logo Essonne

La Région se dote d’un Conseil scientifique

  • Posté le : Lundi 4 Avril 2011
  • |
  • par : L. Salters

L'exécutif francilien a lancé en mars une assemblée qui l'aidera à faire des choix en matière de recherche, d’enseignement supérieur et d'innovation. Jean-Pierre Bourguignon, directeur du prestigieux Institut des hautes études scientifiques (IHES) à Bures-sur-Yvette, a été sollicité pour y siéger.

Recherche Cellule SoucheLa recherche sur les cellules souches, un domaine d’intérêt majeur soutenu par la Région.

© Elisabeth Schneider / LookatSciences.

Isabelle This Saint-Jean, Vice-présidente de la région Ile-de-France, chargée de la recherche et de l’enseignement supérieur, est sûre de son affaire : la mise sur pied du Conseil scientifique régional (CSR) va “clarifier les choses”. Avec Jean-Paul Huchon, Président de région, l’élue a annoncé, juste avant le printemps, la mise en place du Conseil scientifique régional (CSR). Son rôle : épauler les politiques dans leurs prises de décisions au niveau régional là ou les sciences sont au coeur du débat, comme les transports, l’énergie, l’éducation, le développement durable. “Pour que nous, élus, nous puissions avoir une action efficace, il faut que la communauté scientifique se prononce et amène une dimension d’expertise, analyse Isabelle This Saint-Jean. Et pour être crédible, cela doit se faire selon deux principes d’action centrale : la concertation et l’autonomie.”

L’Ile-de-France concentre à elle seule 40% des activités de recherche en France. Dans son budget 2011, le Conseil régional y a consacré environ 150 millions d’euros. La Région a donc une position importante dans ce secteur et le CSR est appelé à y jouer un rôle de premier plan. Il est constitué de 20 scientifiques et dirigé par Jean-Antoine Girault, directeur de recherche à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm). Plusieurs critères ont été retenus pour la composition du CSR, comme la parité hommes et femmes, la nécessité de trouver un équilibre entre les disciplines (biologie, sciences humaines et sociales, mathématiques, physique, informatique…), ou encore l’impératif d’une répartition égale au niveau géographique (5 personnalités sont extérieures à l’Ile de France). Des chercheurs en pleine ascension y côtoient de grandes personnalités, tels Gérard Ferey, chimiste, médaille d’Or du CNRS, Nicole Le Douarin, professeur honoraire au Collège de France, Alain Fisher, biologiste à l’hôpital Necker et «père des bébés bulles» ou Denise Pumain, géographe.

Autonomie

Le Conseil scientifique pourra être saisi par Jean-Paul Huchon ou bien par moi, explique Isabelle This Saint-Jean. Mais il a aussi une capacité d’autosaisine. C’est-à-dire que sur un sujet donné, si le Conseil estime avoir un avis important à rendre, il a la possibilité de le faire”. Le Conseil jouit donc d’une grande autonomie pour intervenir dans le débat et proposer ses points de vue. Mais jusqu’à quel point le politique suivra-t-il ces avis ? “La contrepartie de l’autonomie, c’est que le Conseil régional fait ce qu’il veut, explique Jean-Pierre Bourguignon, directeur de l’Institut des hautes études scientifiques (IHES), à Bures-sur-Yvette, et qui siège au CSR. Mais aux yeux du citoyen, le politique prend aussi un certain risque en n’écoutant pas les avis du CSR. Cela veut dire que nous acceptons la responsabilité d’être éventuellement en conflit avec l’homme politique”.

Premier chantier du Conseil : rendre son avis sur les Domaines d’intérêt majeur régionaux, les DIM. La région entend labelliser prochainement ces réseaux de recherche organisés autour de thématiques stratégiques. Depuis 2005, les DIM constituent l’un des axes forts de la région dans le domaine de la recherche.
Second chantier : les gaz de schistes. La France pourrait potentiellement exploiter certains  gisements de ces gaz enfouis dans son sous-sol. “Le Conseil régional veut être éclairé sur leur exploitation”, détaille Jean-Pierre Bourguignon. Depuis quelques années, de nouvelles technologies permettent d’aller chercher cette source d’énergie. Mais leur exploitation est très contestée. Entre autres à cause du gaspillage et de la pollution de millions de mètres cubes d’eau nécessaires lors de l’extraction. Le gouvernement doit décider au mois de juin s’il lève ou non le moratoire sur leur exploitation. “Dans quel type de société veut-on vivre ?, questionne Jean-Pierre Bourguignon. C’est une question politique. Mais c’est au scientifique de s’assurer que le débat ne soit pas tronqué”.