logo Essonne

Imagerie médicale : le réacteur Osiris fait face à la pénurie planétaire

  • Posté le : Lundi 19 Avril 2010
  • |
  • par : L. Salters

Les deux plus gros fournisseurs au monde faisant défaut, le Commissariat à l'énergie atomique (CEA) a augmenté sa production d'isotopes dans son réacteur de recherche de Saclay.

Osiris - réaction nucléaireOsiris n’est pas destiné à produire de la chaleur, destinée à faire tourner des turbines électriques, mais d’abord à accueillir des expérimentations. Sur cette photo, la réaction nucléaire est caractérisée par la lueur bleutée.
© Antoine Gonin / CEA

Depuis le mois de février 2010, Osiris, le réacteur de recherche du CEA basé à Saclay, a intensifié sa production de radio-éléments. Ces isotopes sont très utilisés dans les protocoles d’imagerie médicale mais leur fabrication dans les mois à venir est menacée au niveau mondial. Afin de pallier ce manque, le réacteur va donc fournir jusqu’au mois de juin 2010 près de 40% des besoins nationaux et 10% des besoins mondiaux.

Cette décision, prise en accord avec l’Autorité de sûreté nucléaire (organisation qui assure au nom de l’état le contrôle du nucléaire en France) sécurise donc une partie de l’approvisionnement des centres hospitaliers. Les examens médicaux tels que les scintigraphies, largement employées dans la détection des pathologies osseuses et en exploration fonctionnelle d’organes (coeur, poumon), pourront ainsi continuer normalement.

La régularité des approvisionnements mondiaux était en fait menacée depuis plusieurs mois. Seuls 7 réacteurs de recherche sur la planète (dont Osiris) fournissent du molybdène 99 (99Mo), précurseur du technétium 99m (99mTc), le radio-élément utilisé dans ces protocoles d’imagerie médicale. Or depuis quelques mois, les deux principaux réacteurs (l’un hollandais, l’autre canadien) sont à l’arrêt pour raison d’opérations de maintenance. En temps normal, ces deux réacteurs assurent à eux seuls 75% de la production mondiale.

220 centres de médecine nucléaire

Pour faire face à cette chute provisoire de production en 99Mo, le CEA a été sollicité par l’Association des producteurs européens de radio-isotopes à usage médical (AIPES). Le Commissariat ne livre pas directement les centres médicaux. Il est en fait au début de la chaîne de production. Alain Alberman, expert en physique des réacteurs et responsable des prestations extérieures pour les réacteurs du CEA précise : "Il existe, rien qu’en France, 220 centres de médecine nucléaire (hôpitaux, cliniques, instituts...). Chacun d’entre eux utilise 2 à 3 générateurs par semaine, des sortes de capsules protégées par du plomb contenant les isotopes. Nous produisons donc l’équivalent de plusieurs centaines de générateurs par semaine".
Une production quasi continue. Et pour cause : le 99Mo a la particularité de ne pas se conserver. Dix jours à peine après sa synthèse, la quasi totalité s’est transformée en  technétium 99m qui disparaît rapidement. C’est pourquoi, une fois livré aux hôpitaux, il faut rapidement l’utiliser.

Nouveau planning

"Quand les hôpitaux reçoivent les générateurs qui contiennent les isotopes radioactifs, ils n’en utilisent qu’une partie, celle injectée aux patients lors des examens, précise Alain Alberman. C’est un produit apprécié par les professionnels car très facile à utiliser".
Pour pouvoir répondre à la demande de l’AIPES, le CEA a mis au point un nouveau planning pour Osiris. "Les opérations de maintenance qui devaient avoir lieu en ce moment ne débuteront qu’au mois de juin 2010. Selon leurs exploitants, les réacteurs canadien puis hollandais devraient alors successivement repartir au cours de l’été et reprendre leur production", précise Alain Alberman. Ce sera à leur tour d’assurer la relève pendant la fermeture provisoire d’Osiris. Après cette période de maintenance, le réacteur du CEA reprendra sa production de routine, fin 2010, et fournira 5 à 10% du stock mondial d’isotopes. En temps normal, la majorité de son activité est en effet concentrée sur l’étude de matériaux et combustibles des centrales nucléaires actuelles et futures. Osiris sert également à produire du silicium dopé destiné à l’industrie électronique.