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Le paludisme : Plus de morts y compris chez les adultes

  • Posté le : Lundi 27 Février 2012
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  • par : L. Salters

Une étude américaine montre, contrairement à une idée reçue, que la mortalité palustre n’est qu’en léger reflux. Elle prouve aussi pour la première fois que les plus de 5 ans sont très touchés par la maladie.

photo paludismeUne maladie qui touche surtout l’Afrique.

© © Anthony Martinet / LookatSciences

L’article du Lancet, grande revue médicale anglaise, a fait l’effet d’une petite bombe. Emmenée par le professeur Christopher JL Murray, directeur de l’Institut d’évaluation et études sanitaires de Washington (IHEM), une équipe de chercheurs a produit une étude chiffrée qui sème le trouble dans les milieux scientifiques spécialistes du paludisme. Selon les chiffres avancés dans ces travaux, la maladie ferait beaucoup plus de victimes que ce qui était annoncé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) depuis plusieurs années. Certes, la tendance à la baisse est confirmée, mais dans des proportions nettement moindres. Par ailleurs, le paludisme toucherait plus largement qu’on ne le pensait jusqu’à présent les populations de jeunes adultes, voire d’adultes. Une constatation qui nuance l’idée selon laquelle le paludisme touche massivement les enfants de moins de 5 ans. Le paludisme continue de tuer des centaines de milliers de personnes par an, majoritairement en Afrique et chez les plus jeunes. Malgré tout, le dernier rapport de l’OMS paru fin 2011 confirme un infléchissement de la mortalité depuis le début des années 2000. A cette époque, on dénombrait presque un million de victimes par an. En 2009, on en comptait 781 000. En 2010, la tendance à la baisse se confirmait pour atteindre 655 000 décès. Dans plus de 85 % des cas, des enfants de moins de 5 ans. Si les chiffres ont diminué depuis dix ans, c’est en grande partie lié aux campagnes de prévention mettant en avant les moustiquaires imprégnées d’insecticide (MII).

Presque deux fois plus


Voilà pour les statistiques officielles de l’OMS. Celles des chercheurs de Washington sont moins optimistes. Pour 2010, ils avancent l’estimation de 1 238 000 de victimes. Presque deux fois plus que l’OMS ! Les chercheurs prennent cependant des précautions. Ainsi, leurs chiffres sont assorties d’une large marge d’incertitude située dans une fourchette de 929 000 à 1 685 000. Mais même la limite la plus basse de cette moyenne est largement au-dessus des chiffres officiels.
Pourquoi une telle différence ? “Ce type d’évaluation dépend des méthodes statistiques, analyse Odile Puijalon, directrice de recherche à l’Institut Pasteur et spécialiste du paludisme. L’OMS se réfère en premier lieu aux cas déclarés par les Etats. Les chercheurs de Washington se sont davantage fondés sur des autopsies verbales”. Une technique qui consiste à faire parler l’entourage d’un malade pour mieux comprendre les conditions de contamination, les symptômes etc. La différence de méthode met l’accent sur une des difficultés que rencontrent les chercheurs face à la maladie : sa qualification. Odile Puijalon : “Une part non négligeable des enfants sont morts chez eux sans avoir vu un médecin. Les parents ne savent même pas de quoi est décédé leur enfant. A une certaine époque, on avait tendance à nommer paludisme toutes les fièvres ! Depuis 2004, la mise en place des kits de diagnostic rapide a permis de gagner en précision dans les diagnostics et dans les chiffres. Malgré tout, très souvent, les décès sont liés à des causes conjuguées : des diarrhées, des infections respiratoires qui ont empiré à cause du paludisme. C'est la raison pour laquelle il est difficile de dénombrer précisément les décès dus au paludisme. Chaque méthode est entachée d'incertitudes”.

 435 000 décès

L’autre idée importante que les chercheurs de Washington mettent en avant concerne les populations à risque : le paludisme finit par concerner tout le monde.C’est aussi une maladie d’adultes, renchérit Odile Puijalon qui soutient particulièrement les auteurs sur ce point. Le groupe principal reste la petite enfance. Mais on a longtemps négligé de s’intéresser aux plus grands. Avec le recul global du paludisme, les grands enfants et les adultes finissent par perdre leur immunité. Donc le paludisme peut tuer aussi à ces âges. Or les plus grands ne sont pas assez pris en compte par les mesures de contrôle. Cette étude a le mérite de le souligner”. Ainsi en Afrique et chez les plus de 5 ans, 435 000 décès sont imputables au paludisme. C’est la première fois qu’une étude livre un chiffre aussi précis et aussi élevé dans cette classe d’âge. Odile Puijalon : “Il faut envisager d’étendre les interventions à d’autres groupes de populations. On a tendance à parer au plus pressé et on vise en priorité les groupes cibles. Mais il y en a d’autres, qu'il faut mieux prendre en compte”.