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La forêt mondiale, puits de carbone

  • Posté le : Lundi 5 Septembre 2011
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  • par : L. Salters

Une étude parue cet été chiffre pour la première fois avec beaucoup de précision la capacité des arbres à stocker du CO2. Le Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement (LSCE) de Gif-sur-Yvette y a pris part. Ces travaux ne prennent pas en compte les stocks de carbone dans les sols forestiers.

Les sols des forêts stockent du CO2Les sols des forêts stockent du CO2 en quantité importante.
© Antoine Matteis/LookatSciences.

Pour mieux saisir la quantité de carbone stocké par les forêts, on imagine mal des chercheurs aller prendre des mesures au pied de chaque arbre de la planète... Et pourtant, à peu de choses près, c’est ce qu’à fait une équipe de chercheurs emmenée par Yude Pan et Richard Birdsey, du programme de recherche nord américain sur le changement climatique (Northern Global Change Program). Selon eux, entre 1990 et 2007, les forêts du globe auraient absorbé environ 2,4 milliards de tonnes de carbone par an. Un chiffre qui représente le tiers des rejets de carbone fossile sur cette période.
 
Les  forêts jouent un rôle fondamental dans le cycle du carbone, notamment via le stockage du CO2. Grâce à la photosynthèse, les arbres et les plantes absorbent une partie de ce CO2 atmosphérique et le stockent sous forme de biomasse. Pour chiffrer le phénomène au niveau mondial, le consortium de chercheurs, auquel s’est associé le Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement (LSCE), basé à Gif-sur-Yvette, a dû récupérer à travers le monde et mettre à plat un nombre impressionnant de données chiffrées. Notamment à travers des inventaires forestiers. Parue cet été dans le magazine Science, l’étude constitue désormais une sorte de référence chiffrée qui permettra à termes de mieux évaluer les évolutions du rôle des forêts dans le réchauffement.

C’est un énorme travail de compilation, confirme Eric Dufrêne, chercheur au CNRS dans le laboratoire d’Ecologie, Systématique et Evolution (rattaché à l’université Paris-Sud). Ce qui est compliqué dans ce type de publication, c’est d’homogénéiser les données. Les inventaires forestiers sont très hétérogènes dans le monde. Dans l’étude par exemple, on n’a rien sur l’Inde”. 

Tendances

Malgré les manques, ces travaux révèlent des surprises sur les forêts en zones tropicales (Amérique centrale et Amérique du Sud, centre et Sud de l’Afrique, nord de l’Australie et Indonésie). La déforestation conduit certes à l’émission de 1,3 milliards de tonnes de carbone par an dans l’atmosphère (en abattant un arbre, celui-ci meurt et libère du CO2). Mais ces forêts  “attaquées” par l’homme absorbent tout de même 1,2 milliards de tonnes lors de leur régénération. Conclusion : le bilan carbone est quasiment nul pour ces régions tropicales. “C’est l’aspect le plus original de l’étude, confirme Eric Dufrêne. Ils ont bien su prendre en compte l’effet de la repousse des arbres. Si on laisse revenir la forêt, les jeunes arbres fixent beaucoup plus de carbone. Les auteurs ont pris en considération cette réalité. Au final, le phénomène compense partiellement l’effet de la déforestation sur le bilan carbone, le reste étant du à l’absorption des forêts tropicales matures ce qui conduit à un bilan quasi nul”.

En revanche, ces travaux ne se penchent pas du tout sur les sols. “Le stock de carbone y est beaucoup plus important que dans les arbres, précise Eric Dufrene. Sur un temps donné, les flux d’échange de CO2 entre les sols et l’atmosphère sont comparables aux échanges arbres-atmosphère. Mais c’est sur une échelle de temps beaucoup plus longue que les sols stockent une majorité du CO2. Pour donner une idée, la respiration du sol représente 40 à 60 % de la respiration totale du système arbre+sol”. Par contre, lorsque le cycle est bousculé, à cause du changement climatique par exemple, les choses se passent différemment. Eric Dufrêne : “En Sibérie, le permafrost, (sol gelé en permanence - ndlr) pourrait fondre à cause du réchauffement et libérer d’énormes quantités de carbone dans l’atmosphère”. Un phénomène typique de cette région du globe.