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Les 50 ans du laser dans la ville lumière

  • Posté le : Mardi 29 Juin 2010
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  • par : O. Donnars

Chercheurs, étudiants, professeurs et lycéens, sont venus célébrer le jubilé du laser, autour de prestigieux physiciens réunis au Louvre. L'occasion de rendre un hommage émouvant à son découvreur oublié, Théodore Maiman.

Kathleen MaimanLe tout premier des lasers présenté par Kathleen Maiman la veuve de l’inventeur Théodore Maiman.
© Matteis / LookatSciences

Paris, la ville lumière, a été choisie pour fêter les 50 ans du laser, l’instrument qui a domestiqué la lumière. Plus de 600 personnes sont venues écouter le 22 juin, à l’Ecole du Louvre, des physiciens qui ont contribué à son développement. Six Prix Nobel étaient présents. Dès l’ouverture, la musique d’Ainsi parlait Zarathoustra de Richard Strauss retentit dans l’amphithéâtre et une galerie de portraits de physiciens apparaît sur un écran. "Avec la domestication de la lumière par le laser, nous avons atteint l’universalité", lance en préambule Gérard Mourou, directeur de l’Institut de la lumière extrême (Saclay-Palaiseau) et organisateur de l'événement avec l’Ecole Polytechnique et l’Ecole Nationale Supérieure de Techniques Avancées.

Une course effrénée pour le premier laser

L’inventeur du laser se nomme Théodore Maiman, un jeune doctorant du Hughes Research Laboratories (Californie, Etats-Unis). Le 16 mai 1960, ils surprend tous les physiciens qui s’étaient lancés dans la course au premier laser. « Tous avaient construit des prototypes énormes et compliqués alors que son laser était le plus simple qui soit, » raconte sa veuve, Kathleen Maiman, qui a fait le déplacement. Elle montre à l’auditoire ce que l’histoire retiendra comme étant le tout premier laser : un objet cylindrique de 10 centimètres de long et d’à peine 1 kg. A l’intérieur, une lampe flash hélicoïdale illuminant par impulsions un cristal de rubis synthétique. "Mon mari était quelqu’un de visionnaire, qui a toujours suivi son instinct, poursuit-elle, fort émue. Mais il n’a pas eu tous les honneurs de la part de la communauté scientifique. Il a mal supporté de n’avoir pas eu le prix Nobel pour sa découverte. Il s’est contenté du Wolf Prize en 1983 et du Japan Prize en 1987 et d’une photo dans le New York Times le présentant comme l’inventeur du “rayon de la mort”. Aujourd’hui, le physicien Charles Townes m’a avoué qu’il regrettait que mon mari ait été le “grand oublié” des Nobel." On comprend le malaise de Charles Townes qui fut le lauréat en 1964 de la plus prestigieuse des distinctions pour ses travaux précurseurs sur le laser, avec les russes Nicolay Basov et Alexander Prokhorov.
Tout le monde dans l’auditoire reconnaît la contribution inestimable de Théodore Maiman. En 1953, il construit le premier système de rayonnement micro-ondes amplifié par émission stimulée : un maser. En 1957, il pense pouvoir mettre au point un maser optique, l’ancêtre du laser. A partir de là, de nombreux physiciens se lancent dans la course, financés à coup de millions de dollars, par les laboratoires Bell ou par la Défense américaine. Ironie de l’histoire, c’est Maiman, "qui n’avait même pas l’autorisation de son laboratoire de travailler sur le laser," précise sa femme, qui remporta la course en y mettant ses économies.

Les applications du laser

Depuis, le laser a subi plusieurs évolutions qui ont révolutionné la physique fondamentale et la recherche appliquée. "Le laser nous permet de voir l’infiniment petit et de manipuler les atomes", s’enthousiasme Claude Cohen-Tannoudji, qui a obtenu le prix Nobel de physique en 1997 pour ses travaux sur le ralentissement des atomes à l’aide d’un laser. On ressent la même jubilation chez Ahmed Zewail, prix Nobel de chimie en 1999, qui a mis au point un microscope électronique pouvant décomposer des événements ultrabrefs dans les cellules et les molécules.
Mais le laser a aussi des applications plus proches de notre vie quotidienne comme en ophtalmologie et en dermatologie. Enfin, sans le laser et la fibre optique, nous ne connaîtrions pas internet et la communication haut débit. Présent lui aussi, le concepteur de la fibre optique, Charles Kao, malheureusement atteint de la maladie d’Alzheimer, ne réalise pas qu’il a obtenu le prix Nobel 2009 pour cette découverte. A la fin de la journée, il pose néanmoins avec le sourire et pour la postérité avec ses 5 autres confrères "nobélisés" pour une ultime photo souvenir.