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Les éoliennes poussent moins vite

  • Posté le : Lundi 20 Juin 2011
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  • par : L. Salters

La tendance se fait ressentir au moment où le premier parc éolien d’Ile de France vient d’être inauguré en Essonne. Et alors que de nouveaux décrets doivent venir alourdir un cadre réglementaire déjà contraignant.

Eoliennes en EssonneInstaller un parc éolien s’assimile à un parcours du combattant pour les industriels.
© ©Anthony Martinet / LookatSciences.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes et la conclusion s’impose : l’énergie éolienne marque le pas en France. Au terme du premier semestre 2010, 700 Mégawatts (MW) éoliens avaient été raccordés au réseau (l’équivalent d’un petit réacteur nucléaire). Un an plus tard, à peine 80 Mégawatts ont été raccordés, soit presque dix fois moins. Même si l’année 2010 était particulièrement soutenue, avec ses 1173 MW de puissance nouvelle installée, aujourd’hui la tendance s’inverse. "On ne peut pas dire ça, tempère Daniel Averbuch, spécialiste de l’éolien à l’IFP énergies nouvelles (IFPEN). C’est un ralentissement de la croissance. Mais globalement, à l’échelle européenne, le nombre d’éoliennes installées est en augmentation, y compris en France".
Parallèlement à cette croissance “ralentie”, le gouvernement s’apprête à entamer une nouvelle séquence législative. En accord avec la Loi Grenelle II, un nouveau cadre réglementaire pour l’éolien devrait être mis en place à partir de la mi-juillet. Il concerne notamment la planification territoriale liée à l’installation des parcs. Dans quel sens ces changements vont-ils aller ? Il est trop tôt pour le dire. Une chose est sûre : à l’heure actuelle, les projets d’installation d’éoliennes se distinguent par leur complexité administrative. Et à ce cadre légal dense, s’ajoute la voix des riverains. L’énergie éolienne est certes renouvelable et non polluante, mais ce n’est pas pour autant qu’elle déchaîne les enthousiasmes des habitants.
 
Un symbole

Pour autant, les installations continuent. C’est un symbole, mais il est d’importance : fin mai, le premier parc éolien d’Ile-de-France a ainsi été inauguré, dans le sud de l’Essonne, à Pussay. Les pâles n’ont pas encore tourné, mais elles sont là. Trois mâts de 119 mètres de hauteur qui lancent ainsi le futur parc des Gargouilles, situé à cheval sur l’Essonne et l’Eure-et-Loire. A terme, il regroupera 16 éoliennes d’une puissance de 2,3 MW chacune. Le parc alimentera 42 000 foyers en électricité pour un coût global de 50 millions d’euros.
Comment se fait-il que dans la région la plus consommatrice d’électricité, il ait fallu attendre si longtemps pour voir l’installation d’éoliennes ? "La densité urbaine y est pour quelque chose", commente Daniel Averbuch. Selon certaines estimations, l’Ile-de-France posséderait jusqu’à 500 Mégawatts de potentiel. Soit environ 200 éoliennes.
"En Ile-de-France, on exacerbe les difficultés qu’on a sur l’ensemble du territoire", commente Jean-Louis Bal, Président du Syndicat des énergies renouvelables (SER). Pour le parc des Gargouilles, comme pour chaque parc, il a fallu d’abord déterminer des Zones de développement de l’éolien auquel s’ajoute désormais un Schéma de région. Il y a eu ensuite l’étape du permis de construire puis l’obtention d’une autorisation ICPE : Installation classée pour l’environnement. "On étudie à chaque fois les mêmes problèmes", commente un brin dépité Jean-Louis Bal. Les projets prennent en moyenne entre 8 et 9 ans avant de voir le jour.
Parallèlement à ce dédale administratif, les promoteurs du parc des Gargouilles ont été à l’écoute des riverains. Une vingtaine de communes de l’Essonne étaient courtisées par les promoteurs qui cherchaient des terrains pour s’implanter. “Au début, chaque village voulait la sienne !”, raconte Marc Albert, de l’association Point 2 Vue qui milite contre le développement anarchique des éoliennes. Pourtant, après des années de consultations, une immense majorité d’habitants et d’élus locaux s’est finalement prononcée contre. "C’est une question de proximité, renchérit Daniel Averbush. Ce sont de très grosses machines, souvent très hautes. Lorsque les pales tournent et qu’il y a du soleil, certaines personnes se plaignent d’avoir un effet stroboscopique sur les habitations qui est désagréable (effet de flash intermittent - ndlr) . Elles font aussi du bruit quand elles se mettent à bouger. Et comme le vent n’est pas constant, lorsque les pales sont immobiles, les habitants ont le sentiment désagréable que les éoliennes ne produisent rien, alors globalement, c’est une énergie renouvelable plutôt bon marché". Pour dénouer les crispations, les industriels ont organisé des réunions publiques et publié des brochures pédagogiques. Des visites de sites aussi ont été organisées.  Angerville, Boissy-La-Rivière, Saint-Cyr-La-Rivière, Arrancourt... aucun parc n’est parvenu à prendre racine dans ces villages du département. Et c’est donc finalement à Pussay que l’idée a été accueillie favorablement. D’ici 2020, l’éolien devrait fournir 10% de l’électricité dans le pays. Aujourd’hui, il en produit à peine plus de 2%.