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La recherche, façon pistolets lasers et vaisseaux spatiaux

  • Posté le : Lundi 3 Décembre 2012
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  • par : L. Salters

Amazing Science, une exposition organisée conjointement par le CEA et l’Inserm, mêle habilement expérience et anticipation. L’écrivain Claude Ecken, auteur des textes, raconte.

inserm web© Inserm / CEA

– Vous êtes intransportable, Monsieur le Président, dit le chirurgien. Que vous ayez survécu à l’attentat est un miracle.
– J’apprécierais moins de miracles et plus d’efficacité.
– Votre cœur a tenu pile le temps d’un transfert mécanique. Le reste idem. En ce moment, des cultures de cellules souches reconstituent vos organes.
– Combien ?
– Vous n’avez plus de membres. En fait, plus de corps du tout. Heureusement, votre crâne est solide.

Ce dialogue d’anticipation est tirée de l’une des affiches de l’exposition Amazing Science qui se tiendra au Centre de recherche des Cordeliers à Paris à partir du 4 décembre. C’est le romancier de science-fiction Claude Ecken qui en est l’auteur. Le texte est imprimé sur une très belle illustration d’anticipation à l’ancienne : des médecins reconstituent un corps à l’aide d’un prototype d’ordinateur. En haut de l’affiche, en gros plan, une image de science d’aujourd’hui est subtilement fondue dans le décor et nous montre une boîte de Pétri. Des mains gantées manipulent une seringue. Le tout forme visuellement un ensemble original qui évoque clairement la science-fiction de nos grands-parents. Epoque où le futur, c’est-à-dire aujourd’hui, après l’an 2000, était fantasmé à coups de vaisseaux spatiaux, de monstres extraterrestres et de robots humanoïdes à pinces.  
Ce sont 26 affiches comme celle-ci qui ont été composées pour l’exposition co-organisée par le CEA (Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies renouvelables) et l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale).
En s’inspirant de cette science-fiction d’hier, les organisateurs de l’exposition veulent réenchanter la science. Entretien avec Claude Ecken.

Quelle était l’idée derrière cette exposition ?
L’idée, c’était de dire : “Voilà ce que nous sommes en train de faire dans les laboratoires”. Mais il fallait le faire d’une manière ludique et retrouver cette image d’une science positive et souriante. Aujourd’hui, le grand public est trop souvent suspicieux du monde de la recherche. Il ne faut pas oublier que la science-fiction est née au départ d’un émerveillement face à la science. L’anticipation des débuts, telle que la percevait Hugo Gernsback, le créateur de la revue Amazing Stories, reposait sur cet étonnement. Pour l'anecdote, rappelons que Gernsback dirigeait au départ un magazine pour radio-amateurs appelé Modern Electrics. A partir de 1911, il y intégrait en dernière partie des récits décrivant la vie dans le futur. Devant l'enthousiasme des lecteurs, il décidait de créer Amazing Stories en 1926. L'exposition Amazing Science s'inscrit aussi dans cette logique d’émerveillement propre à Gernsback et à sa revue.

Comment vous êtes-vous procuré les images de la revue ?
Nous sommes passés par l'Agence martienne, qui dispose des illustrations du fonds de La Maison d'Ailleurs. La Maison d’Ailleurs, à Yverdon-les-Bains, en Suisse. C’est un musée de la science-fiction. Il a été fondé grâce à la donation de Pierre Versins. C’était un collectionneur qui conservait tout ce qui concernait la science-fiction : emballages, jouets, revues, etc. Il a d’ailleurs écrit une encyclopédie de l’utopie et de la science-fiction qui a longtemps fait autorité. Aujourd’hui, Pierre Versins est mort, mais le musée continue.

Comment avez-vous été approché pour participer à cette exposition ?
C’est Roland Lehoucq, chercheur au CEA et avec qui j’ai déjà écrit un roman, qui avait suggéré mon nom. Il fallait quelqu’un qui connaisse l’histoire de la SF et la revue Amazing Stories. Le concept de l'exposition est de Eric Dehausse, iconographe à l’Inserm. J’ai travaillé en fonction des photos de la recherche qui m'ont été fournies par le CEA et l'Inserm. Le graphiste, Alexandre Cheyrou, s’est occupé de sélectionner les couvertures en fonction de mes récits. Ce travail s'est parfois effectué en synergie, car je pouvais être inspiré par une illustration. En tant que scénariste de bande dessinée, j'ai l'habitude travailler avec l'image. Le ton des textes pouvait être drôle ou surprenant, en résonance avec les axes de recherche des deux instituts. Mais surtout, il ne fallait jamais quitter le terrain de la science, puisque c'est elle qu'il s'agissait de mettre en avant.
Il ne fallait pas non plus être trop compliqué ni trop anxiyogène. Et tout ça en 700 signes ce qui est très court ! Le texte devait trouver sa place sur l’image de l’affiche. J’ai passé le plus clair de mon temps à couper les textes pour qu’ils entrent dans l’espace imparti. En tout j’ai proposé quelques 130 scénarios afin que l'Inserm et le CEA puissent choisir les récits qui leur plaisaient le plus.