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L’obésité chez les enfants,un enjeu sous-dimensionné ?

  • Posté le : Lundi 10 Décembre 2012
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  • par : L. Salters

Il est très simple d’anticiper les éventuels futurs problèmes de poids dès la naissance, selon une récente étude française. Mais le débat ne semble pas avancer pour une meilleure prise en compte de ce problème sanitaire.

L’obésité et le surpoids chez l’enfant n’ont rien de mystérieux. On sait les prédire avec une quasi certitude. Alors pourquoi les pouvoirs publics donnent-ils un sentiment d’impuissance face à ce fléau de notre époque ? “Parce qu’en réalité tout le monde s’en fiche”, tempête Philippe Froguel, généticien et diabétologue (1). Il est le co-auteur d’un test - mis en ligne par la revue PLOS one le 28 novembre - permettant d’estimer avec une précision de 85% les risques de surpoids et d’obésité chez les enfants de 7 à 16 ans. Un simple calculateur prend en compte des données connues de tous. “Il n’y a rien de neuf là-dedans, concède Philippe Froguel. La pauvreté, le surpoids des parents, les origines sociales, l’indice de masse corporelle, tout ça, nous le savons tous depuis longtemps. Tout ce que nous faisons, c’est croiser des données dans un outil accessible à tous”.

Pour mettre au point leur test, les chercheurs se sont basés sur trois important groupes de personnes, ou cohortes : un danois, un américain et un italien. En tout, des milliers d’individus suivis sur plusieurs décennies et qui donnent au test une grande valeur statistique. Ainsi, en vous rendant sur cette adresse http://files-good.ibl.fr/childhood-obesity vous pourrez remplir le questionnaire et définir en à peine trois clics de souris si votre enfant a des risques d’être en surpoids ou de devenir obèse. Les données nécessaires sont celles disponibles à la naissance.
L’utilisation du tableau est simplissime. Comment alors se fait-il que personne n’ait envisagé de créer plus tôt un tel outil ? “Il y a une véritable indifférence sur l’obésité, ajoute Philippe Froguel un brin dépité. Pour un scientifique comme moi, c’est un acte citoyen. Mais la communauté scientifique ne franchit pas ce pas. Chacun reste sur son sujet d’étude pour soigner les maladies etc. Mais avec l’obésité des enfants, il faut prendre le problème à la source. C’est le sens de notre démarche”. Et le chercheur de railler les politiques publiques, notamment le fameux “5 fruits et légumes frais par jour”. “Ce type de message est horripilant. C’est prendre le problème à l’envers. Tout le monde dit : “A 5 ans, c’est trop tard”. Alors agissons plus tôt dans le domaine de la prévention. Nous avons en France des réseaux de PMI, de crèches etc qui permettent de mettre en place des stratégies pour cibler les populations. Alors ?

Publication

Pourtant le sujet intéresse. En témoigne le succès du calculateur depuis qu’il a été mis en ligne sur le site de PLOS one. “Une étude publiée dans cette revue est en général téléchargée entre 500 et 1 000 fois, explique le chercheur. En deux jours, nous avons eu 15 000 téléchargements ! Et environ 160 000 personnes se sont déjà servies du calculateur”. L’histoire de la publication est en elle-même révélatrice. Au début, les chercheurs proposent leur test au New England Journal of Medecine. La revue accepte à la condition d’intégrer une cohorte américaine. Les scientifiques s’exécutent, mais les pairs estiment finalement que le test n’est pas publiable en l’état ! Sollicité à son tour, le comité éditorial du Journal of American Medical Association, n’est pas convaincu. “PLOS one est une revue sans préjugé, estime Philippe Froguel. C’est finalement eux qui ont publié le test. L’idée de mise à disposition avec accès libre nous a également séduit”.

Pourquoi l’absence de cohorte française dans cette étude ? Il n’en existe pas ou presque, une spécificité française déplore le chercheur : “En France, personne ne veut vraiment s’y mettre. Notre environnement change, il est important d’avoir des cohortes tous les vingt ans pour suivre l’évolution sociétale”. Faut-il y voir une négligence de plus de la part des politiques publiques dans la prise en compte de ce mal moderne que sont surpoids et obésité ?  

Les chiffres de l’obésité en France

On estime que 12% des enfants de 5 ans sont en surpoids, dont près de 3 % sont obèses. L'obésité débute très tôt, avant 5 ans, et semble être déclenchée par la croissance extrême des premiers mois de vie. Une fois installée, elle est difficilement curable. En 2009, selon l’étude annuelle de l’ObEpi-Roche, les Français avaient grossi en moyenne de 900 g par rapport à 2006. On considère que près de 15 millions de français sont en surpoids. Et presque 7 millions d’individus sont obèses, soit 0,5 millions de plus en 3 ans seulement.

 

(1) CNRS/Université Lille 2/Institut Pasteur de Lille