logo Essonne

Le réveil d'un volcan sous les glaces

  • Posté le : Vendredi 16 Avril 2010
  • |
  • par : L. Salters

L'éruption mercredi 14 avril d'un volcan en Islande, a provoqué la création d'un nuage volcanique qui se déplace vers le sud de l'Europe. Mise au point.

Panache issu de l'éruption du volcan en IslandeVue satellite du panache
© NASA

"Les Islandais savaient très bien quand le volcan allait se réveiller. Ils surveillaient leurs sismographes depuis un moment déjà. Le problème avec ce type d’éruption, ce n’est pas de savoir quand ça commence, mais de savoir quand ça s’arrête", commente François Beauducel, géophysicien spécialiste des volcans à l’Institut de physique du globe de Paris.
Le réveil du volcan Eyjafjöll a en fait commencé le 20 mars dernier, après un repos de deux siècles. L’éruption a débuté sur les flancs du volcan, lui-même recouvert par le glacier Eyjafjallajökull.
Peu à peu, la glace a fondu et mercredi 14 avril, soit près d’un mois après le début des premières manifestations, l’éruption a pris un nouveau tour. Un gigantesque panache de fumée gris foncé s’échappe alors du cratère. "On est face à un phénomène phréato-magmatique. C’est-à-dire qu’il met en jeu de la glace et du magma. C’est cette combinaison qui est à la source de l’explosion et qui a créé le panache, analyse François Beauducel. La couleur gris foncé du panache (on ne parle pas de nuage à cette étape - NDLR) est liée au fait qu’il est très chargé en matériaux. C'est un mélange de gaz et de matériaux solides constitués de roches et de cendres plus fines qui se déposent aux alentours. Et il y a du basalte. En fait c'est lui qui donne cet aspect dense".

Quelques dizaines de microns

Les particules les plus épaisses du panache sont retombées dans les environs sous forme de cendres plus ou moins épaisses. Elles se sont épandues sur quelques kilomètres et sont retombées au sol sur plusieurs centimètres d’épaisseur. Les particules les plus légères sont montées dans l’atmosphère. "Ce sont des particules qui font quelques dizaines de microns en taille. Ça ressemble à du talc. Elles sont très légères et ont été projetées à 8000 mètres d’altitude. Là, on est dans les hautes couches de l’atmosphère. Les régimes de vents ne sont pas les mêmes qu’en basse altitude. Les particules ne retombent pas car elles sont portées par les vents," explique François Beauducel.
Le panache, qui est devenu un gigantesque nuage en haute altitude, a très vite été dirigé par les vents du nord vers l’Europe du sud dans une direction sud-est, puis d’est en ouest. En moins de 24 heures, il a touché les premiers pays : Norvège, Angleterre,...
Il est très difficile pour les météorologistes d’évaluer la taille du nuage. Les services du Met Office, l’équivalent anglais de météo France, ont pris le relais d’une coordination européenne sur l’évolution de ce nuage volcanique. Selon leur estimations, le nuage devrait continuer à s’étendre, samedi 17 avril, sur le nord de l’Europe. Sans probablement dépasser un axe Brest / Strasbourg. François Beauducel : "C’est très difficile de faire la différence par image satellite. Il faut imaginer que ces particules de poussière sont minuscules. Visuellement, elles peuvent être confondu avec les nuages".

La composition chimique

En revanche, on sait très bien de quoi est composé ce nuage de poussière. Il s'agit de basalte, Les analyses indiquent un composé  de :   silice pour plus de 50%, c'est à dire du verre. On y trouve également des minéraux sous forme d'oxyde comme l'aluminium, le fer, le calcium, le magnésium, le sodium, le manganèse, etc.  “C’est surtout la silice qui pose un problème pour les avions. Comme le nuage est en haute altitude, les particules risqueraient de frapper le cockpit et de  le rayer, ce qui empêcherait une bonne visibilité. Elles rentrent également dans les réacteurs où elles fondent. Elles créent une sorte de glaçage sur les parois à l’intérieur qui empêche alors les turbines de tourner”. Des phénomènes qui expliquent qu’une grande partie de l’espace aérien européen ait été fermé pour ne pas faire courir de risque aux avions et à leurs passagers.
A termes, lorsque les vents en haute altitude vont retomber, les poussières les plus fines finiront elles-aussi par perdre de l’altitude. Mais elles seront tellement diffuses “qu’elles ne représenteront aucun danger pour l’homme ou l’environnement”, confirme la Direction générale de la Santé.
Pour l’heure, l’éruption continue. “Le robinet est ouvert. Les appareils de mesures de nos collègues islandais nous disent que le volcan crache environ 20 m3 / seconde de matériaux. C’est une quantité commune, rien d’exceptionnel.” D’autres analyses doivent pouvoir livrer des éléments sur le phénomène. Par exemple, quelle est la quantité de gaz emprisonnée dans les particules ?
Eruption à suivre donc.



Merci à nos collègues de l’Université de Reykjavik (www.why.is) de nous avoir communiqué de précieuses sources d’information :
www.jardvis.hi.is/page/jardvis_jardfraedi