomment cette capacité de retour à l’état initial, après une période de perturbation, la “résilience”. Et cela existe aussi en Ile-de-France ! C’est en substance la conclusion d’un rapport publié à la fin de l’année 2011 par Natureparif, l’Agence régionale de la biodiversité. Cette étude fait écho à un premier rapport rédigé en 2010 par la même agence. Les auteurs tiraient clairement la sonnette d’alarme : l’Ile-de-France est moins accueillante pour la vie sauvage que le reste du territoire national.
Les indicateurs de résilience présentés dans le rapport 2011 permettent donc d’espérer à long terme un inversement de tendance. Encore faut-il en créer les conditions. “Lorsque vous avez 20% de la population nationale qui s’entasse sur 2% du territoire, il y a forcément des impacts sur la biodiversité, analyse Grégoire Loïs, naturaliste pour Natureparif et co-auteur de l’étude. Mais la plasticité de la biodiversité est énorme”.

Dans le rapport, les auteurs prennent l’exemple des jardins privés. Plus un jardin est traité avec des pesticides, plus il est hostile à la vie sauvage dans son ensemble. A l’inverse, certaines pratiques de jardinage favorisent très fortement la vie sauvage et même contrebalancent l’effet de l’urbanisation. Conséquence, plus l’indice de “naturalité” augmente, plus les espèces reviennent. C’est le cas des papillons (+ 2%) et des escargots (+ 13%). La comparaison entre parcs publics et friches confirme cette réalité : les parcs, jardinés dans la très grande majorité des cas, se montrent moins accueillants pour les espèces sauvages que les friches, espaces délaissés et sans activité.  
Pour pouvoir tirer ce type de conclusion, l’agence à fait appel à tout un réseau de bénévoles. “Des milliers de personnes ont participé au recueil des données”, explique Grégoire Loïs. Près de 3 000 propriétaires de jardins, mais aussi 40 ornithologues amateurs, plusieurs dizaines d’amateurs passionnés de chauves-souris, ont ainsi suivi des protocoles simples mis en place par le Muséum National d’Histoire Naturelle (partenaire de l’opération) pour la récolte des informations sur le terrain. De la science participative. “Les gens qui prennent part à ces opérations sont de toutes façons très sensibilisées. C’est donc surtout une manière d’obtenir un grand nombre de données. Cela nous permet une meilleure analyse des mécanismes en jeu. Et sans leur participation, rien de tout cela n’est possible”, confie Grégoire Loïs.

Lorsque les oiseaux vont mal...

Mais cette capacité de “résilience” liée à la plasticité de la biodiversité ne doit pas faire oublier que l’ensemble de l’écosystème est soumis à une pression urbaine très forte. Et globalement, le diagnostic de l’écosystème francilien n’est tout de même pas bon. Une conclusion qui s’appuie dans le rapport notamment sur les observations liées aux oiseaux. “Lorsqu’ils vont mal, c’est l’ensemble de l’écosystème qui va mal”, précise Grégoire Loïs.
Au niveau national, sur les dix dernières années, le groupe des espèces d’oiseaux généralistes (comme le pigeon ramier, la mésange bleue, la mésange charbonnière) présente un taux d’accroissement de 36%. Celui des espèces forestières a augmenté de 13%. En Ile-de-France, c’est tout le contraire : seules les espèces spécialistes du bâti (comme le martinet noir ou la pie bavarde) voient leurs effectifs augmenter. Les espèces généralistes, dont la particularité est pourtant une grande capacité d’adaptation à tous les milieux, ont des effectifs en baisse sur la région. Une tendance lourde ? “Un écosystème, c’est comme un corps : il est difficile d’en appréhender l’état de santé définitif en une seule mesure, explique Grégoire Loïs. Mais la vérité, c’est que cet état de santé décline. La plus grande partie des initiatives dommageables aux habitats naturels, comme le réseau routier, date des “Trente glorieuses” (1945-1973 - ndlr). Mais le déclin n’a pas été enrayé avec l’arrêt des installations. Inverser une telle tendance demande des efforts énormes”.

Des initiatives portent leurs fruits et permettent néanmoins d’espérer. En 2010, la ville de Besançon s’est vu attribuée le titre de “Capitale de la biodiversité” par Natureparif. Le concours récompense les communes ayant mis en place une politique cohérente de conservation et restauration de la biodiversité. Zéro pesticides, lutte non chimique contre les plantes invasives, création de refuges pour les oiseaux etc. Autant de mesures simples qui montrent une prise en charge et qui apportent des résultats.       
Cependant, malgré ce concours à l’échelle du pays, il n’existe pas d’agence nationale faisant office d’observatoire de la biodiversité dans son ensemble, particulièrement de la biodiversité ordinaire. La seconde loi du Grenelle de l’environnement de 2010 propose une “trame verte et bleue”, sensée participer à la restauration des continuités écologiques. L’initiative de Natureparif constitue donc une première avant que cet outil trouve une traduction sur le terrain.