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La balise Argos : 30ème anniversaire de l'ancêtre du GPS

  • Posté le : Lundi 10 Mai 2010
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  • par : L. Salters

Au début des années 80, les premières balises Argos voyaient le jour. Aujourd'hui, leur utilisation est multiple. Et elles sont loin d'avoir émis leurs derniers signaux...

Balise ArgosSur cette photo, une balise de taille moyenne sur un voilier. Aujourd’hui, il existe de nombreux types de balises Argos.
© CNES

Les premières d’entre elles pesaient plusieurs kilos. Aujourd’hui, grâce à la miniaturisation, certaines ne pèsent pas plus de 20 grammes et sont alimentées en énergie par des capteurs solaires. On ne présente plus les balises Argos. Depuis leur création au début des années 80, ce système de localisation par satellite a irrigué le travail de dizaines de milliers de chercheurs à travers la planète. Cette année, les balises Argos fêtent leur 30ème anniversaire.
"Le principe du système Argos est très simple, explique Antoine Monsaigeon, directeur des opérations Argos au sein de Collecte Localisation Satellite (CLS) (1). C’est un petit boîtier électronique qui émet en permanence un court signal sur une fréquence précise. Ce signal est enregistré par des satellites et renvoyé au sol, précisément au centre de calcul CLS de Toulouse qui reconstitue à partir de toutes ces données la “chaîne des messages”. Ce qui donne au final un positionnement." Aujourd’hui, on compte pas loin de 20 000 balises en activité dans le monde. Chaque jour, le centre de Toulouse traite près d’un million de messages qui doivent être transmis aux utilisateurs des balises. Parmi ceux-ci, des milliers de scientifiques.

Temps réel

"Par rapport à d’autres technologies concurrentes, la balise Argos a l’avantage de ne pas être trop chère et d’être robuste, précise Cyril Moulin, directeur adjoint du Laboratoire des Sciences du Climat et de l’environnement (LSCE) à Gif sur Yvette. Pour nos recherches, nous avons équipé des bouées avec des balises. Elles restent dans l’océan une année entière. Certaines bouées plongent plusieurs fois par jour dans l’eau pour faire des relevés verticaux. Puis lorsqu’elles remontent à la surface, les balises transmettent les données. Pour faire cela de manière répétitive et dans les conditions de haute mer, il faut une technologie simple et résistante."
Pour les scientifiques, la balise Argos présente un autre avantage : elle peut transmettre les informations en temps réel. Christophe Guinet, chercheur au CNRS, au centre d’études biologique de Chizé (dans les Deux-Sèvres), étudie depuis longtemps les éléphants de mer qu’il équipe avec des balises (voir le diaporama : Elephants de mer sur écoute) . Ces mammifères plutôt costaux effectuent des sorties en mer qui peuvent durer jusqu’à huit mois. Avec les balises Argos, le chercheur les suit littéralement à la trace, dans toutes leurs pérégrinations. "Il y a tellement de données à récolter : salinité, température et pression de l’eau, etc. En fait, l’enjeu pour nous est de savoir quelles informations privilégier. Il y en a trop." Pour faire des choix, les chercheurs de Chizé développent des algorithmes qu’ils intègrent à la balise afin de sélectionner les informations importantes à transmettre.

Satellite MetOp

Si depuis une trentaine d’années les balises Argos nous parlent, les chercheurs ne peuvent en revanche toujours pas leur communiquer d’ordre. Une fois que la balise est dans la nature avec sa programmation, il n’y a pas de changement possible. "C’est leur limite, renchérit Cyril Moulin du LSCE. Nos bouées sont téléguidées et dirigeables à distance. Mais il nous est impossible de toucher à leur programmation." Une situation qui va évoluer grâce au satellite MetOp. Lancé en 2006, il va bientôt permettre aux scientifiques de "parler" aux balises et faire évoluer à distance leur programmation, au gré des expériences.
La balise Argos, ancêtre du GPS qui équipe aujourd’hui les automobiles, est donc loin d’être rangée aux placards. Et même si d’autres technologies permettent d’aller beaucoup plus loin dans le recueil de données, la fiabilité de la balise Argos lui réserve encore de beaux jours. Comme avec Serge Jandaud, un médecin, cardiologue à la clinique Pasteur de Toulouse, qui s’est mis en tête de traverser le Pacifique à la rame, comme l’avait fait Gérard D’Aboville en 1991, seul et en autonomie complète. Il quittera Lima le 10 mai pour rejoindre Brisbane en Australie, de l’autre côté de l’Océan. Afin de faire face aux imprévus, l’aventurier a tout de même décidé d’équiper son bateau de deux balises Argos pour que l’on repère sa position. En cas de pépin...



(1) Collecte, Localisation, Satellites (CLS) société filiale de Centre Nationale de d’études spatiales et de l’IFREMER qui centralise les données recueillis par les balises Argos, à Toulouse.