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Les dossiers Science du futur président: La bioéthique (3/3)

La Banque des Savoirs clôt sa série dédiée aux élections présidentielles avec un sujet crucial bien que peu abordé pendant le débat : la bioéthique.

actu_bioethiquePhase de croissance et de culture de cellules souches
© © Massimo Brega / LookatSciences

Selon un sondage effectué en décembre 2011 à la demande du Comité consultatif national d’éthique (CCNE), 70 % des français sont favorables à ce que les questions de bioéthique soient mises au centre des débats présidentiels actuels, législatifs futurs et de tous les débats à venir. Alain Grimfeld, président du CCNE, pédiatre et ancien chef de service à l’hôpital Armand-Trousseau à Paris, dresse le bilan des avancées et surtout des chantiers en cours. Pour lui, l’avenir se situe dans une forme de dialogue citoyen.

La question de la bioéthique a-t-elle été suffisamment prise en compte dans la campagne présidentielle ?

Si l’on se base sur ce qui a pu être entendu dans les médias, y compris dans les émissions de débats au cours desquelles les candidats s’expriment devant un panel de journalistes : la réponse est non, pas du tout. En ce qui concerne les réponses à la lettre que nous avons adressée à chacun des candidats le 13 mars, et qui nous parviennent tout juste, elles ont été consciencieusement élaborées et sont loin d’être succinctes. Notre demande était la suivante : ”Nous souhaiterions connaître votre vision globale de ces enjeux de société liés aux progrès des sciences du vivant, et la manière dont vous comptez les prendre en considération dans votre projet de gouvernement pour l’avenir de la France”. Manifestement la réponse a été confiée à chaque fois à quelqu’un qui connaissait le sujet. Ce qui laisse à penser que les candidats ont des collaborateurs pertinents pour les conseiller sur ces problématiques. Par conséquent, le sujet aurait pu être introduit au coeur des débats, au moins quelques minutes à chaque fois.

Les années qui viennent de s’écouler ont-elles permis de faire avancer les choses ?

La diffusion des informations sur la bioéthique et les débats avec la population n'ont pas été suffisants. La nouvelle loi de juillet 2011 nous confie la possibilité d’organiser le débat public en ce qui concerne les grandes questions de ce domaine, telles que l’Assistance médicale à la procréation (AMP), la fin de vie et les soins palliatifs, les recherches sur les cellules souches, les dons d’organes et de sang, les neurosciences, etc. D’ailleurs, concernant ce dernier point, nous avons émis il y a quelques semaines un avis *. Nous recommandions notamment d’exercer la plus grande vigilance devant le développement des tests dits de vérité et d’évaluation de la personnalité par l’imagerie à résonance magnétique fonctionnelle cérébrale (IRMf). La  technique a été exploitée outre-Atlantique, dans le cadre d’affaires pénales. Or, à notre avis, elle ne permet pas de tirer de conclusion sur le comportement d’un individu. La complexité de la personne humaine ne peut pas se réduire à des données d’imagerie, fût-elle fonctionnelle. Il est illusoire de penser que l’IRMf puisse certifier la culpabilité ou non d’une personne.

Quelles sont les priorités pour les années à venir ?

J’espère qu’avec la nouvelle législation, nous aurons la possibilité de travailler de manière continue avec le législatif et l’exécutif. Ainsi nous pourrons apporter, en tant qu'instance de réflexion, une aide dans l'élaboration des textes qui, au détours du débat parlementaire, permettront aux citoyens de noter avec satisfaction que leur avis aura été pris en compte. Une certaine carence en ce domaine dont beaucoup de citoyens se plaignent, notamment à l’occasion de la campagne présidentielle actuelle.
Dans le champ des priorités, a été signé en janvier dernier, l'arrêté constitutif, prévu dans la loi de 2004, des Espaces de réflexion éthique régionaux. J’ai rendez-vous avec chacun des responsables de ces espaces pour discuter de la constitution d'un Réseau national de bioéthique.
Nous avons également mis en place un groupe permanent de réflexion sur les nouvelles techniques d’AMP, face notamment aux questions posées par une baisse préoccupante de la fertilité masculine et féminine. L’AMP va donc continuer à jouer un rôle éminent.

 

* Pour en savoir sur ce rapport sur l’imagerie à résonance magnétique fonctionnelle cérébrale (IRMf), rendu conjointement à un rapport de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques : “Explorer le cerveau : oui, mais sous certaines conditions” (actualité Banque des Savoirs du 19 mars 2012)