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Les dossiers Science du futur président : le financement de la Recherche (1/3)

Alors que la campagne présidentielle bat son plein, la Banque des Savoirs donne la parole à des experts sur trois sujets scientifiques : la recherche, l’énergie et la bioéthique.

Qu’est-ce qui attend le futur président dans le domaine scientifique ?  Quelles décisions devra-t-il prendre sur les enjeux scientifiques de demain ? La recherche, l’énergie et la bioéthique sont trois sujets qui ont été jusqu’ici peu mis en avant dans les débats et qui soulèvent pourtant de nombreuses questions. En premier lieu : l’avenir de la recherche. Comment la financer ? Avec quels objectifs ? Nous avons interrogé Emmanuel Saint-James, maître de conférence en informatique à l’université Pierre et Marie Curie. Il est président de “Sauvons la recherche”, une association qui vise à défendre le financement de la recherche scientifique par les pouvoirs publics.


Quel bilan dressez-vous du quinquennat qui vient de s’écouler dans le domaine de la recherche ?

Le bilan est catastrophique. Objectivement, ce quinquennat a consisté à remplacer un certain nombre de statutaires par des précaires. Même si la dotation de fonctionnement a augmenté, notre ministère n’échappe pas à la politique de réduction du nombre de fonctionnaires. La dotation de fonctionnement a donc servi à embaucher des contractuels pour compenser.
L’autre aspect du bilan de ce quinquennat, ce sont les fameuses initiatives d’excellence. Elles ont instauré un système à deux vitesses, dans lequel il y a des laboratoires et des formations considérées comme meilleurs que d’autres. Ce qui va à l’encontre de l’idée même de service public, censé donner accès à la même qualité de service en tout point du territoire. Ceci dit, les choses se mettent en place avec plus de lenteur que prévu. Mais les conventions signées le sont pour 10 ans ! Elles engagent les deux mandatures législatives à venir sur des budgets accordés d’avance prioritairement à certains pôles de recherche et d'enseignement supérieur.

Dans ce contexte, qu’est-ce qui attend le futur Président de la République ?

La grosse difficulté qui va se poser pour un Président qui voudrait être en rupture avec cette politique-là, c’est que l’Etat s’est engagé malgré tout vis à vis de certains établissements. Les “gagnants” pourraient très bien lancer des recours administratifs contre l’Etat pour non-respect de sa parole. Si l’on souhaite rétablir une égalité sur tout le territoire, il y a une possibilité de sortie de crise par le haut qui consisterait à donner le même budget aux autres. Mais cela pose un problème budgétaire. Quoiqu’on en dise, la France est un pays très riche. Si elle veut vraiment financer sa recherche, c’est une question de volonté politique et de choix. A terme, si on continue, les étudiants seront obligés de débourser eux-mêmes pour leurs études. D’ailleurs on parle de plus en plus, y compris à gauche, de faire payer des droits d'inscriptions plus élevés aux étudiants, typiquement dans les filières à label d’excellence.

Que pensez-vous de la réforme de l’université ?

Je ne suis pas un nostalgique des temps anciens. L'université française s’est mise à mal fonctionner à cause de la massification de l’accès à l’enseignement supérieur. En voulant donner le bac à 80 % d’une classe d ‘âge, on se retrouve avec une population étudiante hétérogène, mal préparée à suivre l’enseignement supérieur. Alors est-ce que l’on renforce la qualité de l’enseignement secondaire ? Est-ce que l’on met en place un examen d’entrée systématique ? C’est ça le vrai débat qu’il devrait y avoir dans le cadre des élections !

Quelles recommandations faites-vous au futur Président ?

Avoir un objectif d’excellence pour toutes les universités. Et cesser de dire que certaines universités marchent moins bien que d’autres. C’est une réalité, mais le rôle du politique est de tout mettre en oeuvre pour que la qualité soit la même partout. C’est exactement la même chose pour certains lycées ou collèges. Il faut aussi revenir sur le crédit impôt-recherche. Il a été dénoncé par de nombreux rapports, y compris par la cour des comptes. C’est une niche fiscale déguisée qui profite à de grosses entreprises qui ne font pas forcément de recherche. Nous sommes dans une situation invraisemblable : les enseignants-chercheurs sont de plus en plus évalués. Ils doivent de plus en plus justifier de l’argent dont ils ont besoin, alors qu’avant les budgets étaient récurrents et donnés d’office. A côté de ça, des entreprises émargent au crédit d’impôt-recherche sans aucune justification, sinon 3 feuilles rédigés par un cabinet de conseil en fiscalité ! Je pense que même à budget constant, il est possible de redonner de vrais moyens de fonctionnement aux formations et aux laboratoires. Il faut réorienter les sommes allouées au titre du crédit d’impôt-recherche vers les organismes de recherche et les universités.