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Les dossiers Science du futur président : Les énergies de demain (2/3)

Second volet de notre série consacrée aux élections présidentielles, la Banque des Savoirs aborde cette semaine la question de l’énergie en France.

nucleaireCentrale nucléaire de Dampierre en Burly. Lieu dit le plus proche de la centrale "Les Guerets".
© © Elisabeth Schneider / LookatSciences


Un changement de politique est-il envisageable dans la production énergétique ?

Si oui, quels choix s’offrent à nous ? Que peut-on attendre des énergies renouvelables ? Pour apporter des éléments de réponse, nous avons rencontré Bernard Laponche, physicien nucléaire, polytechnicien, ancien chercheur au CEA et consultant international dans les domaines de l'énergie et de l'efficacité énergétique. Pour lui, on peut être bien plus ambitieux en termes d’économies d’énergie.

Quel bilan dressez-vous du quinquennat qui vient de s’écouler ?

Il s’inscrit dans l’histoire énergétique de la France, qui a cours depuis près de quarante ans. L’accent est mis en permanence sur le nucléaire, comme si cette production d’électricité nous procurait notre indépendance énergétique. En réalité, nous sommes soumis, comme tous les pays européens, à une dépendance majoritairement pétrolière (NdR : l’électricité d’origine nucléaire ne correspond qu’à 18% de notre consommation énergétique finale contre 42% pour les produits pétroliers). Avec le Grenelle, il y a quand même eu un effort de fait, au moins dans la forme, sur les économies d’énergie, avec une communication sans précédent mais loin de de la concrétisation réelle sur le terrain. Dans le même temps, du fait d’une certaine inconstance et de l’obsession pronucléaire, tout a été mis en oeuvre pour minimiser la place des énergies renouvelables.

Qu’est-ce qui nous attend avec le futur Président de la République ?

Cela dépend de la personne qui sera élue ! Si c’est le Président actuel, je ne vois pas pourquoi il y aurait des changements d’orientation politique. La volonté affirmée est de continuer dans le nucléaire. Mais la réalité internationale du nucléaire a changé, y compris la perception qu’en ont les citoyens. On s’aperçoit avec le récent rapport de la Cour des comptes que le nucléaire est beaucoup plus cher que ce que l’on disait. Les gouvernements prétendent depuis le lancement du programme nucléaire massif en 1974 que l’on exportera beaucoup de réacteurs. Or le pays n’en a pas exporté tant que cela dans le passé (une dizaine en trente cinq ans), et je ne suis pas sûr qu’il en exportera davantage à l’avenir. Donc je crois qu’il y aura des difficultés objectives à la poursuite de cette politique.
Du côté de François Hollande, qui est apparemment le président alternatif, c’est plus nuancé, il y a une volonté de mettre en place un programme d’économies d’énergie et d’énergies renouvelables beaucoup plus conséquent, et de respecter les objectifs européens. Sur le nucléaire, le candidat s’est engagé à fermer Fessenheim et à réduire la part du nucléaire de 75 à 50 %. Et l’accord entre le Parti Socialiste et Europe Ecologie les Verts va nettement plus loin.

Avec quoi compensez-vous la diminution de la part du nucléaire ?

Pour l’année 2010, la France a eu une production électrique de  573 milliards de kWh, dont 74 % d’origine nucléaire, 15 % à partir des énergies renouvelables et 11 % des énergies fossiles*. Nous avons un potentiel d’économie d’électricité considérable, tout simplement parce que, contrairement à l’Allemagne, nous n’avons jamais commencé à l’exploiter sérieusement !
Sur une dizaine d’années, nous pouvons réduire de 15 à 20 % notre consommation d'électricité. Des efforts certains peuvent être entrepris sur l’éclairage privé ou public, l’électroménager, l’informatique et les appareils électroniques, les moteurs dans l’industrie, etc. Et surtout sur la réduction du chauffage électrique qui est, avec le « tout nucléaire » une spécialité française qui pose de très gros problèmes en période de pointe de la demande électrique (du fait du froid). En suivant le schéma de l’Allemagne et avec des potentiels plus importants, la part de renouvelable dans la production d’électricité peut atteindre 30 à 35 %. Dans ce scénario, 10 à 15 % de la production seraient issus du gaz (gaz fossile, biogaz...). Au bout de 10 ans, la production du nucléaire serait divisée par deux. Mais tout cela dépend de qui gouverne. L’instruction des dossiers doit être plus rapide. Il ne doit pas y avoir de frein et les tarifs d’achat doivent être corrects.

Selon vous, y a-t-il un aspect qui est peu abordé dans le débat actuel ?

Je pense que la question de la sûreté nucléaire devrait être davantage traitée. Fukushima a montré que l’accident majeur était possible et se traduisait par une catastrophe humanitaire, environnementale et économique. Ce cas de figure est tout à fait transposable en France car tous nos réacteurs, dits de seconde génération, peuvent subir ce type d’accident, de perte capacité de refroidissement. Je suis très inquiet.
La situation dans les centrales n’est pas bonne du point de vue de l’organisation du travail et du recours accru à la sous-traitance. Il y a vingt ans, 20 % des opérateurs de maintenance étaient des intérimaires, 80 % étaient des agents d’EDF. Aujourd’hui c’est exactement le contraire. Par ailleurs, EDF joue avec le feu en raccourcissant en permanence le temps de maintenance. Or c’est à eux, exploitants des centrales, que revient la sûreté des centrales.

*    Sur les 74 % d’origine nucléaire, 65 % environ  participent à la consommation intérieure d’électricité, le reste est exporté. Sur les 15 % issus des énergies renouvelables, 80 % proviennent de l’énergie hydraulique, 11% de l’éolien, 8 % de la biomasse et 1% du solaire. Les 11 % d’origine fossile se partagent pour moitié entre le gaz et le charbon.