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L'homme de Denisova : un nouveau cousin ?

  • Posté le : Lundi 12 Avril 2010
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  • par : L. Salters

Des chercheurs allemands auraient découvert dans la grotte sibérienne de Denisova, les restes d'une quatrième espèce d'homme. Ils sont parvenus à ces conclusions grâce à des analyses génétiques.

Plateforme de paléogénétiqueLa génétique, nouvel outil des paléontologues. Comme sur cette photo, à Palgene, la plate-forme nationale de paléogénétique (CNRS-ENS Lyon).
© Vincent Moncorgé / LookatSciences

Les chercheurs de l’Institut Max Planck d’Anthropologie Evolutive de Leipzig, en Allemagne, auraient découvert un nouveau membre de la famille des hominidés. Mieux encore : c’est une espèce humaine jusque-là inconnue. Elle aurait vécu dans les montagnes de l’Altaï, en Sibérie. La grotte de Denisova, dans laquelle les restes ont été mis au jour, est bien connue des spécialistes pour avoir déjà livré de nombreuses traces préhistoriques. Elles remontent jusqu’à 125 000 ans.
Les paléontologues s'accordent aujourd’hui sur l’existence de deux espèces humaines qui ont vécu en parallèle : Homo sapiens, dont nous descendons, et Homo neanderthalensis, l’homme de Néanderthal, qui aurait disparu il y a environ 25 000 ans. En 2003, la découverte en Indonésie de fossiles datant d’environ 15 000 ans a conduit certains chercheurs à envisager l’existence d’une troisième espèce humaine Homo floresciensis, l’homme de Florès. Le débat scientifique n’est pas clos. Avec cette nouvelle découverte dans les montagnes de l’Altaï, l’origine de l’homme et son évolution sont encore remises en question. C’est aussi la méthode des chercheurs, à base de comparaisons génétiques, qui fait évènement.

L’os d’un auriculaire

Tout commence en 2008, lorsque les chercheurs découvrent, dans la grotte de Denisova, des restes d’ossements humains. Plus précisément, des petits morceaux d’os provenant d’un auriculaire. Ils en prélèvent l’ADN contenu dans un compartiment des cellules - les mitochondries - pour le séquencer. Cet ADN mitochondrial est uniquement transmis par la mère et vieillit beaucoup mieux que l’ADN nucléaire. Les chercheurs de Leipzig comparent ensuite ces résultats à l’ADN mitochondrial de 54 personnes vivant aujourd’hui ainsi qu’à l’ADN mitochondrial de 6 hommes de Néanderthal. Ils pensent ainsi pouvoir situer l’homme - ou la femme - de la grotte de Denisova dans l’arbre de l’évolution. Et c’est là que la surprise est intervenue : la composition du génome mitochondrial est tout bonnement inconnue.
Conclusion : les restes de la grotte appartiendraient bien à un quatrième membre du genre Homo.

Aussi évolué qu’Homo sapiens ou neanderthalensis

"usqu’à présent, on trouvait des fossiles que l’on avait identifié et on se servait de l’ADN pour confirmer des éléments que l’on connaissait déjà", précise avec ferveur Pascal Picq, paléoanthropologue au Collège de France, en commentant la découverte des chercheurs de Leipzig. "Rendez-vous bien compte qu’aujourd’hui, c’est le contraire ! Ici, les chercheurs ont trouvé quelques bouts d’os, mais trop petits pour les interpréter. Grâce à la génétique, on peut les faire parler, en déduire des éléments importants sur la morphologie de l’individu et donc l’environnement par exemple. Et comme les banques de données génétiques sont de plus en plus riches, les informations sont de plus en plus fines".
En d’autres termes la paléontologie humaine, qui se basait essentiellement sur l’anatomie pour réaliser des avancées, profite désormais à plein de ce nouvel outil qu’est la génétique.
Pour les scientifiques, cette découverte est importante. On sait que Homo neanderthalensis et Homo sapiens étaient présents dans la région à cette époque. Les trois espèces se sont peut-être côtoyées... Et Pascal Picq de préciser : “Ce qui est intéressant à terme avec ces méthodes d’analyse génétique, c’est qu’elles vont nous permettre de reconstituer des cartes très complexes et précises des mouvements de populations. Maintenant, avec ces découvertes, la ligne d’évolution de l’homme est de moins en moins droite”.
Certains préhistoriens sont dubitatifs et refusent que l’on puisse uniquement se baser sur des analyses ADN pour arriver à de telles conclusions, poursuit le chercheur. Pour moi, c’est une très bonne indication. C’est du solide. Tous ces tests sont tout de même bien rodés maintenant. Même s’ils sont réalisés sur de l’ADN ancien de 30 à 40 000 ans". Pour confirmer ces résultats, l’équipe de chercheurs va maintenant effectuer les mêmes tests, mais cette fois sur l’ADN nucléaire de l’auriculaire. Cette étape permettra de clairement définir les liens entre cet hominidé de Sibérie, Homo sapiens (l’homme moderne) et Homo neanderthalensis. L’homme - ou la femme - de Denisova, un nouveau cousin ?